Commission sur la DPJ: les Autochtones ne veulent pas être oubliés

Le chef Ghislain Picard rappelle que le taux d’enfants autochtones pris en charge par le Directeur de la protection de la jeunesse est presque huit fois plus élevé que dans le reste de la population.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le chef Ghislain Picard rappelle que le taux d’enfants autochtones pris en charge par le Directeur de la protection de la jeunesse est presque huit fois plus élevé que dans le reste de la population.

Alors que le gouvernement peine à s’entendre avec les partis d’opposition pour la Commission sur la protection de la jeunesse, l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) exige une coprésidence autochtone.

« Bien que toute décision concernant un enfant doive être prise dans son intérêt supérieur et son mieux-être, la surreprésentation des enfants issus des Premières Nations dans le système de la protection de la jeunesse demeure une réalité indéniable et préoccupante, et ce, à tous les stades d’intervention », a rappelé le chef Ghislain Picard dans un communiqué mardi.

« Nos enfants méritent aussi de grandir dans la dignité », a-t-il ajouté en faisant référence au nom suggéré par la députée libérale Hélène David.

Le taux d’enfants autochtones pris en charge par le Directeur de la protection de la jeunesse est presque huit fois plus élevé que dans le reste de la population. C’est pourquoi leur sort doit faire partie du mandat de la commission, réclame l’AQPNL.

La surreprésentation des enfants issus des Premières Nations dans le système de la protection de la jeunesse demeure une réalité indéniable et préoccupante, et ce, à tous les stades d’intervention

Cette commission promise par le premier ministre Legault moins de 48 heures après la mort tragique d’une fillette à Granby à la fin du mois d’avril sera présidée par l’ancienne présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Régine Laurent.

Le gouvernement a également choisi lepsychoéducateur André Lebon comme vice-président, qui a déjà présidé la commission indépendante sur l’éducation à la petite enfance lancée par l’Association québécoise des centres de la petite enfance en 2016.

Transpartisanerie

Le gouvernement et les partis d’opposition sont toujours en train de négocier le mandat de cette révision des services à l’enfance qui se veut complète et non partisane. Québec solidaire et le Parti libéral sont tous les deux déçus par l’approche de l’équipe de François Legault qui, selon eux, impose plus qu’il ne consulte.

« On soumet des choses et là ils prennent en délibéré et ils décident, a déploré Mme David. Pour nous, la transpartisanerie, c’est plus de coconstruire. »

« C’est mal parti, mais le gouvernement a l’opportunité maintenant de dire “ça va bien aller”, a affirmé la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé. Et moi, ce que je vous dis, c’est que ça prend l’indépendance, l’autonomie et inévitablement un peu de ressources parce que c’est lourd pour les partis comme nous. »

Les libéraux n’ont pas décidé s’ils vont participer à l’annonce de la commission. Celle-ci devait avoir lieu mercredi, mais elle a été reportée. Seul le Parti québécois se fait discret, pour éviter de faire dérailler le processus.

« Je trouve ça malheureux, a commenté le premier ministre François Legault. Il faut absolument qu’on arrête de faire de la petite politique et qu’on s’occupe des enfants. »

Il a indiqué qu’il a parlé à chacun des chefs de parti pour tenter de calmer le jeu.

« Ce que je leur ai dit, et l’engagement qu’on a pris, c’est de consulter les partis d’opposition, ce qu’on a fait, mais à la fin du parcours, il faut qu’il y ait quelqu’un qui décide. Actuellement, les partis d’opposition ne s’entendent même pas entre eux pour choisir les personnes. »

Ils pourront donner leur avis sur le choix des autres experts qui seront appelés à participer aux travaux de la commission, mais pas question pour le gouvernement de nommer la commission Grandir dans la dignité.

« On n’est pas d’accord avec ce mot-là qui est utilisé par Hélène David, a tranché le premier ministre. Je pense que ça s’applique pour mourir dans la dignité, que les personnes âgées soient traitées avec dignité, mais les jeunes, ce n’est pas de ça qu’on parle. On parle de jeunes qui sont violentés, abusés, qui ont des parents qui ne s’occupent pas d’eux autres, de jeunes qui sont laissés à eux-mêmes, qui tombent entre les “craques ” et qu’il n’y a pas de bon lien qui est fait avec l’école. On ne parle pas de la même chose. »

En ce qui a trait aux demandes de l’APNQL, le gouvernement préfère attendre l’annonce de la création de la commission pour y répondre, a indiqué le directeur des communications du premier ministre, Manuel Dionne, tout en demeurant vague sur le moment où elle aura lieu.

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