Ingérence dans la recherche sur les pesticides: des «allégations mensongères»

Les producteurs agricoles en font un usage conforme aux règles et aucune menace ne pèse sur la santé publique, affirme Christian Overbeek, ancien président du CEROM.
Photo: Todd McInturf Detroit Free Press Associated press Les producteurs agricoles en font un usage conforme aux règles et aucune menace ne pèse sur la santé publique, affirme Christian Overbeek, ancien président du CEROM.

Éclaboussé depuis plusieurs mois par des accusations d’ingérence de l’industrie dans la recherche sur les pesticides, l’ancien président du Centre de recherche sur les grains (CEROM) sort de son silence : ce sont des « allégations mensongères » et « sans fondement ».

Christian Overbeek était jusqu’en avril président du CEROM et il demeure à la tête des Producteurs de grains du Québec. Dans une longue entrevue avec La Presse canadienne publiée lundi, il a tenu à laver sa réputation, à régler ses comptes, mais aussi rassurer la population sur l’usage des pesticides.

En janvier dernier, l’agronome Louis Robert avait dénoncé publiquement l’influence indue de l’industrie dans la recherche au CEROM, avant d’être congédié par le ministère de l’Agriculture. Cette controverse a déclenché un débat national sur les pesticides et sur la protection des lanceurs d’alerte.

« Ça part en croisade, ça dit toutes sortes de choses, ça peut se montrer sympathique, mais c’est pas mal plus intelligent de se montrer sympathique quand on propage de la vraie nouvelle, pas de la fausse nouvelle », a fustigé M. Overbeek, sans jamais faire référence à M. Robert.

Il assure que d’aucune façon l’entreprise privée ou le conseil d’administration du CEROM n’a exercé d’influence occulte ou de manipulation dans les travaux de recherche. De même, ni le conseil d’administration ni le directeur général n’ont subi de pressions.

« Il n’y a jamais eu personne de l’industrie privée qui a appelé le directeur général ou un membre du conseil d’administration pour dire : “Tel projet de recherche, tu t’arranges pour qu’il ne soit pas publié.” »

Les chercheurs, eux, ont-ils subi des pressions ? « Cela ne m’a pas été rapporté », a répondu M. Overbeek. Une telle ingérence serait allée à l’encontre des objectifs de l’existence du CEROM, qui est de faire avancer les connaissances et de les diffuser, pour que les producteurs de grains puissent les appliquer, a-t-il plaidé.

« Le conseil d’administration aurait donné son appui à son personnel [en cas d’ingérence]. […] L’ensemble des allégations qui ont été faites est sans fondement. Des gens indiquaient que j’avais retardé indûment la publication de certains projets. Ce n’est jamais survenu. »

« Allégations mensongères »

M. Overbeek a reconnu que les « 15 derniers mois ont été relativement difficiles » pour lui et son équipe. Il soutient qu’il est fier de toutes ses années à gérer le CEROM et que son éthique est irréprochable.

Il a expliqué qu’il avait décidé de longue date de ne pas briguer de nouveau la présidence du CEROM en avril, cela afin de parachever la mise en oeuvre d’un rapport indépendant sur la gouverne de l’organisme. Il veut se concentrer sur la présidence des Producteurs de grains et se dit conscient de la confusion que le cumul des fonctions peut engendrer sur le plan éthique.

Il avoue avoir été blessé et avoir eu du mal à défendre sa réputation. « Si je fais une erreur, je suis capable d’assumer mes responsabilités et de la reconnaître. On se corrige et on continue. Mais faire face à des allégations mensongères, il n’y a pas de protection contre ça, c’est malveillant à l’encontre des organisations et des personnes. »

Enfin, M. Overbeek a lancé un message aux citoyens et consommateurs québécois concernant les pesticides : les producteurs agricoles en font un usage conforme aux règles et aucune menace ne pèse sur la santé publique.

« Les consommateurs québécois se doivent d’avoir pleinement confiance, il n’y a aucune inquiétude à avoir. Quand on se compare, on a d’aucune façon à être gênés par rapport à ce qui se fait ailleurs. »

L’affaire Louis Robert

L’agronome Louis Robert a été congédié en janvier 2019 par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) pour avoir transmis un document confidentiel à des journalistes. En mars 2018, en s’appuyant notamment sur une note interne du MAPAQ transmise par M. Robert, Le Devoir et Radio-Canada révélaient que des problèmes d’ingérence entachaient le Centre de recherche sur les grains, financé majoritairement par des sources publiques. La composition du conseil d’administration était critiquée dans le document interne : une majorité de sièges étaient détenus par des organisations « qui ont des intérêts, déclarés publiquement, divergents de l’intérêt public ». En outre, plusieurs chercheurs avaient indiqué subir des pressions les poussant à taire les résultats de leurs travaux sur les pesticides néonicotinoïdes. Dans la foulée de cette affaire, une commission parlementaire sur les pesticides a été lancée. Elle a amorcé ses travaux la semaine dernière.

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