Québec interpelle Ottawa sur le matériel militaire québécois au Yémen

Des travailleurs yéménites regardent la chocolaterie détruite par une attaque aérienne menée par l’armée saoudienne en septembre 2015 dans la capitale Sanaa.
Photo: Mohammed Huwais Agence France-Presse Des travailleurs yéménites regardent la chocolaterie détruite par une attaque aérienne menée par l’armée saoudienne en septembre 2015 dans la capitale Sanaa.

La ministre des Relations internationales Nadine Girault se dit préoccupée par la vente d’équipements militaires fabriqués au Québec à des acteurs du sanglant conflit au Yémen.

Elle prie son homologue fédérale, Chrystia Freeland, de se pencher sur la situation dans la foulée de l’adoption de nouvelles dispositions de la Loi sur les licences d’exportation et d’importation (C-47).

Adoptée par le Parlement canadien en décembre dernier, la « loi C-47 » édicte que le gouvernement canadien peut délivrer une licence d’exportation d’armes, de munitions, de matériel ou d’armements de guerre, mais seulement après s’être demandé si ces équipements « contribueraient à la paix et à la sécurité ou y porteraient atteinte » ou encore « pourraient servir à la commission ou à faciliter la commission d’une violation grave du droit international humanitaire, d’une violation grave du droit international en matière de droits de la personne ».

« J’en appelle à votre appui [Mme Freeland] afin que l’application des dispositions de cet article reflète concrètement les valeurs de démocratie, de paix et de primauté du droit que nous partageons », écrit l’élue québécoise Nadine Girault dans une lettre datée du 4 février 2019, dont Le Devoir a obtenu copie.

« Le gouvernement québécois promeut un « nécessaire équilibre entre la protection des droits de la personne et le développement économique durable », poursuit la chef de la diplomatie québécoise.

Plusieurs entreprises québécoises brassent des affaires d’or avec l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et leurs alliés, l’Égypte et la Jordanie, en leur vendant des avions, des hélicoptères, des moteurs ou des simulateurs, qui trouvent leur utilité dans des missions d’espionnage ou de combat au Yémen. Dans bien des cas, une licence de la part d’Ottawa ne leur est pas requise.

Pratt&Whitney Canada, Bombardier, Bell Helicopter Textron, CAE et Esterline CMC ont vendu du matériel d’une valeur totale de plus de 920 millions de dollars à la coalition saoudienne depuis le début de son offensive contre les Chiites houthis au Yémen, a récemment évalué Le Journal de Montréal grâce notamment à des données colligées par le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI).

Pire catastrophe sur le globe

Le Yémen est aujourd’hui le théâtre de la « pire catastrophe humanitaire au monde », estime l’Organisation des Nations unies. « Ce que j’ai vu au Yémen relève du cauchemar, de l’horreur et de la misère. Les enfants ne sourient pas, ne rient pas, ni ne pleurent tant ils ont faim. Environ 12 millions de Yéménites, soit près de la moitié de la population du pays, souffrent de la faim », a fait valoir le directeur général du Programme alimentaire mondial (PAM), David Beasley, l’automne dernier. En plus d’avoir plongé des millions d’habitants dans la famine, la guerre a fait entre 10 000 et 65 000 victimes depuis 2014, dont des milliers de civils.

En janvier dernier, la directrice de l’ONG Human Rights Watch au Canada, Farida Deif, appelait le Canada à « bloquer toutes les ventes d’armes à l’Arabie saoudite jusqu’à ce qu’elle soit contrainte de mettre fin aux frappes aériennes illégales au Yémen ».

Ottawa suspendra toute licence d’exportation « s’il est prouvé que des armes canadiennes ont été utilisées à mauvais escient ou ont été détournées », indique le cabinet de la ministre Chrystia Freeland. « Nous exigeons et demandons que les exportations d’armes canadiennes soient utilisées d’une manière qui respecte pleinement les droits de la personne », a insisté son attaché de presse Adam Austen, tout en rappelant que le Canada appelle à un cessez-le-feu permanent au Yémen.

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