Lisée a offert deux fois la chefferie du Parti québécois à Hivon

L’ancien chef péquiste Jean-François Lisée et sa colistière Véronique Hivon lors de la dernière campagne électorale
Photo: Peter McCabe Archives La Presse canadienne L’ancien chef péquiste Jean-François Lisée et sa colistière Véronique Hivon lors de la dernière campagne électorale

Jean-François Lisée a offert, deux fois plutôt qu’une, les commandes du Parti québécois à Véronique Hivon dans les 10 mois précédant les élections. Refusant d’être couronnée, la députée de Joliette lui a répondu « Non » et « Non ».

« Chaque fois, le plan ne tenait juste pas la route », a expliqué Mme Hivon lors d’un impromptu de presse vendredi après-midi.

Épisode 1

M. Lisée envisage pour la première fois la possibilité de plier l’échine en décembre 2017. Le PQ est en difficulté. À moins de dix mois des élections générales, la formation politique recueille 19 % des intentions de vote, indique un sondage Léger-Le Devoir diffusé le 9 décembre. À peine 10 % des électeurs estiment que Jean-François Lisée ferait le meilleur premier ministre.

Le député de Rosemont n’a pas la côte non plus auprès des sympathisants péquistes : la moitié d’entre eux ne croient pas qu’il est le « meilleur » pour assumer les responsabilités de chef du gouvernement.

Au lendemain de la publication du coup de sonde, M. Lisée lance discrètement à Mme Hivon, en marge d’une réunion de l’état-major du PQ à Montréal : « Je crois que tu dois te préparer à devenir chef du Parti québécois. » Mme Hivon accepte d’y réfléchir.

« Elle et moi sommes en désaccord sur la méthode de son atterrissage », relate l’ancien chef indépendantiste dans L’Actualité. Il ne veut pas d’une nouvelle course à la chefferie dont il redoute l’issue. « Je décide de rester », écrit-il.

Véronique Hivon a expliqué vendredi qu’elle « n’étai[t] pas du tout d’accord avec le plan ». « Je jugeais qu’Alexandre Cloutier [candidat malheureux des courses à la chefferie de 2015 et 2016] devait être impliqué dans les discussions », a-t-elle indiqué à la presse.

Épisode 2

Fin juin 2018, M. Lisée revient à la charge auprès de Mme Hivon. « Mon espoir était que son irruption au premier plan modifierait la dynamique. Sa présence aux débats désarçonnerait François Legault, Philippe Couillard et Manon Massé. Dans tous les cas de figure, je resterais comme soutien », mentionne-t-il dans L’Actualité.

L’élue de Joliette, élevée vice-chef du PQ quelques semaines auparavant, décline une seconde fois l’offre de M. Lisée. « Ça n’avait aucun sens, a lancé Mme Hivon vendredi. On n’aurait pas eu moyen de faire entériner ce changement de chef. »

Selon elle, la désignation d’un nouveau chef (intérimaire) à l’approche du jour J « pouvait donner une impression de panique » en plus d’alimenter le « cynisme » de l’électorat à l’égard de la classe politique. L’élue péquiste dit n’avoir aucun regret. Elle s’affaire désormais à la « reconstruction » du mouvement indépendantiste.

Un nouveau livre pour Lisée

Plusieurs stratèges ont été étonnés d’apprendre dans L’Actualité l’invitation faite à Mme Hivon d’accéder, sans course à la chefferie, à la tête du PQ.

Certains songent désormais à se procurer l’ouvrage Qui veut la peau du Parti québécois ?Et autres secrets de la politique et des médias — ce qu’ils se refusaient à faire jusqu’à aujourd’hui. Le livre de M. Lisée, édité par « La boîte à Lisée », paraîtra à temps pour la tenue du prochain Conseil national du PQ, en mars prochain.

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4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 2 mars 2019 04 h 38

    pas encore un autre

    n'est il pas en quelque sorte un homme du passé , dans ces condition je comprend que le PQ n'intéressse plus personne, le peuple le sachant pourquoi ne le sait-il pas,appartiendrait-il a la confrèrie des narcissiques

  • Yvon Pesant - Abonné 2 mars 2019 07 h 18

    Raisons d’état... des choses

    Il avait raison et elle n’avait pas tort.

    Personnellement, j’ai toujours aimé et j’aime toujours Jean-François Lisée pour son intelligence, son savoir, sa sagacité, son humour et son franc parler. Et je crois sincèrement qu’il aurait été un grand et excellent Premier ministre du Québec capable de conduire l’État québécois de la province au pays.

    Je trouve très malheureux qu’on ait cassé beaucoup de sucre sur le dos de ce monsieur qui avait su ramener un climat serein au sein de l’équipe du PQ. Sous son autorité, on ne faisait plus dans les petites chicanes internes propres au parti et on se relevait, quoique difficilement, de celles vécues amèrement au Bloc québécois en plein mauvais temps électoral sur la scène provinciale.

    Cela dit, il était clair pour lui comme pour tout le monde, sondages aidant, que les élections seraient celles du changement et que la CAQ se présentait à la population votante comme une belle opportunité d’aller voir ailleurs. Conscient que sa personne fougueuse mal jugée comme étant par trop élitiste par la galerie, il a cru qu’il serait mieux pour le PQ qu’il cède sa place à la personne plus posée qu’est madame Hivon qui avait une bonne notoriété auprès de tout le monde.

    Le temps était peu propice à ce genre de passage du témoin dans la course en cours.

    Il demeure que le temps

  • Jean Lapointe - Abonné 2 mars 2019 08 h 19

    Qui veut la peau du Parti québécois?

    Moi ce que j'ai hâte de savoir c'est ce que répond Jean-François Lisée à la question qui est le titre du livre: Qui veut la peau du Parti québécois? C'est le plus important parce que c'est là un sentiment qui est partagé par bien des Québécois je pense. On veut la peau du Parti québécois depuis longtemps. Il y a des gens qui ont intérêt à vouloir la mort de ce parti. Il serait important de savoir qui sont ces gens, pourquoi ils veulent cette mort et comment ils procèdent dans l'espoir de la provoquer. Ce sont surtout les nombreux membres de ce parti qui auraient avantage à mieux savoir qui sont leurs adversaires pour mieux savoir comment les combattre.

    Je vais me procurer le livre aujourd'hui.

  • Sylvain Rivest - Abonné 2 mars 2019 11 h 38

    On a manqué train

    On est encore passé à côté de notre destinée. Collectivement, depuis notre refus, par deux fois, au droit de s’épanouir, nous avons refusé à des gens qui ont vraiment le Québec et sa société à cœur. On a préfèré les beaux parleurs et les vendeurs de char. Peut-être nous ne méritons pas plus. Peut-être que Hivon, tout comme Lisée, on compris qu’il n’y a rien à faire. Car nous déjà atteint du syndrome de Stockholm. Car tuer le PQ c’est en quelque sorte s’abandonner à la médiocrité.