Médecins spécialistes: Québec suspend la hausse des salaires

«Il n’y aura pas de nouvelles augmentations», a laissé tomber le premier ministre François Legault.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Il n’y aura pas de nouvelles augmentations», a laissé tomber le premier ministre François Legault.

Le gouvernement québécois gèle sur-le-champ le salaire des médecins spécialistes, a indiqué le premier ministre, François Legault, mercredi après-midi.

D’ici à la conclusion d’une nouvelle entente, « il n’y aura pas de nouvelles augmentations », a-t-il laissé tomber après la séance hebdomadaire du Conseil des ministres. « Il y a des augmentations prévues qui vont être mises en fiducie. Donc ça, ça ne sera pas donné à partir de maintenant. »

« Ce n’est pas des montants importants », a indiqué par la suite le chef du gouvernement.

La Coalition avenir Québec soupçonne le gouvernement libéral d’avoir consenti une rémunération aux médecins spécialistes québécois supérieure à celle octroyée aux médecins spécialistes ontariens, ce qui serait, selon M. Legault, « injuste » et « inéquitable » pour les autres professionnels du réseau de la santé québécois qui « gagnent moins » que leurs confrères et consoeurs de l’Ontario.

« Le rattrapage qui était prévu pour les médecins spécialistes n’a jamais été prévu pour dépasser la rémunération de l’Ontario ou du reste du Canada », a réitéré M. Legault.

En campagne électorale, le chef caquiste avait promis de récupérer la somme versée en trop aux médecins spécialistes par le gouvernement lors des dernières négociations, qu’il évaluait à 1 milliard de dollars.

De la poudre aux yeux ?

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a indiqué mercredi soir que « l’entente en vigueur ne prévoit aucune augmentation de la rémunération pour les médecins spécialistes jusqu’en 2023 ».

« Seules des sommes destinées à la gestion du réseau ou à des services directs aux citoyens, comme le déploiement de plans de couverture dans les spécialités de base, demeurent à être versées », a-t-elle précisé, appelant à mots couverts le gouvernement caquiste à verser les sommes prévues pour « ne pas affecter les patients ».

Il y a des augmentations prévues qui vont être mises en fiducie. Donc ça, ça ne sera pas donné à partir de maintenant.

 

M. Legault a demandé au président du Conseil du trésor, Christian Dubé, de « négocier une entente qui est raisonnable » avec la FMSQ, et ce, « le plus rapidement possible ».

« On ne peut pas commencer les négociations tant qu’on n’a pas l’étude comparative [du traitement des médecins spécialistes québécois et ontariens] », a-t-il ajouté.

À cet égard, M. Legault a annoncé que le gouvernement de Philippe Couillard n’avait pas accordé le mandat d’effectuer un tel exercice à l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS). « Malheureusement, on a eu une mauvaise surprise. En arrivant, on a vu que le mandat n’avait pas encore été donné. […] On a été évidemment surpris, déçus », a-t-il expliqué aux journalistes.

Selon lui, l’équipe gouvernementale n’avait « pas réussi à s’entendre avec la FMSQ pour établir un devis ». « On va tout faire pour s’entendre avec la FMSQ sur un devis, mais il faut que le dossier avance », a-t-il lancé.

À la demande de M. Dubé, la négociatrice en chef du gouvernement Édith Lapointe devra trouver un terrain d’entente avec la fédération médicale.

La FMSQ a souligné mercredi soir que l’étude comparative sur la rémunération des médecins « portera sur l’ensemble du pays » et non seulement sur le Québec et l’Ontario, ce qui risque de donner du fil à retordre à des chercheurs pressés par le temps.

L’opposition libérale a été incapable de dire si l’étude comparative sur la rémunération des médecins québécois et ontariens a été commencée, ou même de confirmer que l’ICIS a bel et bien été mandaté pour la faire.

« Ce que je comprends, c’est qu’il y a entente entre le gouvernement, la FMSQ et l’ICIS pour amorcer cette étude-là. À savoir exactement où ils en sont, la meilleure personne pour vous répondre, c’est le gouvernement actuel et la FMSQ », a répété le nouveau critique libéral en santé, André Fortin.

« Vous pourrez demander exactement à la FMSQ, à l’ICIS et au gouvernement actuel où ils en sont rendus », a-t-il encore suggéré. « Il y avait une entente. À savoir où ils étaient rendus, les meilleures personnes pour vous le dire, c’est le gouvernement et la FMSQ. »

L’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette a quant à lui déclaré qu’il était possible que l’ICIS ait été mandaté pour mener l’étude, mais qu’il ne l’ait pas commencée.

« Mais je peux vous dire une chose, selon les dernières informations que j’avais lorsque j’étais en poste […] les travaux qui mènent à l’étude ont été commencés », a-t-il déclaré.