Vote par anticipation: un taux en légère baisse

Plus de 1,1 million d’électeurs sont allés aux urnes avant le jour J du 1er octobre, soit 17,93%, comparativement à 19,27% en 2014.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plus de 1,1 million d’électeurs sont allés aux urnes avant le jour J du 1er octobre, soit 17,93%, comparativement à 19,27% en 2014.

Malgré l’offensive du Directeur général des élections (DGE) pour inciter les gens à aller voter par anticipation, ce taux est en légère baisse d’environ deux points de pourcentage par rapport aux dernières élections québécoises, en 2014. Ainsi, plus de 1,1 million d’électeurs sont allés aux urnes avant le jour J du 1er octobre, soit 17,93 %, comparativement à 19,27 % en 2014.

« Ma réaction à chaud serait que si le vote par anticipation est plus faible, c’est peut-être une indication qu’on aura un taux de participation final plus bas cette fois-ci ou que les gens auront fait leur choix à la dernière minute », juge François Gélineau, doyen et professeur au Département de science politique de l’Université Laval.

Les Québécois, devant un éventail de possibilités de vote, transfèrent leurs habitudes de vie

Mais il appelle à beaucoup de prudence avant de tirer de telles conclusions, car il n’existe nulle part dans le monde de la littérature scientifique prouvant que la popularité du vote par anticipation a une incidence sur le taux de participation global. D’ailleurs, au Québec, la proportion de gens ayant voté par anticipation a toujours eu tendance à augmenter au cours des dernières élections sans jamais influencer le taux global de participation, qui est sensiblement demeuré le même. Il n’y a que l’élection de 2008 qui constitue une cassure dans cette tendance à la hausse, mais cela s’explique : après avoir élu un gouvernement libéral minoritaire en 2007, peu de gens avaient envie de retourner aux urnes, un an plus tard.

Changement de moeurs

Selon Éric Montigny, professeur adjoint au Département de science politique, la croissance du vote par anticipation — il est quand même passé de 7,93 % en 2003 à 17,93 % aujourd’hui — signifie peut-être simplement un changement de moeurs. « Les Québécois, devant un éventail de possibilités de vote, transfèrent leurs habitudes de vie », indique-t-il. Et qui sait, ces nombreuses possibilités de vote par anticipation — les sept jours où il est possible de le faire existent depuis longtemps, mais le DGE n’en a fait la promotion que cette année — permettent peut-être de freiner un déclin, suggère-t-il.

M. Montigny fait également remarquer que pour l’une des premières fois, tous les partis semblent avoir compris leur avantage à faire sortir le vote à l’avance, puisque ça diminue leur tâche le jour J. « Avant, c’était surtout le Parti libéral qui faisait sortir le vote d’avance auprès des personnes âgées, mais on voit maintenant que la plupart des partis politiques ont des outils pour faire sortir le vote par anticipation, c’est intégré dans leur stratégie. C’est majeur comme changement. »

 
17,93%
Il s’agit du pourcentage des électeurs québécois qui ont voté par anticipation, soit plus de 1,1 million de personnes. Ce taux est en baisse par rapport au scrutin de 2014, alors que le taux de vote par anticipation s’est fixé à 19,27 %.

Champion de l’anticipation

Cette année, le vote par anticipation a été le plus populaire dans la région de Québec. Quatre circonscriptions de la capitale nationale dominent le palmarès des plus hauts taux de vote par anticipation, soit Louis-Hébert (29,29 %), Taschereau (27,27 %), Charlesbourg (26,86 %) et Jean-Talon (26,75 %). Lévis est en 6e position avec un taux de 25,82 %.

D’autres circonscriptions sont loin des scores de Québec, mais ont augmenté de beaucoup leur taux de vote par anticipation. C’est la circonscription de Jeanne-Mance–Viger qui remporte la palme (passée d’un taux de 15,65 % à 26,75 %), mais trois des six circonscriptions qui ont le plus amélioré leur taux de vote par anticipation sont situées en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent.