Legault assouplit les conditions de ses «tests» d'immigration

«S’il y a un échec dans le test, ils vont pouvoir recommencer le test autant de fois qu’ils veulent», a déclaré le chef de la CAQ, François Legault.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «S’il y a un échec dans le test, ils vont pouvoir recommencer le test autant de fois qu’ils veulent», a déclaré le chef de la CAQ, François Legault.

Possibilité de reprises à l’infini, délai supplémentaire d’un an : sous le feu des critiques, François Legault a précisé encore une fois, mardi, les modalités de l’« évaluation de français » et de l’« évaluation de connaissance des valeurs du Québec » auxquelles il veut assujettir les immigrants.

« S’il y a un échec dans le test, ils vont pouvoir recommencer le test autant de fois qu’ils veulent », a-t-il expliqué au lendemain du débat des chefs en anglais, durant lequel il a été malmené par ses adversaires. Les chefs du PLQ, Philippe Couillard, et du PQ, Jean-François Lisée, s’étaient affairés à dénoncer sa promesse de soumettre les nouveaux arrivants à deux tests dont la réussite serait une condition à l’obtention d’un certificat de sélection du Québec (CSQ) et, par ricochet, d’une résidence permanente du Canada.

Les nouveaux arrivants devront se soumettre aux évaluations dans un délai de trois ans. En cas d’échec, ils pourront les reprendre autant de fois que nécessaire, mais dans un laps de temps n’excédant pas quatre ans après leur arrivée au Québec, a aussi précisé la CAQ mardi. C’est inscrit dans un « document d’orientation » sur l’immigration du parti, qui a été adopté en mai dernier. Or, M. Legault ne l’a jamais mentionné depuis le début de la campagne électorale.

« J’avais lu ça dans leur programme en mai, parce que moi, je fais mes lectures », a indiqué M. Lisée mardi après-midi. « Peu importe, tu peux le reprendre comme tu veux, à la fin, ils sont expulsés quand même. C’est ça le problème. »

La proposition de la CAQ en matière d’immigration est « tout simplement épouvantable », avait dit le chef péquiste en anglais en matinée. « Le seul fait qu’il soit arrivé avec cette idée le disqualifie. »

Il faudrait être de « mauvaise foi » pour échouer au test des valeurs et au test de français, avait indiqué François Legault vendredi dernier. Du coup, les personnes éprouvant des difficultés d’apprentissage et les personnes « trop âgées » qui ne réussiraient pas les tests auraient droit à la « compassion » d’un gouvernement « humain », avait-il ajouté.

« Parents de jeunes enfants », « familles monoparentales », un proche atteint d’une maladie grave ou d’un handicap, etc. : les personnes « vivant des situations personnelles particulières à la suite de [leur] arrivée au Québec » pourront disposer « de tout le temps et de toute l’aide nécessaires pour réussir leurs examens », promet la CAQ. « Il appartiendra aux professionnels du ministère de juger de la précarité des personnes concernées ou de leurs proches afin de permettre, dans certains cas, des dérogations pour des raisons humanitaires », peut-on lire dans le « document d’orientation » du parti.

Le nom d’une personne qui échouerait à l’un des deux tests se retrouverait sur un « avis officiel » par lequel Québec informerait Ottawa « de la présence en territoire canadien d’une personne sans statut ». « Le gouvernement fédéral déciderait alors des mesures qu’il entend prendre », indique la CAQ.

Philippe Couillard estime que François Legault n’a pas réussi à clarifier sa position en matière d’immigration. « S’il veut faire moins peur aux gens, qu’il explique clairement comment ça va marcher. Je vois qu’il semble encore tourner autour du pot. Je ne sais pas trop comment il va se sortir de là », a-t-il demandé.

Quelques heures auparavant, il avait jugé le plan de la CAQ en matière d’immigration « aussi pire » que la charte des valeurs du Parti québécois.

« Machine à peur »

En perte de vitesse, M. Legault a accusé ses adversaires de mener une « campagne de peur » contre la CAQ. Selon lui, le chef du Parti libéral du Québec tente de « détourner » l’attention des électeurs de son « bilan indéfendable des quinze dernières années » et de l’enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) visant des personnes qui y ont gravité en noircissant le plan en immigration de la CAQ. « Actuellement, M. Couillard essaie de mettre en place une machine à peur libérale ! » s’est-il exclamé.

À moins de deux semaines du scrutin, l’aspirant premier ministre reproche à ses adversaires d’occulter les autres enjeux qui préoccupent les électeurs. « Les Québécois veulent entendre parler de circulation, de santé, d’économie, d’éducation… C’est ça, les préoccupations des Québécois », a-t-il souligné, après avoir dévoilé sa promesse du jour : élargir l’autoroute 30 entre les autoroutes 10, à Brossard, et 20, à Boucherville, d’ici à l’automne 2022. « On n’embarquera pas dans le jeu de Philippe Couilllard, qui essaie de faire diversion ! »

Avec Guillaume Bourgault-Côté et Jeanne Corriveau

LE COURRIER DE LA COLLINE

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.