Lisée reconnaît le pouvoir du fédéral

Questionné dimanche à savoir quel serait son plan de match pour qu’Ottawa accepte une demande de réduction des seuils d’immigration québécois, M. Lisée s’en est remis à la peur que les souverainistes imposeraient à Ottawa.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Questionné dimanche à savoir quel serait son plan de match pour qu’Ottawa accepte une demande de réduction des seuils d’immigration québécois, M. Lisée s’en est remis à la peur que les souverainistes imposeraient à Ottawa.

Jean-François Lisée est d’accord avec Philippe Couillard sur un point : le fédéral a bel et bien le dernier mot sur les seuils d’immigration au Québec. Mais il mise de son côté sur la « crainte » qu’il inspirerait à Ottawa pour faire en sorte que des seuils réduits soient acceptés.

« Si Ottawa voulait, il pourrait prendre n’importe quelle loi du Québec et la désavouer, a indiqué M. Lisée dimanche matin en plein cœur de la capitale fédérale. Ils ne l’ont pas fait. Sur l’immigration, c’est la même chose. C’est un pouvoir qu’ils ont, mais ils ne l’ont pas utilisé pour l’instant, et je ne leur conseille pas d’essayer de l’utiliser avec moi. »

Il a aussi affirmé que si le fédéral veut « contester la capacité du Québec de choisir en fonction de ses besoins, on aura un beau débat politique, entre autres à l’élection fédérale de 2019. […] Il faudrait une décision politique de Justin Trudeau de créer une chicane. »

M. Lisée réagissait à la publication d’un article dans Le Devoir de samedi, dans lequel des sources gouvernementales fédérales rappelaient que Québec « n’a pas l’autorité unilatérale » pour décider de faire passer les seuils d’immigration de 52 000 à 40 000 immigrants, comme le promet François Legault depuis le début de la campagne.

Dans le cas de M. Lisée, la cible n’est pas clairement énoncée, le chef péquiste se refusant à faire ce qu’il appelle de la « numérologie ». Il a bien indiqué le 7 septembre — au moment où M. Legault amenait ce débat sur le terrain identitaire — que « ça va être 35 000 ou 40 000 », ce qu’il estime être dans la zone du « succès » d’intégration.

Sauf que dimanche, à Gatineau, il a soutenu qu’il parlait alors du passé. « Je me suis mieux exprimé après […]. Pour les années prochaines, l’idée du succès va nous être recommandée par la vérificatrice générale. »

Accepterait-il ainsi une recommandation de la VG de hausser les seuils ? Disons à 60 000 personnes ? « Je ne veux pas spéculer, mais je respecterai des recommandations basées sur des faits », a-t-il indiqué en réponse à une question en anglais.

« Ce n’est pas Ottawa qui doit décider combien d’immigrants, surtout économiques, doivent arriver au Québec. C’est le Québec. Contrairement aux autres partis, qui font de la numérologie, nous, on va se fonder sur les faits, c’est-à-dire sur les besoins et la capacité d’intégration. »

La crainte
Questionné dimanche à savoir quel serait son plan de match pour qu’Ottawa accepte une demande de réduction des seuils d’immigration québécois, M. Lisée s’en est remis à la peur que les souverainistes imposeraient à Ottawa.

« J’ai noté effectivement l’intervention du fédéral là-dedans. Jusqu’ici, jamais le fédéral n’a remis en question les décisions du Québec. Et je ne leur conseille pas d’essayer avec moi », a-t-il répété au pied de la tour de la Paix — la caravane péquiste a fait un arrêt inédit à Ottawa pour dénoncer un « détournement de fonds » du fédéral à l’égard du Québec.

« Les grandes avancées du Québec dans le Canada depuis la « trudeauisation » du Canada ont été faites par René Lévesque, Pauline Marois, Lucien Bouchard, a-t-il évoqué à un moment du point de presse. Pas par amour, par crainte. Il est là notre rapport de force. »

L’accord Canada-Québec relatif à l’immigration de 1991 prévoit que « le Québec s’engage à poursuivre une politique d’immigration dont l’objectif est de lui permettre de recevoir un pourcentage du total des immigrants reçus au Canada égal au pourcentage de sa population par rapport à la population totale du Canada » – soit 22,6 %. S’il accueillait 40 000 immigrants, le Québec ne recevrait qu’environ 13 % du nombre d’immigrants qui arrivent présentement chaque année au Canada.

« Il y a des accords et la décision politique de faire du zèle ou d’accepter d’être flexible, a répondu M. Lisée lorsqu’interrogé sur ce décalage possible. Depuis 40 ans [soit depuis un premier accord sur l’immigration entre le Canada et le Québec], le Canada a été flexible et vous me dites qu’il ne le sera plus ? Ce n’est pas une bonne idée. »

Legault inapte
Le chef péquiste a autrement lancé une salve contre son adversaire caquiste, « qui fait campagne sur l'immigration depuis deux ans, mais a démontré [samedi] qu’il ne connaissait pas le b.a.-ba de l’immigration au Canada ».

Selon Jean-François Lisée, François Legault « a démontré qu’il n’a aucune crédibilité pour parler d’immigration puisqu’il ne sait pas comment ça marche. C’est clair que Legault n’est pas prêt à être premier ministre, il ne connaît pas son dossier principal. »

Samedi, M. Legault a soutenu que la réaction de M. Couillard à l’article du Devoir (où le premier ministre reconnaissait que l’autorité d’Ottawa est clairement établie par l’accord de 1991), était « incroyable ».

« Je n’en reviens pas, a-t-il dit. Sincèrement, je suis sous le choc d’entendre Philippe Couillard. C’est la première fois que j’entends un premier ministre du Québec dire qu’il faudrait avoir l’accord du gouvernement fédéral pour réduire le nombre d’immigrants au Québec. C’est quand même incroyable d’entendre ça de la part de celui qui est supposé défendre la nation québécoise […]. Dire que c’est à Ottawa de dire le nombre d’immigrants au Québec qu’on prend, selon moi, c’est un moment fort de la campagne électorale. »

Front commun

François Legault demande aux trois autres chefs de parti de plaider, d’une seule voix, en faveur de la pleine compétence du Québec pour déterminer le nombre d’immigrants économiques admis sur son territoire. « Je suis surpris de voir Philippe Couillard laisser entendre que pour l’immigration économique, ce serait Ottawa qui aurait le dernier mot. Je n’en reviens pas. Jamais Robert Bourassa n’aurait dit ça », a-t-il déclaré dimanche. « J’espère que les 4 chefs vont être unanimes pour dire : c’est aux Québécois, c’est au gouvernement du Québec à décider du nombre d’immigrants. »