Éric Caire juge «irréaliste» le prolongement de l'A40 dans sa circonscription

Le député caquiste Éric Caire a récemment pris position contre le prolongement d’une autoroute dans sa propre circonscription.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le député caquiste Éric Caire a récemment pris position contre le prolongement d’une autoroute dans sa propre circonscription.

Connu pour son appui sans failles à tous les projets autoroutiers à Québec, dont le « troisième lien », le député caquiste Éric Caire a récemment pris position contre le prolongement d’une autoroute dans sa propre circonscription.

Récemment, le député de La Peltrie a acheté une publicité dans le journal local de L’Ancienne-Lorette. « Prolongement de l’autoroute Félix-Leclerc vers l’ouest : irréaliste », titrait l’annonce, assortie d’un court texte.

« Il s’agit d’un projet irréaliste qui ne réglera en rien les problèmes de congestion routière », avançait le député.

L’organisme environnemental Vivre en ville, qui est d’ordinaire en désaccord avec M. Caire dans ce genre de dossier, s’étonnait cette semaine d’être dans le même camp que lui.

« On pourrait au premier abord trouver ça surprenant, parce qu’Éric Caire, dans la région, a pas mal toujours été le grand défenseur des prolongements et élargissements routiers », observait son directeur, Christian Savard.

« Ça nous a surpris. »

Principal défenseur du troisième lien pour la CAQ, M. Caire a aussi fait beaucoup de pressions ces dernières années pour que le gouvernement élargisse les autoroutes Henri-IV et Laurentienne. Se présentant comme un défenseur des automobilistes, il a aussi milité contre plusieurs projets de voies réservées sur les autoroutes entre les banlieues et le centre-ville.

Or le prolongement de Félix-Leclerc déroge à la règle. L’autoroute qui traverse la ville dans l’axe est-ouest s’arrête actuellement à la hauteur de l’autoroute Henri-IV qui mène aux ponts. Le projet consisterait à prolonger Félix-Leclerc sur 12 kilomètres vers l’ouest via L’Ancienne-Lorette et l’aéroport pour rejoindre la municipalité de Saint-Augustin-de-Desmaures.


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« Si le projet était bon, je l’appuierais »

En juillet, le gouvernement libéral a lancé un appel d’offres pour financer une étude. Il pense que le prolongement pourrait désengorger le coeur du réseau, notamment l’autoroute 40. On fait valoir de surcroît que le ministère des Transports est déjà propriétaire des terrains où passerait l’autoroute.

Or l’autoroute traverserait le territoire de la ville défusionnée de L’Ancienne-Lorette, qui ne veut rien entendre de ce projet. Son maire, Émile Loranger, a déjà déclaré que cela viendrait « massacrer » sa ville. Dans la municipalité, l’opposition au projet semble généralisée. « On ne veut rien savoir », résumait une dame croisée lundi à une activité de pétanque locale.

Le député Caire aurait-il cédé aux pressions de son électorat ? En entrevue, il s’en défend avec fermeté. « Si le projet était bon, je l’appuierais. […] Je pense que je suis assez solide dans le comté pour être capable de dire à mes concitoyens que c’est un bon projet si c’est un beau projet. Si j’avais l’infime conviction qu’on avait la possibilité de faire quelque chose de bien, [je le ferais]. »

Aux dernières élections, en 2014, M. Caire a été élu avec plus de 50 % des voix. Il représente la circonscription depuis 11 ans.

Pour justifier sa position, le député s’appuie notamment sur une étude commandée par le gouvernement en 2003, laquelle avait rejeté l’idée. « Si on se fie à l’étude de 2003, le prolongement n’aura pas d’impact sur la diminution de la circulation. » Quand on lui fait remarquer que cette étude date, il souligne que « ça n’a pas changé énormément », que la population de Saint-Augustin, à l’ouest, n’a pas augmenté de façon « significative » et que d’autres aspects de l’étude ont été retenus récemment, comme l’élargissement de l’autoroute Henri-IV.

Une diversion politique ?

À ses yeux, il s’agit d’un « leurre politique » fomenté par les libéraux à l’approche de la campagne. « Pendant qu’on parle de ça, on oublie que le projet à la tête des ponts n’a jamais été livré et que, sur Henri-IV, on en est encore à l’étape des annonces… »

De plus, ajoute M. Caire, la région a déjà plusieurs projets de transports dans ses cartons avec le troisième lien, la tête des ponts, l’élargissement d’Henri-IV, de la Laurentienne, etc. « Comment on va justifier d’investir encore 300, 400 millions alors qu’on a déjà une liste de projets bien garnie qui vont nécessiter des investissements majeurs et qui, eux, vont aller dans le sens d’améliorer la circulation ? »

Or le projet du troisième lien ne l’est-il pas bien davantage, coûteux ? À cet égard, M. Caire fait remarquer que les études sur un troisième lien [NDLR : 1969, 1979, 1999-2001], elles, ne rejetaient pas le projet d’emblée.

Il ajoute que le ministère des Transports a vendu certains de ses terrains à L’Ancienne-Lorette, le long du tracé de la future autoroute. « Faire passer une autoroute là, c’est à peu près impossible. Puisqu’on a vendu tous les terrains pour les approches d’autoroute, ça signifierait des expropriations, ou alors on fait un boulevard urbain. » Or, dans ce cas, cela ne contribuerait pas à réduire la congestion à Saint-Augustin, plaide-t-il.

À Saint-Augustin, toutefois, on voit les choses autrement. Le maire Sylvain Juneau est un fervent partisan du projet. Il a même déjà déclaré que le prolongement de Félix-Leclerc pourrait rendre moins pertinent un troisième lien en raison de l’impact sur l’autoroute Henri-IV qui mène aux ponts.

Saint-Augustin ne se trouve toutefois pas dans la circonscription de M. Caire, mais dans Louis-Hébert, qui est représenté par une autre élue de la CAQ, Geneviève Guilbeault.

Quant au maire de Québec, Régis Labeaume, il n’a pas voulu se prononcer lors du lancement de l’appel d’offres sur l’étude en juillet. Les résultats de cette étude sont attendus pour 2019.


Une version précédente de cet article, dont le titre laissant entendre erronément que le député caquiste Éric Caire adoptait une position contraire à celles de son parti en matière de transports et d'infrastructures, a été corrigée.

1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 12 août 2018 04 h 53

    Faut pas chercher

    La CAQ a comme stratégie de montrer qu'elle permet une forme de dissidence chez les siens.
    L'objectif est pour l'élection qui approche, d'élargir son bassin d'électeurs à ceux et celles qui n'ont pas envie de voter PL et PQ (surtout PQ...) mais qui ne sont pas trop d'accord avec plusieurs prises de positions de ce parti.
    Faut pas chercher plus loin, de midi à quatorze heures et dans des considérations philosophiques ou écologiques ou économiques ou..., je crois...

    Tourlou !