Une heure avec «Philou» Couillard

Philippe Couillard a joué le jeu d’une entrevue en direct avec l’humoriste Marie-Lyne Joncas, mardi soir au Zoofest à Montréal.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Philippe Couillard a joué le jeu d’une entrevue en direct avec l’humoriste Marie-Lyne Joncas, mardi soir au Zoofest à Montréal.

Il a été un « défenseur prudent » au hockey dans sa jeunesse. Il a renoncé à son rêve de devenir archéologue parce que son père trouvait que ça manquait de sérieux. Et il trouve Gaétan Barrette « un peu bourru ».

À deux mois et demi du scrutin d’octobre, Philippe Couillard a joué le jeu d’une entrevue en direct avec l’humoriste Marie-Lyne Joncas, mardi soir au Zoofest à Montréal. Si le premier ministre voulait créer une bonne impression, il peut dire mission accomplie. Les rires ont fusé dans la petite salle du Monument-National durant cette prestation d’une heure.

L’intervieweuse ne connaît rien à la politique — « pour moi, René Lévesque est un boulevard », a-t-elle dit d’entrée de jeu. Elle en a profité pour lancer des questions un peu champ gauche sur un ton familier — elle est passée du vouvoiement au tutoiement et a appelé le premier ministre Philippe, Phil et Philou. Tout cela en sirotant une bouteille de vin blanc avec son illustre invité.

On a appris que Suzanne Pilote, la femme de Philippe Couillard, ne se gêne pas pour critiquer des décisions du gouvernement. Le premier ministre, lui, a été invité à nommer un défaut de son ministre de la Santé : « Mon ami Gaétan, disons qu’il est un peu bourru, a-t-il dit. C’est bien des fois de brasser des choses, mais à un moment donné, il faut laisser reposer, c’est comme la cuisine. »

Parler aux électeurs

En montant sur la scène du Zoofest, le premier ministre cherchait à raffiner son image de personnage un peu froid et distant, estime le politologue Thierry Giasson, de l’Université Laval.

« Cette stratégie de communication est courante. Ça fait partie des figures imposées de la politique. Les politiciens cherchent à s’adresser directement à leur public, sans le filtre des journalistes », dit le professeur au Département de science politique de l’Université Laval et chercheur principal du Groupe de recherche en communication politique.

À deux mois et demi des élections provinciales, Philippe Couillard veut se présenter sous un jour favorable et avoir l’air sympathique, estime ce spécialiste de l’image. Le chef libéral a choisi un spectacle d’humour, quintessence de la culture populaire québécoise, pour passer son message.

S’il tentait de parler directement aux électeurs, Philippe Couillard adopte néanmoins une stratégie de communication tout à fait traditionnelle, loin des populistes de droite, estime Thierry Giasson.

Il rappelle que le conservateur Doug Ford vient d’être élu premier ministre de l’Ontario en évitant les grands médias d’information, décrits comme des adversaires politiques.

Donald Trump a accédé à la Maison-Blanche avec la même stratégie consistant à s’adresser directement à sa base électorale, sans passer par les journalistes « corrompus ».

 Doug Ford a gagné sans même offrir un autobus de campagne aux médias qui voulaient le couvrir. Il ne répondait pas aux questions des journalistes parce qu’il avait peur de faire dérailler sa campagne. C’est déprimant. J’espère qu’aucun parti ne fera ça au Québec », dit Thierry Giasson.

Le bon docteur

L’humoriste Marie-Lyne Joncas a bien souligné que les journalistes du Québec ne peuvent que rêver de s’asseoir une heure avec le premier ministre.

Les chefs politiques du Québec entretiennent des relations généralement cordiales avec la presse, mais ils ne se gênent pas pour utiliser d’autres tribunes considérées comme moins « négatives ». « J’ai eu un beau coup de coeur pour vous », a ainsi dit Marie-Lyne Joncas à « son » député — elle est originaire de Roberval, la circonscription du premier ministre.

Le bon docteur Couillard a eu beau jeu de cultiver son personnage de surdoué, qui a commencé ses études en médecine à 16 ans et qui a sauvé des « centaines » de vies. Mais il a pris soin de préciser qu’il se sent plus utile en politique. Les métiers de médecin et de politicien sont cependant difficiles, a expliqué Philippe Couillard : « La politique, c’est comme la médecine, on traite un patient et la famille est souvent pas contente. »