Affaire Pierre Paradis: la commissaire à l’éthique défend sa crédibilité

Le député Pierre Paradis a été blâmé par la commissaire à l’éthique et à la déontologie plus tôt cette semaine.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le député Pierre Paradis a été blâmé par la commissaire à l’éthique et à la déontologie plus tôt cette semaine.

Au lendemain de la décision de Québec de ne pas imposer de pénalité au député Pierre Paradis, comme le recommandait un rapport de la commissaire à l’éthique et à la déontologie, cette dernière a fait une sortie publique jeudi pour dénoncer le recours des libéraux à un tiers pour justifier leur décision.

La commissaire Ariane Mignolet se dit « préoccupée » par le fait que l’avis juridique d’un tiers, produit par la firme Deblois Avocats, ait été demandé par le gouvernement pour analyser son rapport. Selon elle, cette démarche remet en question ses compétences et porte atteinte à la crédibilité de son institution.

Une telle démarche est « d’autant plus préjudiciable qu’aucune demande d’éclaircissement ou de précision n’a été formulée à la commissaire par les parlementaires », déplore-t-elle dans un communiqué publié jeudi.

« Cette enquête a été menée selon les plus hauts standards attendus de la fonction que j’occupe. Aux termes d’une analyse rigoureuse, objective et documentée, j’ai recommandé […] que le député rembourse les fonds publics ayant été utilisés de manière inadéquate pendant plusieurs années, et ce, en contravention du Code [d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale] », se défend Mme Mignolet.

Rappelons que, dans son rapport, la commissaire à l’éthique recommandait d’imposer une pénalité de 25 000 $ à l’ex-ministre libéral Pierre Paradis, qui est accusé d’avoir utilisé des fonds publics au profit de sa fille et de son gendre grâce à l’allocation de logement offerte aux députés.

Enjeu électoral

Alors qu’une élection provinciale aura lieu cet automne, la commissaire appelle à une « réflexion » sur la difficulté de mettre en œuvre « l’aspect coercitif du Code ».

Selon elle, le rejet de son rapport par les parlementaires a un impact direct sur la confiance des citoyens envers les élus et les institutions démocratiques.

Comme ils l’avaient annoncé mercredi, les élus libéraux ont rejeté jeudi en Chambre ses recommandations par 61 voix contre 45. Deux députés se sont abstenus.

Ce rapport était pourtant « sans faille, clair et limpide », s’est indigné le leader parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, lors d’un débat corsé en Chambre peu avant le vote.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a également accusé les libéraux de « s’attaquer » à une institution indépendante. « Quel mauvais message on envoie aux Québécois ! » a-t-il lancé.

Pierre Paradis était lésé dans ses droits, a rétorqué le premier ministre Philippe Couillard.

Avec La Presse canadienne