Le poste de Commissaire à la santé est ressuscité

L’ancien commissaire à la santé Robert Salois
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne L’ancien commissaire à la santé Robert Salois

Le Commissaire à la santé et au bien-être (CSBE) a été sauvé aussi discrètement qu’il avait été aboli. Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a retiré tous les articles du projet de loi 150 qui en signaient l’arrêt définitif. Ce revirement inattendu en réjouit plusieurs. Mais le Commissaire reste pour l’instant une coquille vide sans dirigeant, ni employés, ni budget.

Jeudi, plusieurs observateurs, dont l’ancien commissaire Robert Salois, ont demandé que le CSBE relève de l’Assemblée nationale, ce qui le mettrait à l’abri.

Le ministre Gaétan Barrette a convenu, lors d’une mêlée de presse, que cela prendrait « un certain temps » pour remettre une équipe en place. Les derniers employés, dont la commissaire par intérim Anne Robitaille, sont partis en décembre dernier.

Robert Salois, qui a porté l’organisme de sa création jusqu’à peu après l’annonce de son abolition, se réjouissait de la tournure des événements. « Il faut oublier le passé et regarder vers l’avenir. Je suis content pour le système de santé et pour la population », a-t-il déclaré au Devoir. Mais pour éviter « qu’un gouvernement puisse vouloir l’abolir encore parce qu’il dérange », il propose que le CSBE relève de l’Assemblée nationale directement.

Une proposition appuyée par l’Association médicale du Québec (AMQ) et la FIQ, le principal syndicat infirmier au Québec.

Un organisme à rebâtir

« C’est un fantôme pour l’instant. On se retrouve avec un organisme qui a une réalité juridique, mais pas d’employés ni de budget, a fait remarquer le Dr Hugo Viens, président de l’AMQ. Ça nous amène probablement après les élections pour une remise en fonction réelle, dont on se réjouit bien sûr. »

« Nous avons perdu l’expertise, c’est le dommage collatéral le plus important », d’ajouter Jean Lacharité, de la CSN.

La présidente de la FIQ, Nancy Bédard, demande que le budget du CSBE soit bonifié du quart et que son équipe puisse jouir d’un « réel accès aux données, dont celles de la RAMQ ». « Il faut maintenant lui donner les conditions gagnantes », a-t-elle expliqué. L’Association québécoise des retraités des secteurs publics et parapublics (AQRP) réclame elle aussi un rehaussement du budget du CSBE pour « rattraper le temps perdu ».

Barrette pas « en faveur » de l’abolition

« C’est une décision avec laquelle je n’étais pas en faveur », a affirmé M. Barrette, jeudi, à propos de l’abolition du CSBE, ajoutant qu’elle s’était imposée dans le cadre de la révision des programmes. Aujourd’hui, le contexte budgétaire a changé, a-t-il expliqué. Sur Twitter mercredi soir, il a aussi affirmé avoir fait des « représentations » pour le retour du CSBE.

Par le passé, le ministre avait justifié la disparition de cet organisme par les impératifs budgétaires et un chevauchement de mission avec l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS).

« Je n’en crois pas un mot », a lancé jeudi le député solidaire Amir Khadir à propos des représentations du ministre Barrette pour sauver le CSBE.

Le Parti québécois, pour sa part, a pris en partie le crédit de la nouvelle. « Nous avons été persévérants », a rappelé Diane Lamarre. « Pour adopter le projet de loi 150, le gouvernement n’a eu d’autre choix que de retirer les articles qui ne faisaient pas consensus. »

L’étude du projet de loi 150 concernant la mise en oeuvre des budgets 2016 et 2017 du gouvernement Couillard s’est terminée mercredi par le retrait de centaines d’articles, dont ceux abolissant le CSBE. Cela permettra vraisemblablement au gouvernement d’adopter rapidement ce projet de loi important avant la fin de la dernière session parlementaire précédant les élections générales.