Couillard et Leitão tentent de se faire rassurants sur la tarification du REM

Le ministre des Finances, Carlos Leitão
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre des Finances, Carlos Leitão

Le premier ministre Philippe Couillard et son ministre Carlos Leitão ont tenté de se montrer rassurants mardi sur les coûts du Réseau express métropolitain (REM), le futur train de banlieue de la Caisse de dépôt dans la région de Montréal.

Une dépêche de La Presse canadienne révélait lundi que les contribuables et usagers pourraient payer pas moins de 11,4 milliards sur 20 ans à la Caisse de dépôt pour le service du REM, avec l’indexation de la tarification et la hausse prévue de l’achalandage.

L’opposition péquiste a dénoncé le REM comme étant « le seul service de transport en commun au Québec qui sera privatisé ».

La tarification comporte de nombreuses variables inconnues, ce que déplorent les villes de la banlieue métropolitaine, mais ni M. Couillard ni M. Leitão n’ont évoqué de chiffres pour dissiper les craintes.

L’usager devrait en principe prendre à sa charge le tiers du prix du service, tandis que les villes doivent assumer 15 % et le gouvernement 85 % du solde restant, mais Québec n’est pas engagé au-delà de 2023-2024, soit l’année de l’entrée en service complète du REM.

« Ça veut dire que ce pourcentage-là, qui sera versé par les villes, peut monter de façon effroyable », a tonné le porte-parole péquiste, Alain Therrien.

Redevances

C’est l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) qui devra verser une redevance de 0,72 $ par passager/km à la Caisse de dépôt pour chaque usager du REM et qui devra ensuite répartir la facture entre les municipalités de la région métropolitaine en fonction de leur quote-part.

En fonction d’un tableau fourni par une source confidentielle à La Presse canadienne qui comporte l’achalandage prévu par la Caisse et une estimation d’indexation de 2 % par an, les redevances de l’ARTM à la Caisse passent le cap des 500 millions par an en 2028 pour atteindre 726,5 millions par an en 2042, pour un total de 11,4 milliards.

Cependant, le ministre des Finances, Carlos Leitão, a appelé l’opposition à la patience sur le contenu des ententes confidentielles du REM, qui devrait être divulgué d’ici à la fin d’avril.

« Je demanderais à nos collègues de l’opposition surtout de ne pas reproduire des chiffres qui ne sont pas validés, a-t-il plaidé à la période de questions. Les 11 milliards, ce n’est tout simplement pas un chiffre validé. Ce n’est pas du tout ça. »

L’indexation de la tarification du REM est soumise à une formule complexe, qui comprend l’indice d’inflation, mais aussi la variation du panier obligataire et d’autres variables. C’est donc dire que les conditions de financement du projet, les coûts d’emprunt de la Caisse sur le marché pour payer le REM, vont se refléter dans l’indexation de la tarification du REM.

En point de presse à Montréal en marge d’une annonce sur la politique de mobilité durable, M. Couillard a affirmé que le REM augmentera de très peu les coûts des services de transport en commun pour les municipalités, sans donner plus de détails.

Il a par ailleurs répété l’argument de la Caisse de dépôt, c’est-à-dire que les coûts pour exploiter tous les autres réseaux de transport de 2021 à 2042 s’élèveraient déjà à plus de 81 milliards, alors que le REM est l’équivalent de l’ajout d’un deuxième métro à Montréal.

Projet de loi

L’opposition a par ailleurs accusé le premier ministre de tenter de « réparer ses erreurs » concernant le REM, parce que la Caisse de dépôt a attribué le contrat du matériel roulant à Alstom, le grand rival de Bombardier, qui fera assembler les trains en Inde, plutôt qu’au Québec.

Comme l’avenir de l’usine Bombardier de La Pocatière est en jeu, le gouvernement déposera en effet prochainement un projet de loi qui permettra de devancer les commandes du métro de Montréal, afin d’assurer du travail aux 600 employés, sans s’exposer à des poursuites des concurrents du géant ferroviaire.

« Le projet de loi va interdire la concurrence », va « exposer le Québec à des poursuites internationales », a déploré en Chambre le chef de l’opposition péquiste, Jean-François Lisée, qui a toutefois indiqué que sa formation l’appuiera, même si « c’est la pire chose à faire ».

Selon lui, il aurait fallu obliger la Caisse dans les projets de loi qui ont été adoptés sur le REM à exiger 25 % de contenu local dans ses commandes de trains.