Martine Ouellet n'était pas certaine que les forages à Anticosti en valaient la peine

L’ex-ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’ex-ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet

L’ex-ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, n’était pas convaincue « que le jeu en valait la chandelle » quand le gouvernement Marois a signé une entente qui le contraignait à investir un minimum de 57 millions de dollars dans l’aventure Anticosti.

« Même quand j’étais ministre des Ressources naturelles, je l’ai dit : je suis loin d’être certaine que le jeu en vaut la chandelle », a déclaré l’ex-ministre vendredi, dans un entretien avec Le Devoir, en marge d’une manifestation en opposition aux investissements de la Caisse de dépôt et placement du Québec dans le secteur des énergies fossiles.

Le contrat que son gouvernement a signé en 2014 n’autorisait pas les forages sur l’île d’Anticosti, « d’aucune espèce de façon », a-t-elle avancé. Or, le contrat — encore en ligne sur le site de la société en commandite Hydrocarbures Anticosti, mise sur pied par le gouvernement Marois — prévoyait bel et bien, pour 2017, la réalisation de « trois forages avec fracturation ».

C’est finalement le gouvernement de Philippe Couillard qui a donné le feu vert aux forages, en 2016.

Un minimum de 57 millions

L’entente qu’a signée le gouvernement Marois en 2014 contraignait Québec à investir un minimum de 57 millions de dollars afin de vérifier s’il existait, ou non, un potentiel commercial de pétrole et de gaz de schiste sur l’île d’Anticosti. À l’annonce du grand projet, deux semaines avant le déclenchement de la campagne électorale, les troupes de Pauline Marois disaient vouloir investir 115 millions de dollars pour vérifier le potentiel d’exploitation du pétrole sur la plus grande île du Québec.

Avec le recul, Martine Ouellet admet qu’elle agirait différemment. « C’est clair qu’avec l’information qu’on a aujourd’hui, on ne prendrait pas les mêmes décisions, mais on n’avait pas ces informations-là à l’époque », a-t-elle affirmé. À l’époque, le projet devait passer l’étape des auditions du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, a-t-elle rappelé. « Et depuis ce temps-là, on les a, les informations. Ce n’est pas rentable », a-t-elle constaté. « À 191 $ le baril, ce n’est clairement pas rentable. Et, en plus, [compte tenu de] tous les impacts environnementaux, c’est clair que c’est insensé, ces projets-là. »

Le 28 juillet, Québec a mis un terme au contrat qui l’obligeait à investir dans le projet d’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti. Le gouvernement a dépensé plus de 60 millions de dollars en compensations pour les entreprises impliquées dans le projet, en plus des 30 millions engagés dans les travaux.

Martine Ouellet estime que ces dédommagements n’avaient pas lieu d’être, puisque la fin de l’aventure Anticosti est à son avis une « fin de contrat », et non un « bris de contrat », en raison du caractère — non rentable, selon elle — de l’aventure.

4 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 9 septembre 2017 06 h 06

    L'irrespect du principe d'acceptation sociale

    Depuis 1986 (Rapport ONU), le principe d'acceptation sociale exige que l'on consulte les populations concernées avant de donner son aval à un projet. Cela n'a pas été fait pour des raisons essentiellement électorales, le gouvernement ayant besoin de ce projet pour essayer d'engranger plus de votes à l'échelle du Québec. C'était l'affaire de la PM et du Parti: il fallait laisser passer. Refairait-on la même erreur? Probablement si les enjeux étaient les mêmes, le bureau du premier ministre ayant de plus en plus d'influence en politique, surtout sur l'avenir d'une personne comme ministre.

  • Marc Durand - Abonné 9 septembre 2017 12 h 08

    on avait pas ces informations à l'époque?

    Mme Ouellet a le mérite d'admettre cette erreur du gouvernement Marois. Une précision utile par contre: les informations dont on dispose aujourd'hui étaient déjà présentes en 2014, mais des hauts fonctionnaires au MERN et MDDELCC faisaient systématiquement obstacle à ce qu'elles soient prises en compte. Ils ne retenaient que les données venant des promoteurs pour alimenter en informations l'appareil gouvernemental. Ce sont eux aussi les responsables de la dilapidation inutile de dizaines de millions. La trop grande proximité promoteurs-hauts responsables dans les ministères a été très coûteuse en fonds publics.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 9 septembre 2017 13 h 32

    ''Et depuis ce temps-là, on les a, les informations''


    Ou sont-elle ces informations puisque que pour savoir de quoi on parle il faut nécessairement, au minimum, faire des tentatives d'extraction et de production.

    Sans ces tentatives, ce que prévoyait faire les travaux qui ont été bloqués, vous nager toujours en mode théorie assises sur des prémisses empruntées sur des données très variables pour un même sujet, et ajustables selon le but recherché par celui qui construit la théorie. Ces travaux pratiques rapprochent de la réalité et donne une meilleurs mesure que les théories. Autant celles des promoteurs que celles des dénigreurs.

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    Et Martine Ouellet s'embourbe, elle nie ses propres actions et livre un ''qu’avec l’information qu’on a aujourd’hui, on ne prendrait pas les mêmes décisions''.

    On sait bien, les prix sur le présent marché ne serait pas propice a pour entreprendre de débuter des travaux de recherche sur le potentielle et la validation de ces ressources. Mais rien ne justifie la transformation des travaux en cour en sabotage financier pour mieux se callé dans l'ignorance de nos propres ressources.


    Et madame Sioui, l’entente qu’a signée le gouvernement Marois en 2014 ne ''contraignait'' pas Québec à investir un minimum de 57 millions de dollars, il l'engageait.

    Les dirigeants d'un État sont ses représentants légitimes pour engager les actions de l'État, et non pas le contraindre a des actions.

    L'État n'est pas une entité autosuffisante qui peut se passer de dirigeants politique. Parler de contrainte dû aux actions des politiciens c'est comme insinuer que l'État pourrait fonctionner mieux sans politiciens. Mine de rien. rendu là on ouvre la voie a un État totalitaire.

  • Mario Jodoin - Abonné 9 septembre 2017 16 h 14

    À qui ?

    « Même quand j’étais ministre des Ressources naturelles, je l’ai dit : je suis loin d’être certaine que le jeu en vaut la chandelle »

    À qui a-t-elle dit cela? Pas à la population, en tout cas...