Un projet de loi comme un feu de paille

Photo: Marco Bélair-Cirino Le Devoir

Les Québécois ont développé un rapport « privilégié » avec les armes à feu, que tente de briser l’État à coups de « lois scélérates et inutiles », déplore l’historienne Russel-Aurore Bouchard. Pour l’ancienne armurière, le projet de loi 64, « sournoisement écrit sous la dictée des hauts gradés de la SQ et du président de l’Association des policiers du Québec », est voué à l’échec.

La société québécoise est « l’une des plus civilisées au monde » : les Québécois sont « simples », « terre à terre » et « polis », avance l’experte bien connue au Saguenay–Lac-Saint-Jean dans un échange avec Le Devoir.

L’auteure de nombreux ouvrages sur les fusils en Nouvelle-France rappelle que les armes ont permis de « faire manger nos familles dans les temps de disette, de surmonter le péril anglo-iroquois au XVIIe siècle et de repousser jusqu’en 1760 l’envahisseur anglais ».

Les conquérants ont d’ailleurs saisi la plupart des armes à feu après la prise de Québec. « C’est les punir par un endroit bien sensible », observe alors un officier britannique.

Les habitants de la colonie ont résisté, soutient Mme Bouchard. « En hommes libres, la coutume et la nécessité ont été plus fortes que les interdits. Ils n’ont pas déposé leurs armes, ou si peu, ils ont méprisé les lois et poursuivi leur destinée. »

La fondatrice d’un centre de tir établit un parallèle avec la loi 64. « La majorité ne la respectera pas, et l’État va se retrouver avec un registre qui ne comptera pas 50 % des armes d’épaule, ce qui sera encore pire que pas de loi du tout pour la sécurité, puisqu’il aura un portrait des plus faux de la situation. »

Le projet de loi controversé produit déjà des effets, selon elle. « Les gens achètent par le Net et par téléphone dans les autres provinces des armes à feu qu’ils entendent ne pas déclarer et ne pas faire paraître dans les livres des vendeurs légaux, ce qui isole l’État de ses citoyens et qui diminue les recettes déjà affaiblies des commerçants. »

Enfin, Russel-Aurore Bouchard redoute un glissement vers l’État policier. « Je n’ai jamais été si inquiétée par cette dérive totalitaire », souligne l’auteure pour qui l’arme à feu, « simple objet d’utilité quotidienne », est un « symbole de liberté », un trait de la « civilisation ».

J’ai de la difficulté à comprendre cette hésitation parce que moi, j’ai deux armes de chasse chez moi, je n’ai pas été du tout traumatisé par le fait d’avoir à les enregistrer, je trouve ça normal

Les chasseurs sont un peu tannés d’être associés à la violence, à la criminalité

J’aimerais rappeler à mes collègues qu’on a adopté plusieurs résolutions unanimes pour la création d’un registre québécois des armes à feu

Autant les tueries que les suicides [par armes à feu] sont souvent faits par des personnes qui ont de sérieux problèmes de santé mentale ou qui sont dépressives. Ce projet de loi-là [offre] une illusion de sécurité.

Il y a une division, comme dans tous les partis politiques

3 commentaires
  • Yves Poirier - Abonné 6 février 2016 09 h 27

    En plein dans le mille.

    C'est tres exactement cela. Lors de la derniere operation federale, des centaines de milliers d'armes n'ont pas ete enregistre. Et je sais ce dont je parle je vivais alors
    en Colombie Brittanique et on pouvait encore acquerir des carabines dans les petites annonces sans p.a.l. Je connais personnellement bien des gens qui se sont gardes des armes hors du registre. Alors a quoi bon. L'argument des policiers est fallacieux.
    Ils ne se presentent pas a votre domicile avec des fleurs parce que votre nom n'est pas au registre.

  • Robert Dufresne - Inscrit 6 février 2016 10 h 03

    La fameuse liberté

    Revendiquer le droit de posséder des armes sous l'argument de la liberté m'inquiète beaucoup. La liberté de quoi? De tuer des animaux ? de faire valoir son machisme ? d'intimider son entourage ? d'affirmer sa supériorité sur ceux qui n'en ont pas ?

    Faire valoir l'aspect historique de repousser les Iroquois et de nourrir sa famille relève d'un esprit paséiste malsain. Bien sur les chasseurs bénéficient du privilège de manger du gibier mais peu s'en remettent à la chasse pour nourrir sa famille sur une base régulière.

  • Robert Laroche - Abonné 6 février 2016 12 h 59

    Et la propagande des vendeurs d'armes dans tout cela ?

    Cela devient évident quand un reportage de Radio Canada nous présente en vendeur d'arme déguisé en chasseur.

    Certes " La société québécoise est « l’une des plus civilisées au monde » : les Québécois sont « simples », « terre à terre » et « polis », avance l’experte bien connue au Saguenay–Lac-Saint-Jean dans un échange avec Le Devoir… ", mais cela devient de moins en moins vrai quand les forces venants de l’extérieures attirent et sont reprises en cœur par notre élite pour que nous devenons autre et que nous imitons l’Amérique sans autre discernement.

    Malgré les beaux propos de ce texte cette attraction des armes à feu dans un autre contexte que celui du défricheur, du colon et du bon chasseur est indéniable et les marchands d’arme y sont pour quelques choses.

    Il est temps d’arrêter de nous conter des histoires.