Tout le réseau souffrira de la privatisation à la réserve Dunière

La privatisation de la gestion de la réserve Dunière en Gaspésie par le gouvernement Charest, le 20 décembre dernier, fera perdre en 2008 aux alentours d'un demi-million de dollars au réseau national des réserves fauniques du Québec, a appris Le Devoir de sources bien informées au ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF).

Ce ministère est responsable des réserves fauniques, dont la gestion est confiée à la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ). Cette dernière se demande présentement où elle puisera cet argent en 2008 pour rentabiliser l'ensemble du réseau des réserves gouvernementales, qu'elle gère à quelques exceptions près.

C'est la ministre des Affaires municipales et des régions, Nathalie Normandeau, qui a décidé sans débat public ou même avec les milieux fauniques de confier à une corporation privée sans but lucratif, la Corporation de gestion des rivières Matapédia et Patapédia (CGRMP), la gestion de la réserve Dunière en lieu et place de la SEPAQ. Lorsque la ministre Normandeau a annoncé ce transfert à cette société privée, le 24 novembre, il semble que ses collègues ministres n'avaient pas été avisés, si on en juge notamment par les réactions de membres de certains cabinets ministériels mis en cause. La ministre Normandeau, qui est aussi vice-première ministre et députée de Bonaventure, entend créer des emplois dans sa région par cette privatisation de la gestion de l'une des meilleures réserves de chasse à l'orignal du Québec, la seule avec sa voisine Matane où le taux de succès dépasse 95 %.

Dans les semaines qui ont suivi sa déclaration, la CGRMP, qui n'a pas un statut de zone d'exploitation contrôlée (zec) comme la plupart des autres gestionnaires de rivières à saumon de la Gaspésie, a annoncé qu'elle faisait passer le personnel de Dunière de 8 à 24 personnes.

Selon les informations publiées depuis quelques jours sur le site Internet de cette corporation locale, les nouveaux gestionnaires pourraient retirer

219 000 $ de plus que la SEPAQ de la chasse à l'orignal en 2008. Alors que la SEPAQ planifiait une récolte maximale de 222 orignaux, les nouveaux gestionnaires privés ont planifié une récolte de 264 bêtes. Ils ont aussi augmenté de 19 le nombre de forfaits offerts en plan américain, le plus payant à plus de 2000 $ par chasseur pour quatre jours de chasse. Et dans les catégories les plus accessibles, les prix ont été augmentés de près de 10 % dès la première saison, passant de 684 $ à 747 $, si on compare avec les prix prévus en 2008 par la SEPAQ avant qu'elle ne soit chassée du décor.

Réactions

Pour le critique du Parti québécois en matière de faune, le député de Labelle Sylvain Pagé, la privatisation de la gestion de cette réserve faunique exceptionnelle — quatre orignaux au kilomètre carré — «n'est pas sans rappeler le dossier d'Orford» car elle soulève la question de l'intégrité du patrimoine commun et de l'accès démocratique aux ressources fauniques.

Retirer la gestion d'une réserve faunique à une société d'État pour la confier à un groupe privé «m'apparaît comme une mauvaise décision» car elle appauvrit l'ensemble du réseau des réserves, dont la rentabilité est établie à partir du principe des vases communicants.

«Il ne faut pas, dit-il, dépecer le territoire public, qui constitue un patrimoine commun, qu'il soit près ou loin de Montréal» en raison du danger que pose chaque précédent.

De son côté, la Fédération québécoise de la faune, qui représente plus de 200 000 chasseurs et pêcheurs, a réclamé hier de Québec qu'il suspende cette décision et la soumette à des audiences publiques en toute transparence. La FQF reproche au gouvernement Charest d'avoir caché ce transfert en l'annonçant le 20 décembre alors que tous les organismes étaient démobilisés. La FQF entend, expliquait sa porte-parole, Geneviève Clavet, inscrire cette question à la première réunion du Groupe faune national, officiellement créé par Québec en décembre et à qui ce dernier aurait dû, par souci de transparence, soumettre préalablement une affaire de cette importance.

À voir en vidéo