Valérie Plante promet 60 000 logements abordables de plus à Montréal

Pour atteindre cette cible de 60 000 logements abordables de plus, Valérie Plante propose de dépenser 800 millions de dollars d’ici 10 ans pour acquérir des terrains dans la métropole.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pour atteindre cette cible de 60 000 logements abordables de plus, Valérie Plante propose de dépenser 800 millions de dollars d’ici 10 ans pour acquérir des terrains dans la métropole.

La cheffe de Projet Montréal, Valérie Plante, promet de construire et d’aménager 60 000 logements abordables dans les prochaines années en faisant l’acquisition de terrains dans différents arrondissements de la métropole, si son parti obtient un nouveau mandat en novembre. Elle refuse toutefois de se donner un échéancier clair pour atteindre cet objectif.

Mme Plante a fait cette promesse électorale mercredi matin lors d’une conférence de presse dans l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension en présence de trois autres élus membres de sa formation politique. Une annonce qui survient le jour même où un sondage de la firme Léger effectué pour le compte du Devoir place la question du coût des logements et de l’accès à la propriété comme enjeu numéro un de l’actuelle campagne électorale municipale.

« Montréal peut se targuer d’être encore une ville abordable, mais [elle] commence à être très fragile, cette abordabilité », a d’ailleurs soulevé Valérie Plante, qui craint que l’accès à la propriété pour la classe moyenne devienne éventuellement aussi ardu dans la métropole québécoise qu’à Toronto et à Vancouver.

« On ne veut pas que les familles soient obligées de quitter [leur quartier]. On veut que les familles puissent rester dans le quartier qu’elles ont choisi », a renchéri l’élue de Projet Montréal et aspirante mairesse de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Laurence Lavigne Lalonde.

Acquisition de terrains

La cheffe de Projet Montréal propose donc que la Ville dépense 800 millions de dollars sur 10 ans pour acquérir des terrains dans la métropole, notamment en usant de son droit de préemption, qui lui donne la priorité d’achat sur des sites mis en vente. Une somme considérable pour la Ville, qui devra miser sur sa « capacité d’emprunt phénoménale » pour obtenir celle-ci, a reconnu Mme Plante.

Tout en demeurant des propriétés de la Ville, ces terrains, une fois acquis, seront « prêtés sur du très long terme » à des organismes à but non lucratif et à des promoteurs privés. Ceux-ci y construiront des unités abordables, dont le prix de vente ou de location devra se situer à 90 % de la valeur du marché, a expliqué la candidate à sa propre réélection.

Une partie de ces logements abordables pourrait aussi voir le jour sur des terrains que possède déjà la Ville dans des secteurs en voie de développement. Mme Plante a notamment nommé à cet effet le site de l’ancien hippodrome Blue Bonnets, près de la station de métro Namur, et celui de Louvain Est, dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville.

« Ce qu’on veut, c’est de freiner la spéculation immobilière et pour ça, il faut en créer du logement abordable », a insisté Mme Plante.

La mairesse ne s’est toutefois pas avancée sur un échéancier réaliste pour concrétiser la réalisation de ces éventuelles 60 000 unités de logement abordables, n’en sentant pas le besoin « à ce stade-ci ». Par voie de communiqué, Projet Montréal affirme cependant que la Ville évalue que la somme de 800 millions devra être prêtée à des organismes pendant 40 ans pour permettre à ceux-ci d’y réaliser des projets d’habitation et de rembourser la Ville « sous forme de rente ». Une analyse qui laisse le parti d’opposition Ensemble Montréal sceptique.

« Projet Montréal ne peut pas promettre de dépenser l’argent des Montréalais pour les 40 prochaines années. Encore une fois, Valérie Plante montre qu’elle envisage de dépenser sans compter […] C’est de l’improvisation pure et simple », a réagi par écrit l’aspirant maire Denis Coderre, qui a pour sa part tenu une annonce sur la propreté de la métropole mercredi matin.

Le « concept flou » des logements abordables

En limitant à 3 % la hausse annuelle de la valeur à la revente des unités abordables, comme le prévoit le Règlement pour une métropole mixte, Mme Plante affirme que la Ville sera en mesure de prévenir l’achat de logements entrant dans cette catégorie par des promoteurs immobiliers et des propriétaires bien nantis désirant relouer ceux-ci à prix fort, comme cela est arrivé à plusieurs reprises dans les dernières années, selon une enquête du Journal de Montréal. Les acheteurs devront aussi répondre à certains critères associés à leur revenu afin d’éviter les abus, a ajouté le responsable de l’habitation au comité exécutif, Robert Beaudry.

« Il n’est pas question que quelqu’un prenne des unités qui devraient servir à la classe moyenne », a assuré Valérie Plante.

Le Front d’action populaire en réaménagement urbain rappelle cependant que même s’il est vendu ou loué à 90 % de sa valeur marchande, un logement dit abordable risque de ne pas l’être pour bien des ménages locataires confrontés à une hausse rapide des loyers dans la métropole.

« On a vu dans les dernières semaines, au Québec et aussi ailleurs, les limites de ce concept flou de logements abordables », fait valoir la porte-parole de l’organisme, Véronique Laflamme. Dans ce contexte, cette dernière estime que la Ville devrait prioriser la construction de logements sociaux et communautaires sur les terrains qui sont déjà à sa disposition.

Quant à sa stratégie de 12 000 logements, annoncée en 2018, la Ville a dépassé sa cible de 6000 unités abordables, tandis que 4220 des 6000 unités de logement social promises d’ici la fin de 2021 ont été réalisées. Il est toutefois à noter qu’il ne s’agit pas uniquement de nouvelles constructions, puisque la Ville inclut aussi dans ce décompte des logements rénovés et « transformés » à différents endroits dans la métropole.


Une version précédente de ce texte, qui citait Valérie Plante sur la stratégie de 12 000 logements qu'elle avait annoncée en 2018, a été modifiée. L'erreur venait de Mme Plante.

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