Des travailleurs sociaux avant la police à Montréal pour «désamorcer» les crises

L’Équipe mobile de médiation et d’intervention sociale (ÉMMIS) interviendra dorénavant auprès des personnes plus vulnérables.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’Équipe mobile de médiation et d’intervention sociale (ÉMMIS) interviendra dorénavant auprès des personnes plus vulnérables.

Montréal déploiera une unité de travailleurs sociaux pour « désamorcer » les situations de crise avant l’arrivée de la police. D’abord lancé au centre-ville cet automne, le projet pilote doit par la suite s’étendre partout sur l’île.

Calmer une personne en crise, sous l’effet de la drogue, ou en détresse au centre-ville de Montréal ne sera plus que l’affaire des policiers. L’Équipe mobile de médiation et d’intervention sociale (ÉMMIS) interviendra dorénavant auprès de ces personnes vulnérables. Ce projet pilote, annoncé mercredi par la mairesse Valérie Plante, s’échelonnera du 1er septembre jusqu’à la fin décembre.

La Ville cherche à se doter « d’un service bien à elle » pour traiter ces « situations complexes », a expliqué Mme Plante en conférence de presse. « Tout le monde est tanné de travailler à la pièce. On essaie vraiment d’avoir des ressources à l’interne qui pourraient être déployées le plus rapidement possible, encore une fois pour éviter les escalades quelles qu’elles soient. »

« La plupart des appels » que reçoivent les « partenaires institutionnels » de la Ville de Montréal concernent ces situations de crise, a renchéri le directeur général de la Société de développement social, François Raymond. Cette équipe « allégera le système » en créant « une zone tampon avant d’en arriver à un agent de sécurité ou un agent policier ».

Les six agents déployés dans le cadre du projet pilote patrouilleront le centre-ville pour prévenir les conflits liés à l’occupation de l’espace public. Par exemple, les agents d’ÉMMIS pourront « faciliter la conversation avec la population itinérante qui se tient devant un commerce, ou qui parfois se tiennent dans les ruelles et qui créent des insécurités », a illustré la mairesse.

Un responsable d’équipe pourra, si le besoin se fait sentir, mettre à contribution les autres intervenants sociaux déjà présents dans la rue. La conversation avec les autres organismes communautaires est « cruciale », a plaidé Valérie Plante. « On ne veut pas leur retirer leur expertise. »

Les intervenants offriront aussi aux personnes vulnérables dans le besoin un accompagnement vers des organismes communautaires offrant notamment des services aux sans-abri.

Un accueil mitigé

En janvier dernier, une étude menée par des chercheurs de l’Observatoire des profilages, rattaché à l’Université de Montréal, a fait état d’une forte augmentation dans les dernières années du nombre de constats d’infraction émis par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) à des itinérants pour des motifs reliés à l’occupation du domaine public, comme la consommation d’alcool ou de drogue dans un parc.

Dans ce contexte, le recours à des intervenants sociaux plutôt qu’à des policiers pour assurer une certaine « cohabitation sociale » dans l’espace public est salué par le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM). « Cette idée d’offrir une alternative à la judiciarisation [des sans-abri], il n’y a personne qui va remettre ça en considération », indique au Devoir la directrice de l’organisme, Annie Savage.

Cette dernière déplore cependant que la Ville et ses partenaires multiplient les initiatives du genre au moment où les groupes communautaires qui interviennent auprès des personnes en situation d’itinérance demeurent « sous-financés » dans la métropole. En juillet, une Équipe multidisciplinaire de concertation communautaire a notamment été créée, en collaboration entre le SPVM et la Santé publique de Montréal, pour faciliter une meilleure cohabitation au sein du parc Émilie-Gamelin, au centre-ville.

« Au lieu de financer les groupes communautaires qui font de la prévention, on va financer ce type de projets là qui ne répond pas aux besoins des communautés vulnérables, mais plutôt à ceux du SPVM ou des citoyens riverains », laisse tomber Mme Savage.

L’opposition officielle, Ensemble Montréal, a d’ailleurs elle aussi déploré mercredi les enjeux de financement des organismes communautaires vers où sont souvent dirigées les personnes en situation de détresse qui font l’objet d’interventions dans l’espace public.

« Nous sommes d’avis qu’il faut mettre toutes les forces de notre côté, mais nous devons aussi soutenir ces acteurs qui peinent à répondre à l’augmentation des besoins, notamment en raison du manque de financement et planification de la part de l’administration Plante », a écrit le porte-parole du parti en matière d’itinérance, Benoit Langevin.

Les agents d’ÉMMIS seront d’abord disponibles 15 heures par jour, soit de 9 h à minuit, 7 jours par semaine. La Ville ambitionne d’en faire un service accessible en tout temps et partout sur l’île de Montréal.

Le projet pilote coûtera 160 000 $ aux coffres de la municipalité.

Avec Zacharie Goudreault

À voir en vidéo