Les partis municipaux veulent éviter des «squelettes dans le placard»

Les élections municipales auront lieu le 7 novembre.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les élections municipales auront lieu le 7 novembre.

Les partis municipaux de Montréal assurent redoubler de prudence pour recruter des candidats sans « squelettes dans le placard » en vue de l’élection de novembre, mais les vérifications menées sont insuffisantes, jugent des experts, qui appellent les formations à vérifier davantage les antécédents judiciaires de leurs recrues.

Le 14 mai, le candidat à la mairie de Montréal, Denis Coderre, annonçait en conférence de presse avoir recruté Ali Nestor, qui dirige l’organisme dédié aux jeunes Ali et les Prince*sse*s, pour devenir conseiller spécial non élu au sein de sa formation Ensemble Montréal dans les dossiers de sécurité publique, de diversité et de jeunesse.

Quelques heures plus tard, M. Coderre a toutefois dû expulser sa nouvelle recrue de son équipe après avoir appris dans les médias qu’une plainte de voies de fait et d’agression sexuelle alléguée aurait été déposée en mars dernier par l’ex-conjointe d’Ali Nestor auprès de la police de Repentigny.

L’aspirant maire connaît pourtant bien M. Nestor, qui l’a aidé dans sa remise en forme ces dernières années. Le parti Ensemble Montréal demande par ailleurs à ses recrues de remplir un formulaire détaillé où ils sont notamment invités à dévoiler toute information compromettante. Un processus qui n’avait pas empêché le parti de recruter en 2013 l’ancien conseiller d’Union Montréal Robert Zambito, avant de l’exclure de la formation quelques mois plus tard en raison d’allégations de pots-de-vin.

« À Ensemble Montréal, les candidats sont soumis à un questionnaire rigoureux et d’autres types de vérifications sont faites à leur égard. Ce n’est pas un processus infaillible, mais nous en sommes satisfaits à ce jour », assure au Devoir le directeur général du parti d’opposition, Sébastien Lachaine.

Ce dernier a d’abord refusé de préciser si le parti effectue une vérification du plumitif et scrute les réseaux sociaux de ses candidats pour y déceler des propos potentiellement problématiques. Le parti a toutefois contacté Le Devoir vendredi soir, après la publication de cet article, pour affirmer qu’il procède à la vérification des antécédents judiciaires et du « dossier complet de crédit » de ses candidats, en plus de valider la « véracité des diplômes » de ceux-ci.

La Presse rapportait par ailleurs vendredi que l’aspirant maire Denis Coderre a diffusé sur les réseaux sociaux une photo de lui en compagnie de deux jeunes hommes, tout en ignorant qu’il s’agit de trafiquants d’armes et de drogues. Le cliché a été retiré depuis.

Le parti de la mairesse Valérie Plante, Projet Montréal, confirme pour sa part qu’il procède à ses propres vérifications auprès du plumitif pour scruter les antécédents judiciaires de ses candidats. Pour le reste, le processus de sélection des candidats est semblable à celui mis en place par l’opposition.

« On demande [à nos candidats] de remplir un formulaire où on leur pose toutes sortes de questions sur les emplois passés, les prises de position passées publiques, surtout dans des lettres d’opinion ou des blogues. Il y a des questions qui touchent à la justice pénale et professionnelle. Et de façon générale, on leur demande s’il y a quoi que ce soit dans leur passé qu’ils auraient pu dire ou faire et qui pourrait éventuellement nuire au parti ou à leur candidature », explique le directeur des communications de Projet Montréal, Julien Acosta. Ce dernier estime d’ailleurs que Denis Coderre « a probablement été négligent considérant la relation qu’il avait [avec M. Nestor] ».

« C’est vrai qu’il y a une part qui relève de la bonne foi, mais il y a une grande part du travail rigoureux qui se fait en amont » , renchérit M. Acosta, qui indique en outre que son parti entend porter une attention particulière aux publications sur les réseaux sociaux de ses aspirants candidats.

Des mesures insuffisantes, selon des experts

Pour le propriétaire d’Accès Identité et Investigation, François Du Sablon, ces mesures sont loin d’être suffisantes. Son entreprise fait partie d’un groupe de firmes privées autorisées par la Gendarmerie royale du Canada à faire des vérifications d’antécédents judiciaires de façon juste et légale.

« Quand on fait une enquête plus approfondie, on essaie d’éliminer les squelettes dans les placards, c’est ça l’objectif. On comprend que les partis politiques n’ont souvent pas beaucoup de moyens [financiers], mais il faut que le minimum soit fait. Mais souvent, ce n’est pas le cas », soulève M. Du Sablon.

L’ancien conseiller municipal dans Stoneham affirme notamment qu’une simple consultation du plumitif n’est pas suffisante, puisque le service offert au Québec exclut quelques cours municipales importantes, incluant celle de Montréal, mais aussi les accusations survenues ailleurs au pays. Une enquête de crédit est aussi essentielle, estime-t-il.

« La pratique de vérification des antécédents, c’est le minimum. Maintenant, je pense que les partis auraient aussi intérêt à faire des enquêtes de réputation auprès des proches et des amis d’enfance », note pour sa part la professeure à l’UQAM et experte en gestion municipale, Danielle Pilette. Elle reconnaît toutefois que ce processus, appliqué notamment par plusieurs corps de police, pourrait être perçu comme « invasif quant à la vie privée » par certains candidats.

Firmes spécialisées

Pour prévenir de mauvaises surprises, le chef du tout nouveau parti Mouvement Montréal, Balarama Holness, explique que chacun de ses candidats devra lui-même demander une analyse de son dossier auprès d’une firme spécialisée afin de vérifier ses antécédents criminels, ses faillites, etc. « Pour nous, c’est automatique », affirme-t-il.

« Il faut vérifier absolument les antécédents avec des firmes spécialisées », indique lui aussi le chef du parti Ralliement pour Montréal, Marc-Antoine Desjardins. L’avocat entend ainsi procéder à une vérification des antécédents de ses candidats « de façon systémique » au cours des prochaines semaines.

Les deux aspirants maires de Montréal reconnaissent toutefois qu’ils ne sont pas à l’abri de candidats qui auraient des choses à cacher. « Il n’y a jamais de risque zéro », rappelle également M. Du Sablon.

Les élections municipales auront lieu le 7 novembre.

Avec Jeanne Corriveau

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