Bochra Manaï défend l’embauche contestée d’Alain Babineau

Bochra Manaï indique avoir reçu près d’une centaine de candidatures pour le poste de «chargé d’expertise en profilage racial» auprès du SPVM.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Bochra Manaï indique avoir reçu près d’une centaine de candidatures pour le poste de «chargé d’expertise en profilage racial» auprès du SPVM.

La commissaire à la lutte au racisme et aux discriminations systémiques de la Ville de Montréal, Bochra Manaï, a défendu jeudi sa décision de nommer Alain Babineau au poste de conseiller auprès du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Quoi qu’en dise la Fraternité des policiers, qui a dénoncé vigoureusement le choix d’un « militant » à cette fonction, Alain Babineau est très sensible à la complexité du travail policier, soutient Mme Manaï.

En entrevue au Devoir, Bochra Manaï indique avoir reçu près d’une centaine de candidatures pour le poste de « chargé d’expertise en profilage racial » auprès du SPVM. Quatre candidats ont été retenus pour une entrevue. Parmi eux : Alain Babineau, un ancien policier ayant travaillé pendant 28 ans à la GRC avant de collaborer avec le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR).

C’est justement son association avec cette organisation qui a fait bondir Yves Francœur, président de la Fraternité des policiers. Dans une lettre envoyée aux membres mercredi, M. Francœur a soutenu qu’un « militant plaidant dans les médias contre les policiers et policières est mal placé pour susciter l’adhésion ».

Humaniser les policiers

Bochra Manaï a rencontré M. Francœur récemment. Elle dit comprendre sa démarche : « Il a fait sa job. »

« Je sais que M. Babineau a fait des interventions médiatiques qui peuvent susciter la méfiance des policiers. Comme gestionnaire, j’ai été très attentive à la façon dont il parlait des choses. Ce que j’ai trouvé intéressant dans son profil, c’est qu’il était le seul à humaniser les policiers, explique-t-elle. Je maintiens qu’on a besoin de quelqu’un qui connaît les organisations et le dossier du profilage et qui n’est pas dans le déni là-dessus. Mais on a aussi besoin de quelqu’un qui ne prend pas tous les policiers pour des racistes. »

Mme Manaï estime que M. Babineau est doté d’une grande sensibilité, qu’il a à cœur le métier de policier, qu’il est respectueux et professionnel. Il aura un code de conduite à respecter, ajoute-t-elle.

Le mandat de M. Babineau consistera notamment à s’assurer du suivi des recommandations du rapport de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) publié en juin 2020 qui concluait qu’au fil des ans, la Ville de Montréal n’avait pas réussi à contrer le racisme ni la discrimination systémique. L’Office avait formulé 38 recommandations, dont plusieurs s’appliquaient au SPVM.

Je maintiens qu’on a besoin de quelqu’un qui connaît les organisations et le dossier du profilage et qui n’est pas dans le déni là-dessus. Mais on a aussi besoin de quelqu’un qui ne prend pas tous les policiers pour des racistes.

 

M. Babineau, qui devient un fonctionnaire de la Ville, devra travailler en accompagnement avec le SPVM, mais aussi avec le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) et la Société de transport de Montréal (STM). Il se penchera sur les dossiers de racisme et de discrimination, mais également sur ceux de la diversité au sein des effectifs. Il collaborera aussi sur le terrain avec des organismes dans les quartiers concernés par les questions de profilage. Tous les détails de son mandat ne sont pas encore déterminés, indique Bochra Manaï.

Il sera rattaché au Bureau du commissaire à la lutte au racisme et aux discriminations systémiques, qui relève de la direction générale de la Ville. « Il ne va pas se balader dans les couloirs du SPVM », signale Bochra Manaï, dont la nomination en janvier dernier avait été vivement critiquée.

En entrevue à Radio-Canada jeudi, le directeur du SPVM, Sylvain Caron, a reconnu que la nomination d’Alain Babineau passait mal dans les rangs policiers. Il n’a cependant pas souhaité se prononcer sur ce choix avant d’avoir pris connaissance de son mandat exact.

Désengagement policier

Cette nomination survient alors que le SPVM est aux prises avec un « désengagement policier ». Dans un reportage de Radio-Canada diffusé mercredi, des policiers ont soutenu ne pas vouloir intervenir dans certaines situations par crainte d’être filmés et de voir leurs gestes relayés sur les réseaux sociaux.

Sylvain Caron s’est dit préoccupé par ce phénomène. Selon lui, les policiers subissent une « pression indue » sur le terrain depuis plusieurs mois et vivent un « ras-le-bol ». Il attribue cette situation à un ensemble de facteurs, dont la pandémie, certains événements survenus aux États-Unis, les réseaux sociaux et la polarisation dans les discours. « Les policiers font l’objet de critiques constantes, mais, évidemment, ce sont des humains et certains ont plus de difficulté que d’autres face à cette pression-là », a-t-il dit à Radio-Canada. Il a indiqué que des mesures seraient mises en place pour appuyer les policiers.

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