La Ville de Montréal réclame la régularisation des personnes sans statut

Le conseil municipal de la Ville de Montréal a adopté à l’unanimité la motion présentée mardi après-midi.
Photo: Sidhartha Banerjee La Presse canadienne Le conseil municipal de la Ville de Montréal a adopté à l’unanimité la motion présentée mardi après-midi.

La Ville de Montréal a adopté à l’unanimité mardi une motion pressant Ottawa et Québec de régulariser les personnes sans statut légal dans la métropole.

« C'est une première étape. Il faut maintenant mener la bataille hors de Montréal et obtenir l’appui des régions, où les entreprises dépendent de la présence des travailleurs à statut précaire », lance en entrevue la mairesse de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, Giuliana Fumagalli, à l’origine de la motion.

En adoptant le texte, la Ville de Montréal demande à Ottawa de régulariser le statut des personnes migrantes et d’assurer leur accès aux mêmes services et ressources que l’ensemble de la population canadienne. Elle exhorte également Québec à donner accès au Programme spécial des demandeurs d’asile en période de COVID-19 (PSDAPC) à toutes les personnes sans statut d’immigration.

Montréal réclame en outre un appui financier des deux paliers de gouvernement visant le déploiement de mesures d’urgence pour soutenir les personnes sans statut et leur donner accès à des soins de santé et des services sociaux.

Selon Mme Fumagalli, avec l’adoption de cette motion, un pas significatif a été franchi pour protéger les ressortissantes et ressortissants vivant à Montréal. « Nous avons la responsabilité de représenter les intérêts des populations marginalisées qui subissent des effets disproportionnés et discriminatoires de certaines mesures mises en place dans le contexte de la crise », insiste l’élue.

Lors de sa présentation au conseil municipal lundi, la motion était appuyée par Marvin Rotrand, conseiller municipal de Snowdon et par Cathy Wong, responsable de la diversité, de l’inclusion en emploi, de la langue française et de la lutte au racisme et à la discrimination au comité exécutif de la Ville de Montréal. Le texte était soutenu par plus d’une vingtaine d’organismes.

Soutien politique et d’organismes

Le député solidaire de Laurier-Dorion, Andrés Fontecilla, se réjouit de l’adoption de la motion. Ce geste démontre, selon lui, la volonté des conseillers municipaux de « régler cette problématique à la racine, par le biais de la régularisation de toutes les personnes à statut précaire présentes sur notre territoire ».

M. Fontecilla souligne que l’appui porté à la motion par une coalition d’organismes envoie un message fort au gouvernement. « Le premier ministre Legault devrait entendre cette voix politique et procéder à un élargissement du programme fédéral de régularisation, dont les critères d’admissibilité ont été restreints par le gouvernement provincial. »

Marc-Édouard Joubert, président du Conseil régional FTQ Montréal métropolitain soutient pour sa part que tous les travailleurs ayant contribué à la lutte contre la COVID-19 devraient pouvoir obtenir un statut légal. « Les personnes qui ont travaillé dans l’entretien ménager, dans les cuisines ou dans la sécurité ne devraient pas être discriminées par l’intention actuelle du gouvernement », dit-il.

Il s’agit à ses yeux d’une question d’équité et de justice sociale. « C’est beau de remercier les gens, mais encore faut-il des gestes concrets. Le gouvernement est en mesure d’en poser un dans ce cas-ci », avance M. Joubert.

Encore du chemin à parcourir

Viviana Medina, coordonnatrice au Centre de travailleurs et travailleuses immigrants, salue elle aussi l’adoption de la motion. « Il faut célébrer les petites victoires, mais il y a encore beaucoup de travail à faire pour réussir à assurer la protection des personnes à statut précaire. Montréal joue un rôle important, mais il faut aller chercher également l’appui et le positionnement d’autres régions de la province », formule-t-elle.

Mme Medina soutient que le CTI continue à travailler afin de faire avancer d’autres dossiers en cours, notamment les pétitions pour l’établissement d’une carte d’identité pour tous les citoyens et l’arrêt de la collaboration entre les corps policiers et l’Agence des services frontaliers du Canada.

L’adoption de la motion arrive comme une « très bonne nouvelle » pour Thibault Camara, président de l’organisme Le Québec c’est nous aussi, membre de la Coalition pour la régularisation. « Le conseil municipal de la Ville de Montréal montre l’exemple à suivre, désormais on se retrouve avec l’appui et des alliés au municipal et au fédéral », exprime-t-il, se réjouissant de l’ajout de plus en plus des décideurs politiques aux efforts pour porter des revendications aux enjeux liés à l’immigration.

« On sait que c’est au gouvernement provincial que cela bloque. Le gouvernement Legault est prêt à utiliser les travailleurs migrants à statut précaire pour maintenir le Québec à flot en cette période de pandémie, mais pas à leur donner la possibilité de participer pleinement à la société québécoise », déplore M. Camara, qui dénonce la précarité extrême de la situation des personnes sans statut depuis la mise en place du couvre-feu.

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