Plus de logements disponibles, mais les coûts en hausse

L’enquête de la SCHL montre que, dans le Grand Montréal, le coût des loyers a grimpé de 4,2 %.
Photo: Catherine Legault Archives Le Devoir L’enquête de la SCHL montre que, dans le Grand Montréal, le coût des loyers a grimpé de 4,2 %.

La pandémie de COVID-19 a fait grimper le taux d’inoccupation des logements dans le Grand Montréal, mais elle n’a pas freiné la hausse des loyers qui a bondi de 4,2 % dans la région métropolitaine, sa plus forte hausse depuis 2003.

L’enquête de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) publiée jeudi dresse le portrait du marché locatif pour l’année 2020 dans les grandes villes au Canada.

L’an dernier, plus de logements étaient disponibles sur le territoire du Grand Montréal qu’en 2019, avec un taux d’inoccupation qui a augmenté à 2,7 %. S’il est demeuré relativement stable dans les banlieues, à 1,7 %, il a doublé sur l’île de Montréal pour passer à 3,2 % en 2020, contre 1,6 % en 2019. Ce sont surtout dans les tours à logements, moyennes et grandes, que la disponibilité des logements a été plus élevée.

L’arrivée plus limitée de migrants, l’absence des étudiants et le retour d’appartements à vocation touristique sur le marché locatif ont contribué à faire grimper le taux d’inoccupation.

En revanche, cette disponibilité des logements n’a pas réussi à ralentir la hausse du coût des loyers qui a atteint 4,2 % pour l’ensemble du Grand Montréal. Ces hausses varient d’un secteur à l’autre. Sur l’île de Montréal, elle a été de 4,6 %, contre 2,2 % à Laval.

« La hausse de 4 % dans le Grand Montréal peut surprendre à première vue étant donné que le marché s’est détendu. Mais il faut se rappeler que l’augmentation du taux d’inoccupation cette année semble s’être concentrée dans quelques secteurs de Montréal, et plus particulièrement dans les immeubles de grande taille », note la SCHL dans son enquête.

Le taux d’inoccupation des studios atteint 4,8 %, mais les logements plus grands demeurent relativement rares avec un taux de 2,1 % pour les appartements de deux chambres et de 2,6 % pour ceux comportant trois chambres.

En temps de pandémie, les locataires ont été moins nombreux à déménager avec un taux de 11,4 %, contre 15,7 % l’année précédente, signale la SCHL.

Pendant ce temps, à Québec, le taux d’inoccupation a peu augmenté, passant de 2,4 % en 2019 à 2,7 % en 2020.

Abordabilité

Si la hausse moyenne des coûts des loyers est élevée à Montréal, elle l’est encore plus dans certains quartiers, note Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU. L’organisme a épluché les données et découvert que dans Rosemont-La Petite-Patrie par exemple, le coût des logements familiaux 3 chambres à coucher et plus avait bondi de 17,9 % en 2020. Même dans le secteur de Laval-Ouest, le FRAPRU constate une augmentation de 18,6 % pour ce type de logement.

Mais ce qui frappe Mme Laflamme, c’est l’écart entre le prix des logements de deux chambres à coucher occupés et ceux qui sont disponibles, soit 895 $ contre 1304 $. Pour Montréal, cela correspond à un écart de 47 %, contre 25 % en 2019. « C’est majeur ! Ça confirme ce qu’on répète souvent, c’est que les rares logements disponibles sont hors de prix et que même s’il y a un peu plus de logements disponibles, ça ne règle pas le problème des ménages qui sont en recherche de logements, explique-t-elle. Ça illustre l’urgence d’agir pour protéger l’abordabilité des logements avec le contexte de spéculation où il y a toutes sortes de stratagèmes qui visent augmenter le coût des loyers : les rénovictions et les évictions sous des motifs frauduleux. »

Elle espère que le gouvernement du Québec lancera le chantier de l’habitation. Elle suggère aussi que le Québec s’inspire de l’Ontario qui oblige les propriétaires à obtenir l’autorisation préalable de la Commission de la location immobilière avant d’imposer une hausse supérieure au taux légal permis.

Le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) s’est pour sa part dit très inquiet des données publiées par la SCHL et réitère sa demande pour que Québec impose un gel des loyers. « En raison de la flambée des loyers qui sévit présentement au Québec, les logements disponibles demeurent inaccessibles pour de nombreux locataires. La crise du logement est loin d’être réglée et il est fort à parier que la demande de logements augmentera rapidement une fois la pandémie terminée », a indiqué l’organisme.

Du côté des propriétaires, on s’attend à ce que la pandémie ait un effet sur les prix des loyers lors du renouvellement des baux en 2021. « À Montréal, la stagnation du compte de taxes devrait ralentir les augmentations de loyer cette année. Mais je ne m’attends pas à une baisse des loyers », indique le porte-parole de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), Hans Brouillette. « Mais les propriétaires devront être plus créatifs parce qu’il y a des logements affichés depuis des mois qui ne trouvent pas preneurs actuellement. »

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