Valérie Plante met le cap sur 2021

Valérie Plante
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Valérie Plante

Sans savoir encore qui elle affrontera, Valérie Plante met le cap sur les élections de novembre 2021. Après trois ans de pouvoir durant lesquels elle aura commis quelques faux pas, comme un premier budget imposant des hausses de taxes supérieures à l’inflation, et malgré des frustrations exprimées tant dans les rangs de son parti que chez les électeurs excédés par les chantiers et les aménagements cyclistes, la mairesse considère qu’elle a tenu l’essentiel de ses promesses de 2017.

Malgré les perturbations des derniers mois provoquées par la pandémie de COVID-19, Valérie Plante estime que près de 70 % de ses promesses électorales ont été réalisées ou sont en voie de l’être. « Je suis contente d’avoir réussi à faire tout ça, en plus d’avoir eu à gérer une pandémie depuis plus de six mois. Je trouve que c’est un score très appréciable », a-t-elle indiqué lors une entrevue au Devoir mercredi dernier.

La mairesse le reconnaît d’emblée, son agenda a été bousculé par la pandémie. À titre d’exemple, le plan climat n’a pu être lancé au printemps comme prévu, mais il le sera bientôt, assure-t-elle. « Il est prêt, mais ce n’était pas le bon moment. »

Celle qui se targuait d’être la « mairesse de la mobilité » a tout de même eu à naviguer sur des eaux tumultueuses. Sa brigade mobilité n’a pas permis d’atténuer les impacts des travaux routiers, au point où elle a dû retarder le tiers de chantiers majeurs prévus en 2021, question d’accorder un peu de répit aux automobilistes exaspérés.

Grogne sur Saint-Denis

Et son Réseau express vélo (REV), une promesse phare de la campagne de 2017, continue de susciter la grogne sur la rue Saint-Denis. « La COVID est venue exacerber un sujet qui était déjà de prime abord polarisant : les pistes cyclables », dit-elle, avant d’évoquer la piste Rachel mise en service en 1989. « Le maire Doré avait même pensé reculer lorsqu’il avait fait la piste sur Rachel tellement il y avait de mécontents. Mais maintenant, on ne peut pas s’imaginer ne pas avoir cette piste cyclable », avance-t-elle.

« Ça va venir sécuriser un axe où il y a eu plus de 300 collisions depuis 2014, avec neuf décès, dont celui de Mathilde Blais. Pour moi, la sécurité et la Vision zéro, ce n’est pas juste un slogan », ajoute-t-elle. À terme, elle croit que les commerçants de Saint-Denis constateront les bénéfices de cet aménagement. D’ailleurs, les commerçants mécontents ont renoncé à s’adresser aux tribunaux, fait valoir la mairesse. Les commerçants se disent plutôt « désillusionnés » devant l’entêtement de la Ville et invoquent les coûts élevés qu’occasionneraient des procédures juridiques.

Fluidité

En matière de transport, l’administration Plante a réussi à tenir promesse, mis à part la question de la fluidité de la circulation, estime Florence Junca-Adenot, professeure au Département d’études urbaines de l’UQAM. Qu’il s’agisse de l’appui accordé à la Société de transport de Montréal (STM) ou du développement du réseau cyclable, le bilan de Mme Plante est plutôt positif, selon elle. La ligne rose ne verra peut-être pas le jour tel que la mairesse l’avait imaginée, mais au moins aura-t-elle réussi à mettre en évidence la nécessité d’implanter des modes de transports structurants. « Et il ne faut pas oublier les 800 millions de fonds fédéraux qu’elle a accordés à la Ville de Québec pour son tramway, ce qui lui a permis d’obtenir de Québec un tronçon de la ligne rose. C’est un bon coup », juge la professeure.

Pour le milieu des affaires, le bilan de la mairesse est plutôt mitigé. Le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, salue le travail effectué par la mairesse Plante pour réduire les écarts entre la fiscalité du secteur et celle du non-résidentiel. Mais il déplore son incapacité à juguler les problèmes de congestion. « La mobilité n’était pas parfaite au départ, mais ça s’est continuellement détérioré sous son administration », dit-il en écorchant au passage le projet du REV sur la rue Saint-Denis.

Relance du centre-ville

Le principal défi de Valérie Plante au cours de la prochaine année sera aussi de remettre Montréal sur les rails. La pandémie a fait mal au centre-ville, vidé de ses travailleurs et de ses touristes. Valérie Plante reconnaît que la ville de l’après-COVID risque d’être différente, mais selon elle, il est trop tôt pour présumer de l’ampleur de la métamorphose. « La saison estivale sera encore difficile l’an prochain. C’est sûr que ça va changer. » En attendant, Montréal a consacré 22 millions pour la relance économique et promet 6 millions pour aider les commerces du centre-ville à traverser le temps des Fêtes. « Cette relance doit être verte et inclusive. Cette vision d’une ville à échelle humaine prend d’autant plus son sens avec la pandémie », avance-t-elle.

La mairesse devra aussi freiner l’exode des familles vers les banlieues, un phénomène que la pandémie semble avoir accéléré. Pour Valérie Plante, la solution passe non seulement par la création d’une ville plus verte etattrayante, mais aussi par un accès accru au logement abordable.

La mairesse affirme aujourd’hui avoir atteint 76 % de son objectif de 12 000 logements promis en 2017, avec 3474 logements sociaux et5607 logements abordables construits ou en voie de l’être. Si elle se félicite du dépôt du règlement 20-20-20, qui prévoit de nouvelles règles pour l’inclusion de logements sociaux et abordables, le milieu des affaires continue de dénoncer ces nouvelles contraintes.

Tension au parti

Au cours des derniers jours, plusieurs voix seront élevées dans les rangs de Projet Montréal pour dénoncer la centralisation du pouvoir par le cabinet de Valérie Plante. La mairesse n’a d’ailleurs pas commenté publiquement les plaintes exprimées par certains élus mécontents.

Cette frustration ne devrait pas étonner Valérie Plante et elle s’était déjà exprimée dans le passé, notamment lors du départ fracassant de Luc Ferrandez, signale Danielle Pilette, professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM. Projet Montréal est en mutation et s’engage dans un virage plus social, dit-elle. « La mairesse a beaucoup livré pour le programme de Projet Montréal. Maintenant, elle va imposer son programme et ça risque de lui faire gagner des clientèles qu’elle n’avait pas en 2017, entre autres chez les communautés culturelles. »

Le parti entend d’ailleurs privilégier l’arrivée de candidats issus de la diversité culturelle et cette fois, il lui faudra offrir à ces candidats des postes qu’ils sont susceptibles de gagner, ce qui n’était pas le cas en 2017.

Il reste un an avant les élections et les futurs adversaires de Valérie Plante ne sont pas encore connus. Denis Coderre laisse planer la possibilité d’un retour dans l’arène municipale et plusieurs autres noms circulent, dont ceux de Guillaume Lavoie, David Heurtel, Danièle Henkel ou Balarama Holness. Le mois dernier, Valérie Plante a eu ce commentaire, lorsque questionnée sur ses potentiels adversaires : « C’est la dernière de mes préoccupations en ce moment de me demander qui sera dans la course en 2021. »

À voir en vidéo