Les policiers du SPVM interviennent pour déplacer un campement d’itinérants

Des rangées de tentes dans un camp pour sans-abri le long d'un boulevard très fréquenté à Montréal, le jeudi 8 octobre 2020. De nombreux sans-abri craignent que le fait d'être confinés dans un refuge les rende plus susceptibles de contracter le COVID-19.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Des rangées de tentes dans un camp pour sans-abri le long d'un boulevard très fréquenté à Montréal, le jeudi 8 octobre 2020. De nombreux sans-abri craignent que le fait d'être confinés dans un refuge les rende plus susceptibles de contracter le COVID-19.

La pandémie de COVID-19 est difficile pour les itinérants. Les policiers montréalais ont déplacé lundi matin des sans-abri qui avaient installé leurs tentes sous les structures de l’autoroute 720, dans le secteur de l’avenue Atwater. Dans l’est de la ville, des centaines d’itinérants occupent toujours le campement improvisé de la rue Notre-Dame. Se disant préoccupée par le sort des sans-abri, la mairesse Valérie Plante a promis de présenter sous peu un plan d’urgence pour la saison hivernale.

Une équipe de policiers est intervenue lundi matin afin de déloger les itinérants qui avaient installé leur campement de fortune sur un site appartenant à Transport Québec, non loin du square Cabot. L’opération a été menée à la demande du ministère des Transports du Québec (MTQ) qui avait reçu une plainte d’un citoyen à ce sujet. « De toute façon, on prévoyait faire des travaux », a expliqué Sarah Bensadoun, porte-parole du MTQ. « Tout s’est fait pacifiquement. On leur a demandé de quitter parce que c’est un motif de sécurité étant donné qu’on doit procéder à l’élagage d’arbres et faire l’entretien des structures. »

À quatre reprises la semaine dernière, des représentants du MTQ s’étaient rendus sur les lieux pour avertir les campeurs qu’ils devraient quitter l’endroit, ajoute-t-elle.

Les campeurs encore présents lundi matin ont été accompagnées par des intervenants du centre de jour Résilience. « Au moins, ils ont laissé le temps aux gens de ramasser leurs effets », a souligné au Devoir le directeur du centre Résilience, David Chapman, qui était présent lors de l’intervention policière. Après des négociations avec les policiers, le groupe a été déplacé vers un autre site non loin de là.

Drogues et itinérance

Reste que la situation des sans-abri est précaire. Au cours du dernier mois, David Chapman a recensé trois décès liés à des surdoses dans le secteur du square Cabot. Deux des victimes étaient des femmes autochtones.

Dans le cas du campement sous l’autoroute 720, les intervenants savent au moins où les itinérants ont été relocalisés. Mais ce n’est pas toujours ainsi que cela se passe. « Quand les gens sont expulsés et qu’on ne sait pas où ils sont rendus, il devient impossible de faire un suivi pour s’assurer qu’ils ont des services de base et qu’ils sont en sécurité », explique M. Chapman.

De son côté, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) assure que les policiers agissent avec discernement quand ils interviennent auprès des itinérants. « Lorsque des personnes itinérantes ou vulnérables s’établissent temporairement dans des endroits publics, leur expulsion n’est pas systématique. Si les policiers du SPVM procèdent à une expulsion, ce sera dans le cadre d’une démarche concertée et menée en collaboration avec les partenaires du milieu », a indiqué le SPVM dans un courriel.

Dans l’est de la ville, quelque 300 personnes occupent le toujours le campement temporaire de la rue Notre-Dame. La Ville leur avait demandé de quitter les lieux au 31 août, mais ils y sont toujours.

Un plan attendu

Lors de l’assemblée du conseil municipal lundi, le chef de l’opposition, Lionel Perez, a d’ailleurs interpellé la mairesse Valérie Plante et lui a demandé d’utiliser les pouvoirs que la Ville détient pour venir en aide aux itinérants. La mairesse a rappelé que des mesures d’urgence avaient été mises en place pour les itinérants au printemps dernier et que son administration présenterait sous peu un plan pour la saison hivernale.

« De la même façon qu’on a utilisé tous nos pouvoirs lors de la première vague, nous en ferons tout autant [lors de la deuxième vague], a-t-elle dit. Je vous rappelle qu’on avait réquisitionné entre autres des hôtels. Tout est sur la table en ce moment. »

Depuis le mois d’août, l’ancien hôpital Royal-Victoria de même que deux YMCA, celui de Guy-Favreau et d’Hochelaga-Maisonneuve, accueillent des itinérants. Mais visiblement, ces services ne suffisent pas à la demande. Le mois dernier, la mairesse avait d’ailleurs affirmé que le nombre d’itinérants avait doublé à Montréal depuis le début de la pandémie et que ceux-ci étaient désormais au nombre de 6000 au lieu de 3000.

Les plus vulnérables

Laury Bacro, organisatrice communautaire au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), observe elle aussi une hausse du nombre de sans-abri dans la métropole. « Les campements ne sont pas la solution idéale, mais c’est mieux que rien. Ça permet aux itinérants d’avoir accès à des services qu’ils n’auraient pas ailleurs », souligne-t-elle.

Dans ces campements, les sans-abri développent un sentiment d’entraide et de solidarité. Certains apprécient aussi de ne pas avoir à se plier aux règles en vigueur dans les refuges et les ressources structurées fait valoir Mme Bacro : « Pour eux, ces campements représentent une certaine stabilité ».

David Chapman espère que le plan de la Ville tiendra compte des plus vulnérables parmi les vulnérables, ceux qui ont des dépendances à l’alcool et aux drogues et qui sont souvent réfractaires à l’encadrement rigide des refuges : « Il y a toujours des plans pour les sans-abri qui sont en transition et qui sont disposés à quitter l’itinérance ou pour ceux qui consomment de l’alcool ou des drogues en petites quantités. Mais le défi, c’est de mettre en place des mesures pour les plus vulnérables, ceux qui sont intoxiqués du matin au soir ».