Montréal réclame l’aide de Québec en vue du 1er juillet

Le virus a non seulement plongé dans la précarité bon nombre de familles, mais aussi compliqué grandement la recherche d’appartements.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le virus a non seulement plongé dans la précarité bon nombre de familles, mais aussi compliqué grandement la recherche d’appartements.

À peine un mois avant le 1er juillet, la Ville de Montréal réclame au gouvernement québécois cinq millions de dollars pour l’aider à faire face à une crise du logement aggravée par la pandémie.

« On ne peut pas y arriver seuls », a lancé la mairesse Valérie Plante en conférence de presse mercredi, faisant le point sur la valse des déménagements du 1er juillet complètement chamboulée par la COVID-19.

Son administration « ne peut pas être la seule responsable pour trouver des solutions. La difficulté de se loger est de plus en plus un fait remarqué dans toutes les villes », a-t-elle ajouté.

Avant même la crise sanitaire, Montréal se dirigeait déjà vers une crise du logement, a insisté Mme Plante, rappelant que le taux d’inoccupation sur l’île — soit la proportion de logements disponibles — est à un creux historique (1,6 %). Sans oublier le prix des loyers qui ne cesse d’augmenter. Résultat : la Ville s’était préparée à devoir accompagner de 150 à 200 ménages vulnérables cette année, soit « deux à trois fois plus » que l’an dernier.

Mais avec la COVID-19 sur les bras, « ça pourrait être plus que le double », croit le responsable de l’habitation au sein du comité exécutif, Robert Beaudry, même si cela reste « très embryonnaire ». Le virus a non seulement plongé dans la précarité bon nombre de travailleurs, mais aussi compliqué grandement la recherche d’appartements.

Jusqu’à présent, 144 ménages inquiets de se retrouver à la rue ont contacté le 311. Parmi eux, 11 ont été pris en charge par l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) pour les aider à dénicher un toit. « Et on n’est pas encore en juin. Les besoins sont plus grands que jamais », a commenté M. Beaudry.

La Ville a donc décidé de doubler les effectifs de l’OMHM, qui offre aussi l’hébergement temporaire aux locataires dans le besoin, l’entreposage de leurs biens et, dans certains cas, une aide au loyer. « On réfléchit à la possibilité de réquisitionner des hôtels pour loger des familles », a renchéri Valérie Plante.

Robert Beaudry a également invité les propriétaires montréalais à faire preuve de « solidarité ». Ceux qui ont des logements vacants — en attente d’être rénovés, par exemple — ou qui les destinent à la location sur Airbnb devraient les remettre sur le marché, a-t-il plaidé. « Nous avons besoin de tous les logements disponibles. »

L’élu leur a aussi demandé de s’entendre avec les locataires qui n’ont pas renouvelé leur bail, mais qui n’ont pas trouvé un nouveau chez-soi en raison de la pandémie.

Sur le terrain

Avec le fonds d’urgence de cinq millions de Québec, Montréal pense pouvoir éponger la totalité des coûts pour soutenir ses ménages sans logement. Des discussions sont en cours avec le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, a fait savoir Valérie Plante.

Son administration a aussi demandé au gouvernement Legault de majorer les plafonds de subvention du Programme de supplément au loyer (PSL), « pour répondre à la situation montréalaise ».

Au Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), on se réjouit que la Ville soit sur le pied d’alerte, prenant « au sérieux » la gravité de la situation du logement dans la métropole. « Mais là où le bât blesse, c’est qu’on se fie au gouvernement pour avoir plus ressources, nuance le porte-parole Maxime Roy-Allard. Que va-t-il arriver si Québec ne répond pas favorablement ? »

Celui-ci se demande si ce dernier sera aussi prêt à aider les villes de la province où le bas taux d’inoccupation inquiète, notamment à Gatineau (1,5 %) et à Sherbrooke (2,3 %). En raison de la crise sanitaire, leurs finances sont déjà mises à rude épreuve, dit-il.

Le RCALQ souhaite également que le gouvernement caquiste débloque davantage d’unités d’urgence de PSL cette année, à Montréal comme ailleurs. Et surtout, qu’il n’attende pas à la semaine précédant la période des déménagements pour le faire, comme l’an dernier, relève M. Roy-Allard.

Un avis que partage Véronique Laflamme, du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). Celle-ci est toutefois restée sur sa faim pendant le point de presse.

« On aurait aimé connaître l’ensemble du plan de Montréal en vue du 1er juillet, pas seulement les grandes lignes », déplore-t-elle, alors que le temps presse. L’angoisse d’un déménagement imminent reste vive pour de nombreux ménages à faibles revenus, note-t-elle, qui ne peuvent se payer les services de professionnels.

Le FRAPRU espère par ailleurs que la bonification des mesures annoncée mercredi se matérialise rapidement sur le terrain. « D’expérience — et ça fait plusieurs 1er juillet que je vis —, l’aide pour l’hébergement ou l’entreposage des meubles est toujours offerte à la dernière minute. »

Du logement social, et vite

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a pressé mercredi Québec et Ottawa de s’entendre dans le cadre de la Stratégie nationale sur le logement. « C’est un cri du cœur », a-t-elle résumé, avant d’insister : « On n’a plus le temps d’attendre ».

Ce programme lancé en 2017 prévoit des investissements de 55 milliards sur dix ans en logement abordable. Le Québec est la seule province qui ne s’est toujours pas entendue avec le fédéral.

Une entente n’offrirait pas de solution pour le 1er juillet, a reconnu la mairesse, mais en mettant la main sur de l’argent frais, Montréal pourrait lancer de nouveaux projets et adresser le problème récurrent d’une pénurie de logements abordables.

L’administration Plante s’est engagée à construire 6000 logements sociaux et 6000 logements abordables. À l’heure actuelle, elle a complété 70 % de son objectif.