La pandémie risque de faire fondre les revenus de la Ville de Montréal

«Bien que nous traversions une période critique de notre histoire, nous sommes dans une bonne position économique pour aller de l’avant», selon la mairesse Valérie Plante.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Bien que nous traversions une période critique de notre histoire, nous sommes dans une bonne position économique pour aller de l’avant», selon la mairesse Valérie Plante.

Montréal a terminé l’année 2019 avec un surplus de 250,9 millions de dollars, mais les prochains mois s’annoncent difficiles pour les finances de la Ville. La pandémie entraînera une importante réduction des revenus qui force l’administration de Valérie Plante à réviser ses prévisions budgétaires pour l’année en cours. Des projets pourraient également être remis en question.

Le surplus enregistré en 2019 est attribuable en partie au dynamisme du marché immobilier qui a généré des droits de mutation de 94,6 millions supérieurs aux prévisions, indique un rapport publié mercredi par l’administration. Les permis de construction et de modification ont pour leur part généré 26,3 millions supplémentaires en 2019.

Or, ces revenus risquent de fondre en 2020 en raison notamment de la suspension des chantiers et du ralentissement des activités immobilières, a reconnu le président du comité exécutif, Benoit Dorais. « À combien se chiffre la pandémie ? Il est trop tôt pour mettre des chiffres, mais on a l’ampleur et c’est important. On ne se le cache pas », a-t-il dit. Dans ce contexte, Montréal mise sur une aide financière des gouvernements supérieurs pour traverser la tempête.

M. Dorais ignore encore quel sera l’effet de la crise sur le compte de taxes l’an prochain, mais il promet que les hausses ne dépasseront pas l’inflation. « On a pris un engagement sérieux qui était de ne pas hausser les taxes au-delà de l’inflation. On comprend la situation que vivent les Montréalais et les Montréalaises qui se retrouvent dans la précarité », a-t-il expliqué.

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Des projets moins prioritaires

Jusqu’à maintenant, Montréal a dépensé 4,5 millions $ pour l’achat de produits tels des masques et des solutions hydroalcooliques. À cela s’ajoutent la rémunération en temps supplémentaire des policiers et des pompiers ainsi que les programmes d’aide aux entreprises.

Malgré les pronostics plus sombres, Montréal n’envisage pas une faillite de la Ville comme l’a évoqué il y a quelques jours le maire de Vancouver, Kennedy Stewart, pour sa municipalité. « Les finances de la Ville de Montréal sont saines. On ne frôle absolument pas la faillite », a soutenu Benoit Dorais.

Reste que Montréal devra revoir certains projets. « On est en bonne posture, mais c’est sûr qu’il va y avoir des choix à faire », a dit la mairesse Valérie Plante. « On commence à y réfléchir. Certains projets qui nous tenaient à cœur et qu’on jugeait fabuleux ne seront peut-être plus aussi prioritaires. Ce qui est évident pour moi, c’est que les services aux citoyens ne doivent pas être touchés. »

Au sujet de l’engagement de la Ville sur la construction de 12 000 logements sociaux pendant le mandat de la mairesse Plante, Benoit Dorais a affirmé que ce projet n’était pas compromis bien que certains chantiers en cours puissent être retardés.

Mise à jour demandée

L’opposition à l’hôtel de ville s’attend à ce que la pandémie, qui a provoqué une cascade d’événements dont des pertes importantes de revenus provenant du transport en commun et des permis, aura un effet dévastateur sur les finances de la Ville. Ensemble Montréal réclame de l’administration qu’elle présente sans tarder une mise à jour des prévisions budgétaires 2020 en fonction de différents scénarios sur la durée de la crise de la COVID-19.

« On a besoin de ces nouvelles projections pour faire des choix et minimiser les dégâts », a fait valoir le maire de l’arrondissement de Saint-Laurent, Alan DeSousa. « Chaque jour, semaine ou mois qu’on perd va coûter cher à la Ville et aux Montréalais. »

L’élu a rappelé que lors de la récession de 2008, l’administration de Gérald Tremblay avait, dès le mois de mars, annoncé des compressions de 150 millions $ pour faire face à la crise.

 

Une aide d’urgence pour les PME

La Ville de Montréal accordera des prêts pouvant aller jusqu’à 50 000 $ aux petites et moyennes entreprises (PME) qui tentent de maintenir ou de relancer leurs opérations dans le contexte de la crise du coronavirus. Les entrepreneurs bénéficieront d’un moratoire de six mois avant de commencer le remboursement de leur prêt à un taux d’intérêt de 3 %. Pendant cette période, la Ville assumera les frais d’intérêts.

 

Les fonds nécessaires au lancement de ce programme proviennent d’un financement de 40 millions $ octroyé par le gouvernement du Québec pour venir en aide aux entreprises. « Au moins 1000 entreprises pourraient être soutenues grâce à ce programme », a indiqué Luc Rabouin, responsable du développement économique au comité exécutif de la Ville. « On veut aider le plus grand nombre d’entreprises possibles pour qu’elles puissent survivre à la crise et être en mesure de relancer notre économique le plus rapidement possible. »

 

Les entrepreneurs désireux de s’inscrire au programme pourront le faire dans les prochains jours sur le site Internet de PME MTL.