Montréal veut réduire de 85% ses déchets

Chaque Montréalais produit en moyenne 465 kg de déchets par année, mais à l’heure actuelle, plus de la moitié de ces matières résiduelles sont acheminées dans les sites d’enfouissement.
Photo: iStock Chaque Montréalais produit en moyenne 465 kg de déchets par année, mais à l’heure actuelle, plus de la moitié de ces matières résiduelles sont acheminées dans les sites d’enfouissement.

Montréal entend réduire de 85 % d’ici 2030 la quantité de déchets qui prennent le chemin des sites d’enfouissement. Mais pour l’instant, la Ville mise sur la sensibilisation et le partenariat plutôt que la coercition pour atteindre son objectif.

Lutte contre le gaspillage alimentaire et vestimentaire, compostage dans les écoles et dans les commerces et réduction des déchets à la source : la Ville mènera sur plusieurs fronts sa bataille visant à diminuer la grosseur du sac-poubelle des Montréalais.

Chaque Montréalais produit en moyenne 465 kg de déchets par année, mais à l’heure actuelle, plus de la moitié de ces matières résiduelles sont acheminées dans les sites d’enfouissement.

Avec son Plan directeur de gestion des matières résiduelles 2020-2025 présenté jeudi, l’administration de Valérie Plante veut donner le coup de barre qu’elle juge nécessaire et urgent. D’ici 2029, le centre d’enfouissement de Terrebonne qui reçoit 40 % des matières résiduelles des Montréalais fermera ses portes, a rappelé Laurence Lavigne Lalonde, responsable de la transition écologique au comité exécutif.

Des progrès modestes

Au cours des dix dernières années, les progrès en matière de valorisation des déchets ont été plutôt modestes. À l’heure actuelle, le taux de récupération des matières organiques n’atteint que 26 % alors que la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles avait fixé à 60 % l’objectif à atteindre pour 2018.

Afin de tendre vers le zéro déchet en 2030, la Ville a donc identifié trois priorités, soit réduire annuellement de 10 kg la quantité de déchets générés par habitant, détourner les matières organiques de l’enfouissement et mobiliser les institutions et entreprises privées à la cause.

La Ville s’est déjà engagée à adopter un règlement pour interdire les plastiques à usage unique comme les pailles, les gobelets et les barquettes de styromousse en 2020. Elle compte aussi réduire de 50 % d’ici 2025 le gaspillage alimentaire en incitant les chaînes d’alimentation qui ne le font pas déjà de conclure des partenariats avec les banques alimentaires. Les hôpitaux seront aussi appelés à cesser le gaspillage d’aliments. Des partenariats avec des entreprises de transformation devraient aussi être considérés, signale Mme Lavigne Lalonde.

Montréal veut aussi éliminer le gaspillage textile et mettre un terme à la pratique de certaines entreprises de jeter les vêtements invendus aux ordures. « Il faut favoriser le recyclage. La fibre synthétique prend beaucoup de temps à se décomposer et il y en a des quantités énormes », a expliqué le maire de Verdun et responsable de l’environnement, Jean-François Parenteau.

L’élu a aussi signalé que, contrairement à d’autres provinces canadiennes, le Québec n’autorise toujours pas l’usage de textiles usagés pour le rembourrage. « On va relancer le gouvernement du Québec afin de lui demander d’ouvrir ce marché », a dit M. Parenteau.

Compostage

Les gains les plus importants se feront au chapitre des matières organiques, avance toutefois Laurence Lavigne Lalonde. La Ville a entrepris la construction d’usines pour traiter ces matières, dont un centre de compostage à Saint-Laurent et un centre de biométhanisation à Montréal-Est. Mais les collectes devront être déployées à plus grande échelle. Ainsi, d’ici 2025, la Ville entend donc offrir le service aux immeubles de neuf logements et plus, de même qu’à toutes les écoles de son territoire.

Pour l’instant toutefois, l’administration ne souhaite pas privilégier les mesures coercitives pour atteindre ses objectifs. « Nous voulons changer les mentalités. Nous voulons que les citoyens pensent à l’impact qu’ont les produits qu’ils achètent. L’objectif n’est pas de donner des amendes à tous ceux qui ne posent pas les bons gestes. On veut que ce soit positif », a indiqué Laurence Lavigne Lalonde.

Le projet sera soumis à la consultation à compter du mois de novembre.

Le plan de la Ville est ambitieux, mais il est réaliste, estime Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets. « Je suis agréablement surpris parce que c’est vraiment une approche innovatrice », a-t-il dit. « Avant, on était habitués de parler de la grosseur des bacs, de la fréquence des collectes et de la « mécanique », alors que maintenant, on a vraiment une approche en amont : on vise une réduction à la source et le bannissement de certaines matières, dont le textile et le plastique à usage unique. C’est rare qu’on voie des plans qui vont aussi loin. »