Mobilité, économie et habitation en priorité à Montréal

Valérie Plante s’est entretenue avec des employés enthousiastes de la Société de transport de Montréal au Centre de transport Stinson où elle a annoncé, mardi, le lancement de l’appel d’offres pour l’achat de 300 autobus hybrides supplémentaires en 2020.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Valérie Plante s’est entretenue avec des employés enthousiastes de la Société de transport de Montréal au Centre de transport Stinson où elle a annoncé, mardi, le lancement de l’appel d’offres pour l’achat de 300 autobus hybrides supplémentaires en 2020.

L’administration de la mairesse Valérie Plante déposera mercredi son premier budget. Celui-ci sera axé sur la mobilité, le développement économique et l’habitation, mais la culture et les loisirs ne seront pas en reste puisque leur financement sera augmenté de près de 10 millions l’an prochain, a appris Le Devoir.

La Ville haussera du même coup de 2,5 millions sa contribution au Conseil des arts de Montréal en 2018.

Lorsque le président du comité exécutif, Benoit Dorais, s’était attaqué à la confection du budget au lendemain des élections du 5 novembre, il avait constaté l’existence d’un manque à gagner de 358 millions dans les projections budgétaires pour 2018.

Cet écart budgétaire était notamment attribuable au coût plus élevé que prévu des régimes de retraite. L’opposition s’était toutefois moquée de l’indignation de Projet Montréal face à ce « trou » budgétaire. Comme l’écart tenait compte des demandes budgétaires de tous les services, il revient à l’administration en place, quelle qu’elle soit, de prendre les décisions en fonction de ses priorités, avait fait valoir le chef de l’opposition, Lionel Perez.

Le premier budget Plante-Dorais devrait ainsi donner le ton pour les prochaines années.

Hausse de taxes

Comme l’avait fait son prédécesseur Denis Coderre, Valérie Plante a promis que les hausses de taxes des Montréalais ne dépasseraient pas le taux d’inflation. Pour 2018, le Conference Board du Canada prévoit un taux d’inflation de 2,1 % dans la grande région de Montréal.

Lors du dernier budget de la Ville, celui de l’année 2017, les hausses moyennes de taxes pour le secteur résidentiel avaient été de 1,7 % et celles imposées au secteur non résidentiel avaient été limitées à 0,9 %.

Le budget poursuivra-t-il une tendance à la hausse ? En 2017, il s’était chiffré à 5,2 milliards, en hausse de 2,8 % par rapport à l’année précédente.

Au fil des ans, la part de la rémunération dans les dépenses de fonctionnement de la Ville a toutefois baissé, passant de 51,2 % dans le budget en 2014 à 44,2 % en 2017.

Les transports

Valérie Plante s’est fait élire comme la « mairesse de la mobilité ». Accompagnée du ministre des Transports, André Fortin, et du ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, la mairesse a justement annoncé mardi le lancement de l’appel d’offres pour l’achat de 300 autobus hybrides supplémentaires pour 2020, une de ses promesses phares.

Le coût d’acquisition des autobus n’a pas été révélé, mais en campagne électorale, Projet Montréal avait estimé la dépense à environ 225 millions. La plus grande part de la facture devrait cependant être assumée par Québec.

Ce projet, qui portera à 2107 le nombre d’autobus à la STM, entraînera des dépenses additionnelles pour la STM, qui devra embaucher 600 chauffeurs supplémentaires en plus du personnel d’entretien requis.

Le président du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal (STM), Philippe Schnobb, a d’ailleurs reconnu mardi que le budget d’exploitation de sa société augmenterait de 75 millions par année à compter de 2020.

L’annonce de ces 300 autobus n’aura toutefois pas d’incidence sur le budget 2018 de la Ville de Montréal qui sera présenté mercredi. Reste à voir si la contribution de la Ville à la STM sera haussée. Celle-ci avait été de 455,6 millions en 2017.

Une autre promesse majeure de la campagne de Projet Montréal a été le lancement du projet de ligne rose du métro. Le coût annuel de la création du bureau de projet et la réalisation d’études avait été estimé à 1,2 million dans la plateforme électorale du parti.

Culture

En matière de culture, Valérie Plante avait promis d’augmenter à 20 millions le budget du Conseil des arts de Montréal et elle disait aussi vouloir protéger les ateliers d’artistes et les lieux de création.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, le budget consacré aux loisirs et à la culture grimpera de 9,8 millions en 2018, une hausse attribuable en grande partie aux activités dans les arrondissements.

Ce montant inclut une augmentation de 2,5 millions de la contribution de la Ville au Conseil des arts de Montréal. Rappelons qu’en 2017, Montréal avait versé 14,5 millions au Conseil des arts, soit 500 000 $ de plus qu’en 2016.

De son côté, le musée Pointe-à-Callières, cité d’archéologie et d’histoire de Montréal recevra 745 000 $ de plus qu’en 2017, pour une contribution de 8,1 millions de la Ville.

En coulisses, on indique qu’en matière de culture, ce budget ne permet pas de réaliser tous les souhaits de l’administration : « C’est un budget de transition, mais ça donne un signal sur nos intentions pour les années subséquentes. »

Inspections

Au chapitre de l’habitation, l’administration a déjà fait savoir que la Ville consacrerait un million de plus dans sa brigade d’inspecteurs en salubrité afin de porter à 30 le nombre d’employés voués à cette tâche.

On ignore toutefois si Valérie Plante ira de l’avant avec sa promesse de créer une « brigade des chantiers » chargée d’effectuer des visites-surprises sur les chantiers et de s’assurer de la qualité des travaux. Le coût de cette mesure a été estimé à 3 millions par année.

Fiscalité

Autre élément à surveiller : Projet Montréal avait proposé plusieurs mesures fiscales, dont le remboursement des droits de mutation (« taxe de bienvenue ») aux familles ayant au moins un enfant et qui font l’achat d’une propriété à Montréal. Selon les prévisions, cette mesure pourrait coûter 19,8 millions par année à la Ville.

Valérie Plante a aussi mentionné qu’elle comptait élaborer un système de crédit de taxes en guise de compensation pour les commerçants dont le chiffre d’affaires se trouve affecté par les chantiers de construction.

Le budget sera déposé au conseil municipal mercredi après-midi et fera par la suite l’objet d’une étude de la part de la Commission des finances. Il sera adopté d’ici la fin du mois de janvier.

Une métropole dont la santé économique s’améliore

L’administration a changé, mais le budget déposé mercredi par la Ville de Montréal s’inscrira probablement dans la lignée de ce qui s’est fait depuis quelques années en matière de gestion de la fiscalité, selon l’agence de notation torontoise DBRS.

« Ce qui a le plus changé, c’est que l’économie a continué de s’améliorer au cours de la dernière année, un point positif, et le taux de chômage [6,1 % dans la grande région métropolitaine] est relativement faible par rapport à sa moyenne historique », a affirmé mardi Scott Cherry, principal analyste du crédit de la ville de Montréal à l’agence DBRS. Cela dit, selon M. Cherry, ces facteurs ne sont pas suffisants pour entraîner un changement de la cote de crédit de la ville. Celle-ci se situe à « A (élevée) », au même niveau que celle du gouvernement du Québec. Toute modification de la cote peut avoir un impact significatif sur les coûts d’emprunt, car les investisseurs exigent davantage de rendement.

Chez une autre agence, Standard Poor’s, la cote de Montréal se situe à AA-, un cran au-dessus du gouvernement du Québec. Quand S P a relevé la cote en 2015, elle avait mentionné plusieurs facteurs, dont un niveau de liquidités « exceptionnel » et un « environnement politique plus stable ».

La plupart des emprunts effectués par Montréal sur le marché des obligations ont une échéance de moins de 10 ans. La dette à long terme de l’administration municipale atteignait environ 8,3 milliards au 31 décembre 2016. Les frais d’intérêt pendant cet exercice s’étaient établis à 330 millions.

Le poids de la dette de Montréal est plus élevé que celui d’autres grandes villes canadiennes, mais « il est gérable », croit Scott Cherry. Le principal enjeu demeure la gestion du programme d’investissement en infrastructures, « qu’il s’agisse des conduites d’eau ou du transport ». Le programme triennal annoncé par l’ex-maire Denis Coderre en novembre 2016 reposait sur des investissements de 6,4 milliards de 2017 à 2019.
François Desjardins