Montréal devrait s’inspirer des autres villes, soutient l’industrie du remorquage

Selon le Bureau de l’inspecteur général, le crime organisé s’est emparé en quelques mois du secteur très lucratif du remorquage de voitures accidentées à Montréal.
Photo: iStock Selon le Bureau de l’inspecteur général, le crime organisé s’est emparé en quelques mois du secteur très lucratif du remorquage de voitures accidentées à Montréal.

Le portrait troublant du remorquage à Montréal qu’a brossé le Bureau de l’inspecteur général (BIG) dans son rapport rendu public lundi n’étonne pas Réjean Breton, p.-d.g. de l’Association des professionnels du dépannage du Québec (APDQ). Au cours de la dernière décennie, la situation s’est détériorée à un tel point que, en février 2016, l’Association qui regroupe 440 entreprises de remorquage au Québec a alerté l’administration Coderre.

« Il y a 10 ou 15 ans, il y avait une soixantaine de compagnies de remorquage à Montréal. Maintenant, elles sont rendues sept ou huit parce qu’il y a eu une prise de contrôle [du crime organisé]. Les compagnies crédibles et honnêtes ont disparu ou ont changé de sphère d’activité », explique Réjean Breton.

S’appuyant sur de nombreux témoignages, l’enquête menée par l’équipe de Me Denis Gallant fait état de la mainmise du crime organisé sur le remorquage à Montréal, particulièrement celui des voitures accidentées.

La Ville ayant omis de renouveler les ententes d’exclusivité depuis un an et demi, les Hells Angels, la mafia italienne et les gangs de rue se sont progressivement emparés de ce secteur très lucratif. Le BIG souligne que les actes de violence, les menaces et l’intimidation sont des pratiques courantes dans le milieu pour protéger des territoires.

Me Denis Gallant recommande à la Ville que sur l’ensemble de l’île les contrats de remorquage soient octroyés par appels d’offres et qu’une tarification uniforme soit imposée aux remorqueurs. Il presse aussi la Ville de procéder à des enquêtes de sécurité sur tous les entrepreneurs qui obtiennent des contrats.

« Le crime organisé, on ne l’enrayera jamais, mais quand on arrive dans un secteur réglementé pour lequel il y a tellement d’embûches que ça ne devient pas payant et intéressant, ils vont chercher naturellement d’autres avenues plus lucratives », a-t-il indiqué au Devoir mardi.

Le maire Denis Coderre a déjà signifié son intention d’uniformiser la réglementation à l’échelle de l’agglomération et de transférer la gestion de ce dossier, qui était auparavant sous la gouverne du Bureau de taxi de Montréal, au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Ailleurs au Québec

« Il ne faut pas que ce soit la Ville de Montréal qui s’en occupe », prévient Réjean Breton, de l’APDQ. Ailleurs au Québec, ce sont les corps policiers — dont la Sûreté du Québec (SQ) — qui, par pouvoir délégué, concluent des ententes avec les compagnies de remorquage, effectuent des enquêtes de sécurité et conviennent d’une tarification, explique-t-il. Dans un tel contexte, le crime organisé ne peut prospérer comme c’est le cas à Montréal à l’heure actuelle, dit-il.

« C’est curieux de constater que le plus petit village au Québec a une entente d’exclusivité dans le remorquage et un encadrement tarifaire obligatoire, mais que le plus gros village au Québec, qu’on appelle la Ville de Montréal, n’a rien », note-t-il.

Réjean Breton soutient que son organisation avait avisé dès le début des années 2000 l’administration municipale que la situation se dégradait dans le milieu du remorquage. L’ex-maire Gérald Tremblay avait confié le dossier au Bureau de taxi de Montréal, « qui n’avait aucune expertise », plutôt qu’au SPVM, déplore-t-il.

Selon lui, les solutions avancées par M. Coderre sont prometteuses pourvu que le directeur du SPVM, Philippe Pichet, prenne en main le dossier : « Ça fonctionne très bien dans les autres villes au Québec. »

Le lieutenant Jason Allard, porte-parole de la SQ, confirme que la SQ effectue chaque année des enquêtes de sécurité sur les propriétaires et les employés des entreprises de remorquage avec lesquelles des ententes sont conclues. Les mailles du filet sont serrées, souligne-t-il.

De son côté,le Bureau d’assurance du Canada (BAC) dit avoir pris connaissance de l’ampleur du problème en lisant le rapport du BIG. Pourtant, à Montréal, certains entrepreneurs gonflaient les frais de remorquage.

« Dans n’importe quel domaine, ça peut arriver que les taux ne soient pas les mêmes d’une région à l’autre », soutient Caroline Phémius, porte-parole du BAC.