Coderre lance une enquête administrative sur le SPVM

« On ne peut pas commencer une analyse de la situation sans avoir les faits » a lancé le maire de Montréal, Denis Coderre.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir « On ne peut pas commencer une analyse de la situation sans avoir les faits » a lancé le maire de Montréal, Denis Coderre.

Refusant toujours de suspendre son chef de police dans la foulée du scandale d’espionnage de journalistes, le maire de Montréal a annoncé dimanche l’ouverture d’une « enquête administrative » sur les actes du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Dans un geste inhabituel, Denis Coderre a confié à l’inspecteur général de Montréal, Denis Gallant, le mandat d’examiner les gestes du chef de police Philippe Pichet en lien avec l’espionnage de journalistes, dont Patrick Lagacé, de La Presse. Le maire a toutefois insisté pour dire que ce mandat avait été confié « à titre personnel à Me Denis Gallant », qui l’« a accepté de façon pro bono ».

Son rapport devra être remis au plus tard le 31 janvier 2017. D’ici là, pas question de suspendre Philippe Pichet comme le lui demande l’opposition officielle à l’hôtel de ville, et le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée.

« On ne peut pas commencer une analyse de la situation sans avoir les faits », a expliqué M. Coderre dans une mêlée de presse, en demandant « aux gens d’être patients ».

M. Coderre a affirmé que Philippe Pichet pouvait toujours remplir ses fonctions de directeur du SPVM en toute légitimité, malgré cet examen administratif et malgré la commission d’enquête déclenchée par le gouvernement Couillard la semaine dernière.

« Il est important de réaliser que nous sommes dans une société de droit; on ne commencera pas à condamner quelqu’un tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas l’ensemble des faits », a ajouté le maire de Montréal.

 
Impartialité remise en question ? 

La décision de confier à Denis Gallant un mandat particulier qui s’ajoute à ses fonctions habituelles d’inspecteur général en a fait sourciller plus d’un, à commencer par le vice-président de la Commission sur la sécurité publique, Alex Norris. « Denis Coderre ne fait que multiplier les gestes pour faire croire qu’il agit, mais ce n’est pas le cas », a dit le conseiller de Projet Montréal.

Selon lui, M. Gallant ne peut cumuler ces deux rôles. « Ce rôle compromet son impartialité et son indépendance par rapport au pouvoir politique et à M. Coderre. Il n’aurait pas dû accepter le mandat ad hoc que Denis Coderre lui a confié », croit-il.

Cette annonce survenait alors que, samedi, La Presse rapportait que le SPVM avait obtenu un mandat visant à placer sur écoute les journalistes Patrick Lagacé et Vincent Larouche. Ce mandat s’ajoutait aux 24 autres obtenus par le SPVM afin de fouiller les relevés téléphoniques de certains journalistes et de géolocaliser ces derniers.

Dans un communiqué, Philippe Pichet n’a pas nié avoir demandé et obtenu ce mandat d’écoute. Mais il a laissé entendre que la SPVM n’en avait pas fait usage. « Le SPVM a bel et bien mis [sur] écoute ses policiers qui faisaient l’objet de l’enquête, mais aucune autre personne mis à part ces policiers n’a fait l’objet d’écoute électronique. Bien sûr, toute personne ayant communiqué avec les policiers concernés a pu être entendue dans les conversations. »

À la défense de Pichet

Aux yeux de Denis Coderre, le chef du SPVM a dit la vérité et s’est expliqué clairement dans son communiqué. « On a un directeur de police qui a dit ce qu’il a dit et je n’ai aucune raison de douter de lui. Si le processus de vérification des faits nous amène ailleurs, on va prendre les décisions qui s’imposent. Mais, au même titre que je vais me battre pour la liberté de presse, je vais me battre bec et ongles pour qu’on respecte le principe de la société de droit », a déclaré le maire.

« Non, je ne demanderai pas la démission de M. Pichet, a ajouté le maire, devant l’insistance des journalistes présents. Mais ne vous inquiétez pas, s’il y a des faits qui sont démontrés noir sur blanc, il y aura des gestes qui vont être posés. »

 

Consultez tous nos textes sur le dossier des journalistes sous surveillance
 
6 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 6 novembre 2016 18 h 10

    Le chef

    Monsieur le maire Coderre a une confiance totale envers elle chef de police Philippe Pichet. Et pour cause, le chef Pichet rempli parfaitement la mission que les autorités lui ont confié : démasquer les taupes et autres sonneurs d'alarme à tous les niveaux de l'administration municipale. Le corolaire de cette campagne sera de tarir les sources de ceux qui se fourrent le nez dans les affaires où il n'ont pas d'affaire, les journalistes.
    L'enquête du BIG corroborera cet état de fait, c'est dans son intérêt.
    Non mais, ne nous sentons-nous pas en sécurité sous la gouverne éclairée de notre administration municipale qui offre à l'ensemble de la population les bienfaits de son immense talent et de son inlassable dévouement.

  • Denis Paquette - Abonné 7 novembre 2016 02 h 14

    une ville internationale administrer par des paysants

    Coderre est prudent connaissant son impétuosité ce n'est pas mauvais,peut-être est-il en train d'apprendre, peut etre va-t-il se rende compte, que Montreal est une ville importante, une ville ayant une reputation internationale, qui se doit d'etre a la hauteur, imaginer des touristes qui débarquent a Montreal pour leurs vacances et découvrent que c'est une ville qui vient d'être bombardée, une ville qui a étée si mal administrée que c'est peut-être la ville qui coute le plus cher en frais d'administration et pourtant elle n'a subit aucuns tremblements de terre, ni bombardements serait-ce quelle est gerée par des clins clins depuis des années, que montreal est une sorte de sauve qui peut de la mafia,et toute un paquet de petits contracteurs a la petites semaines qui viennent a Montreal s'amuser comme si c'était un terrain de jeux, je suis sur que si nous avions une gérence compétente, un individu sur deux serait licencié, voila mon opinion, y a-t-il quelqu'un a la ville qui a ce courage, il y a un sciecle nous étions tous des paysants, ce n'est pas une raison pour le demeurer

  • Michel Lebel - Abonné 7 novembre 2016 08 h 09

    La mauvaise personne!

    Il me semble assez évident que cette enquête administrative n'aurait pas dû être accordée à l'inspecteur général qui occupe, selon sa loi constituante, son poste de façon exclusive et à temps plein! Faut-il aussi conclure que ce même inspecteur a beaucoup de temps libre!? Non! L'inspecteur Gallant n'aurait pas dû, quant à lui, accepter ce mandat.

    Michel Lebel

    • François Dugal - Inscrit 7 novembre 2016 17 h 08

      Mais l'inspecteur Gallant a bel et bien accepté, monsieur Lebel. La solidarité entre les membres de l'administration municipale de Montréal n'est-elle pas admirable?

  • Marc Theriault - Inscrit 7 novembre 2016 12 h 01

    Hors ligne

    À mon avis, du moment qu'un membre d'un service policier, et qui plus est le chef d'un tel service, croît qu'il est en droit d'espionner les journalistes, nous ne sommes plus dans une société de droit, mais plutôt dans un État policier. Je n'ai aucune raison non plus de douter de la parole du directeur Pichet; il a avoué avoir demandé le mandat d'écoute, il se croît donc dans un État policier, de là l'importance de demander et d'obtenir sa démission.

    Je suis d'accord avec Alex Norris : je pense que le maire de Montréal cherche à noyer le poisson. Les montréalais doivent agir.

    • François Dugal - Inscrit 7 novembre 2016 17 h 12

      Vous oubliez tous les juges, monsieur Thériault. N'oublions pas que toutes ces perquisitions ont été légalement approuvées par une pléthore de juges (nommés avec ou sans post-it).