Le promoteur du chantier voisin rejette toute responsabilité

Lundi, André Bagnato regardait le spectacle désolant de l’immeuble éventré où il habitait depuis plus de six ans, au rez-de-chaussée.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lundi, André Bagnato regardait le spectacle désolant de l’immeuble éventré où il habitait depuis plus de six ans, au rez-de-chaussée.

Au lendemain de la démolition d’une coopérative d’habitation dans Griffintown, le promoteur immobilier du chantier voisin soutient n’avoir rien à se reprocher. De son côté, la Coop Sainte-Anne, dont tous les résidents ont été évacués, se retrouve dans une situation difficile puisque son assureur refuse de l’indemniser.

Lundi, André Bagnato regardait le spectacle désolant de l’immeuble éventré où il habitait depuis plus de six ans. La veille, la pelle mécanique a détruit une partie de la coop Sainte-Anne, après que le Service de sécurité incendie de Montréal (SSIM) eut jugé l’immeuble trop instable.

« Mes pantalons, c’est tout ce qui me reste », a commenté l’homme qui, comme les autres résidents de la coopérative, a dû évacuer l’immeuble d’urgence le 1er avril dernier. N’ayant pu retourner dans son logement, André Bagnato a tout perdu et est hébergé par son fils.

Un chantier

Les travaux d’excavation effectués sur le terrain adjacent en prévision de la construction d’un immeuble à condominiums de quinze étages, le Brickfields, ainsi qu’une fuite d’eau d’une conduite de la Ville survenue lors de la fin de semaine de Pâques pourraient être à l’origine de l’affaissement de terrain qui a fragilisé la structure de l’immeuble.

Construit aux environs de 1875, le bâtiment situé rue de la Montagne, angle Wellington, abritait neuf logements qui ont été évacués il y a dix jours lorsque les premiers signes de faiblesse de l’immeuble ont été détectés. La section comportant cinqlogements a finalement été démolie dimanche soir.

Le promoteur immobilier, Maître Carré, soutient ne pas être responsable de l’affaissement du terrain de la Coop. « Tout a été fait dans les règles. Ce n’est pas une erreur. Il n’y avait pas de dérogation. On n’a vraiment rien à se reprocher », a indiqué Anne Dongois, porte-parole de Maître Carré. Elle a évoqué les sols instables de Griffintown, la fuite d’eau et les pluies abondantes comme possibles causes de l’affaissement du terrain : « En ce moment, c’est entre les mains des avocats et des assurances. »

Le promoteur se qualifie d’« entreprise responsable […] qui a toujours eu à coeur la conservation et la protection du patrimoine ». « Il a acheté le Horse Palace. Il a le souci du patrimoine », souligne Anne Dongois. Maître Carré a indiqué collaborer avec la Ville et la Coop dans ce dossier.

Problème d’assurance

L’avocat de la Coop Sainte-Anne a une tout autre lecture des événements. « De ce que j’en comprends, l’affaissement de l’immeuble, qui a conduit à sa démolition d’urgence en fin de semaine, est le fruit de deux causes : des mauvais travaux d’excavation suivis du bris d’une conduite d’aqueduc », avance Me Martin André Roy, de la firme Roy Larochelle Avocats.

De plus, l’assureur de la Coop refuse d’indemniser celle-ci, car il considère l’événement comme un « glissement de terrain ». « Mais tous savent très bien qu’il n’y a pas eu un glissement de terrain, mais un affaissement des sols occasionnés par deux fautes, ce qui n’a rien à voir avec Dame Nature », avance Me Roy. « Non seulement la Coop se retrouve dans la rue, mais en plus, elle est ruinée au moment où on se parle compte tenu de la position que prend son assureur. »

Une petite conduite

De son côté, l’arrondissement du Sud-Ouest et le maire Benoit Dorais se sont affairés toute la fin de semaine à s’assurer que les résidents évacués obtenaient l’aide nécessaire. Certains ont été hébergés par des proches, d’autres ont été pris en charge par la Croix-Rouge.

Mais la Ville affirme que la fuite d’eau ne peut avoir provoqué l’affaissement de terrain puisqu’il s’agit d’une conduite de 1,6 cm de diamètre (5/8 po).

La Ville compte poursuivre son travail d’analyse afin de déterminer ce qui a provoqué l’affaissement du terrain, mais cette affaire risque de se régler devant les tribunaux.

3 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 12 avril 2016 07 h 05

    De la plus grande bonne foi.

    L'industrie de l'assurance repose sur la plus haute bonne foi possible des parties: il faut avoir énormément confiance en autrui pour payer une prime pendant un grand nombre d'années et simultanément espérer qu'on sera correctement indemnisé en fonction du contrat. En attendant, que cette coopérative demande l'aide d'autres coopératives de logement, que tous les sinistrés ramassent leurs factures et qu'on identifie la compagnie d'assurance et les clauses concernées. Nous avons tous une police d'assurance.

  • Claude Benoît - Inscrit 12 avril 2016 07 h 59

    Les paris sont ouvert. Qui va payer et qui va se trouver dans la rue?

  • Bernard Terreault - Abonné 12 avril 2016 08 h 03

    Indécent

    Le promoteur immobilier n'est pas responsable, la Ville ne l'est pas non plus, ni la compagnie d'assurances. Les locataires qui, eux, ont tout perdu, ne peuvent que regarder, impuissants, les puissants s'affronter en cour pendant des années. Où est la maire Coderre dans tout ça, lui qui aime tant la visibilité? Il aurait au moins pu dire un mot de consolation et leur trouver des logements subventionnés quelquepart.