Le déversement pourrait aussi salir l’image du Québec

Une barrière flottante a été installée pour limiter la dispersion des matières.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une barrière flottante a été installée pour limiter la dispersion des matières.

Le déversement d’eaux usées qui a commencé mercredi à Montréal nuira-t-il à l’image de Montréal et du Québec à l’étranger ? L’affaire préoccupe suffisamment le gouvernement du Québec pour que celui-ci demande à sa délégation à New York d’expliquer aux Américains les décisions prises dans ce dossier.

« Je pense que l’image du Québec à l’étranger va au-delà de ça, mais il y a un enjeu de communication », a reconnu mercredi la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre.

À la demande du gouvernement, le délégué général du Québec à New York, Jean-Claude Lauzon, répondra aux interrogations des Américains. « Bien sûr, ce n’est pas l’idéal, mais je pense qu’il faut […] répéter que des scientifiques se sont penchés sur le dossier et qu’il n’y avait pas d’autre solution. »

À un journaliste qui lui demandait s’il s’agissait d’une opération de « damage control », la ministre a répondu : « Vous pouvez appeler ça comme vous voulez. »

Ce déversement massif a fait l’objet de plusieurs reportages à l’étranger et a suscité maintes critiques, notamment de l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA), qui a qualifié ce geste de mauvaise décision tant sur le plan environnemental qu’en matière de santé publique.

Le déversement de huit milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve a commencé dans la nuit de mardi à mercredi à 24 points de surverse répartis le long de la rive.

En après-midi, aux abords du site de surverse Saint-Pierre — surnommée la « baie des capotes » — à Verdun, l’eau brunâtre dégageait une légère odeur nauséabonde, mais les détritus étaient rares.

« Les choses se passent bien », a commenté le maire Denis Coderre. Au cours de la journée, des équipes se sont affairées à prélever des échantillons d’eau et à retirer les débris flottants.

La purge de l’intercepteur Sud-Est a commencé peu après minuit et dès 7 h, des équipes ont pu descendre dans le collecteur enfoui jusqu’à une profondeur de 35 mètres. « Ce n’est pas joli », a relaté Richard Fontaine, le directeur de la Direction de l’épuration des eaux usées de la Ville. Une vingtaine d’employés se sont rendus dans l’intercepteur et ils ont commencé à retirer les cintres en mauvais état.

Jeudi, le maire Coderre compte d’ailleurs descendre lui-même dans l’intercepteur pour encourager les employés et constater de visu l’état de l’infrastructure.

L’eau brunâtre

Dans le fleuve, des images captées par TVA montraient une démarcation des eaux brunes dans le secteur du Vieux-Port et, plus loin, une masse de mousse blanche flottant sur la surface de l’eau. « Il ne faut pas uniquement se fier à la coloration, a prévenu Richard Fontaine. Ce qui est beaucoup plus important, ce sont les tests qu’on fait avant et pendant [l’opération], et ceux qu’on fera après. »

Quant à la mousse blanche, elle serait attribuable aux produits de lessive et au phosphore, a-t-il expliqué.

Le chef de l’opposition, Luc Ferrandez, a reproché au maire Coderre d’avoir boudé les mesures de mitigation recommandées par les experts indépendants qui suggéraient de recourir à des systèmes de dégrillage et à des unités mobiles pour traiter sommairement les eaux d’égout.

« Le maire insiste beaucoup pour dire qu’il veut mettre en valeur le fleuve et présenter Montréal comme une ville verte et bleue. Mais là, c’est une autre couleur que la ville va avoir comme réputation. Et cette réputation-là, ça vaut cher. »

Questionné sur les intentions du gouvernement concernant les déversements fréquents dans les municipalités au Québec — il y en a eu plus de 45 000 en 2013 — le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a soutenu que c’était aux villes de remédier à la situation, pas au gouvernement. « Le jour où le ministre des Affaires municipales va dire aux maires comment faire sur leur territoire, les premiers mécontents, ça va être les maires », a-t-il expliqué.

19 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 12 novembre 2015 01 h 35

    Je suis plus capable de vous voir nous manipuler

    En fait quand l'on nous dit que l'on ne pouvait pas faire autrement est-ce que vous les croyez et on veut aller coloniser la planète mars, ce sont des menteurs et des manipulateurs de la pire espèce, quelle génération de manipulateurs, on investie des milliards en éducation pour nous faire dire, nous ne sommes pas capables, pas capable de tous polluer, comme les pires bêtes primitives, quand tu penses que tu n'es pas capable, tu laisses ta place a d'autres

  • Yves Côté - Abonné 12 novembre 2015 04 h 15

    Echec et mat

    Le gouvernement Couillard est ici échec et mat en terme de communication.
    A l'étranger, lorsque c'est d'un mauvais coup dont les médias parlent, automatiquement, les journalistes mettent de l'avant les mots "Québec" et "Québécois".
    Lorsque c'est d'un bon coup qu'il s'agit, les journalistes mettent de l'avant ceux de "Canada" et "Canadiens".
    Cela est particulièrement évident à propos d'environnement, d'affaires autochtones, de divertissement, de culture, de tourisme et d'immigration.
    Le résultat attendu de cet investissement canadien devenu constant en communication, commencé au lendemain du référendum de 95 et aidé par les gouvernements provinciaux successifs du Québec qui y ont prêté leur collaboration active, est non seulement d'avoir brisé petit à petit les sympathies que nous avions réussies à développer au fil des ans depuis le milieu des années 60, surtout du côté des pays francophones, mais de détourner celles qui dures encore, en convainquant qu'au fond, tout geste de solidarité "indépendante" pour nous ne peut être qu'un affront direct au Canada et une insulte aux Canadiens.
    Cela en renforçant l'idée que l'envahissement politique et linguistique graduel des anglophones au Québec ne peut non-seulement être qu'acceptable, mais tout-à-fait inévitable tant il est dans l'ordre des choses prévisibles.
    Et donc, par pragmatisme français, que la réalité rend souhaitable notre assimilation dans ce "grand pays que la France a elle-même si vaillamment fondé".
    But of course, mylord !
    Pour le Canada, la France doit surtout entretenir l'opinion utile et pré-républicaine que d'avoir cédé définitivement ce territoire à l'Angleterre en 1763, cela ne l'a au fond, jamais blessé.
    Sujet de discussion possible si délicat, qu'il est simplement tabou, les gouvernements du Canada de même que les autorités britanniques s'irritent à sa simple évocation.
    Tant, que cette thématique est présentée comme un affront direct à la souvenaineté nationale canado-britannique.
    VLQL !

    • Yves Côté - Abonné 12 novembre 2015 08 h 05

      Ajout d'actualité à mon commentaire :
      Il est 13h30 à Toulouse et les informations télévisées de la chaîne nationales française viennent de parler du déversement en question (France-Télévision).
      Et cela va bien au-délà de ce que je dénonce depuis des années en France, isolé en action et sans grand succès il est vrai, de l'habile travail de dénigrement des Québécois qui s'y déroule sous la discrète manipulation des gouvernements successifs du Canada.
      Le reportage en question s'est donc résumé à présenter une série de clichés tous plus utiles pour ce faire, montrant une méconnaissance complète du média en question, de ce qui se passe en réalité au Québec et de l'opposition de notre majorité française de langue à ce scandale sanitaire et environnemental.
      En premier, on y a présenté des manifestants en pleine action (au bord du Lac Saint-Louis, mais rien dans le reportage ne le dit), criant des slogans et parlant exclusivement en anglais, drapeau mohawk en tête de colonne pour bien montrer que l'opposition n'est pas québécoise d'identité. En deuxième, est montrées quelques images d'affichette en anglais d'interdiction d'accès à l'eau ainsi que quelques bouches de tuyeaux qui donnent sur les Rapides de Lachine (sans en identifier l'endroit).
      En troisième, on fait entendre le pauvre et dépité Maire Coderre (pastille du nom et du titre dessous l'image pour que les téléspectateurs comprennent bien qu'il est Québécois) qui, exclusivement en anglais (bien sûr), parle de sa tristesse de devoir faire la chose.
      Et, cerise sur le gâteau, en conclusion, pour illustrer les propos de la journaliste qui explique que les Montréalais sont inquiets de pourvoir consommer l'eau de l'un des plus extraordinaires fleuves du monde, ne sont montrés que des bélugas nageant en pleine eau...
      Comme si ceux-ci pataugeaient dans les environs de la métropole et qu'ils pouvaient représenter l'insatisfaction et l'opposition de ses résidants à quoi que ce soit !
      Quelle double tristesse pour nous

  • Daniel Legault - Abonné 12 novembre 2015 06 h 49

    La perception et la réalité

    Au Québec on a un historique de laisser faire et nos gérants d'estrade clouent au pilori ceux qui font oeuvre de rigueur et qui agissent.

    Exemples:

    Il faut remplacer le Pont Champlain parce qu'on n'a pas remplacé le tablier qui protégeait les poutres des sels de déglacage.

    Nos enfants étudient dans des écoles potentiellement dangereuses pour la santé parce qu'on n'a pas entretenu correctement les toits et la plomberie ce qui a causé des problèmes de moissisures. Il faut démolir et remplacer certaines écoles.

    Des réparations d'urgence onéreures ont été requises pour le Pont Mercier parce qu'on ne la pas peinturé adéquatement.

    Les réseaux d'aqueduc explosent parce qu'on ne les a pas entretenu adéquatement.

    On a tardé à remplacer l'Échangeur Turcot. Le résultat des emboutaillages à répitition (CO2) et des coûts énormes.


    Suite à tous ces fiascos, des gens responsables font de l'entretien. Une semaine d'entretien tous les 10 ans correspond à un bon fonctionnement 99.8% du temps. On les traite pratiquement en criminel.

    Ces gens sont courageux car il est beaucoup plus facile de ne rien faire et d'attendre que ça casse ce qui va avoir un impact sur l'Environnement plus grand et plus long que d'agir.

    Les mesures proposées par les expert d'utiliser des systèmes de dégrillage, des unités mobiles et des bateaux siphons sont farfelues.

    Les systèmes de dégrillages, il faut les acheter et les installer. La réduction de pollution sera insignifiante. L'impact sera uniquement esthétique.

    Il n'y a pas suffisamment d'unités mobiles qu'on peut louer en Amérique du Nord pour faire le travail. Les installer pour une semaine a un impact sur l'Environnement. Il faudrait en faire construire 24 pour 7 jours de fonctionnement aux 10 ans.

    Les bateaux siphons, ça n'existe pas. On va développer cette technologie, construire 34 bateaux (24 bateaux, un pour chacun des émissaires et 8 bateaux pour assurer le transport de ce qui a été receuilli vers le s

    • Jean-Marc Simard - Abonné 12 novembre 2015 10 h 13

      Pendant ce temps nos bons politiciens du PLQ (Commission Charbonneau) et du PLC ( Commission Gommery) s'en mettaient plein les poches avec leurs ptizamis, détournant l'argent public à des fins d'enrichissement personnel, argent que l'on envoie allègrement en paradis fiscaux pour éviter de renflouer les coffres de l'État en payant, comme tout le monde, leurs justes parts d'impôts...Ainsi les riches continuent à s'enrichir au dépens de l'essor vital d'une communauté appauvri et incapable de réparer les dégats provoqués par la nonchalance de ces mêmes riches imbus d'eux-mêmes...

  • Gilles Delisle - Abonné 12 novembre 2015 06 h 52

    "Les choses se passent bien"! Le maire-pollueur

    On pourrait récupérer ce désastre artificiel, par la bonne volonté de Tourisme Montreal. Après Le Montréal souterrain, le Montréal Culturel, le Montréal Historique, pourquoi pas le Montréal Merdique avec Coderre comme guide. Après avoir vu les images aériennes de ce déversement hier, oui M. le Maire, tout va très bien! Le maire de Montréal devra surveiller son prochain dîner officiel, surtout si c'est un dîner aux homards des Iles, ils pourraient bien garder leur couleur originale, même après les avoir fait bouillir!

  • Nicole Delisle - Abonné 12 novembre 2015 07 h 01

    Réputation du Québec et tourisme en péril!

    Cette décision aura des répercussions prévisibles. Mme St-Pierre est en mode réaction mais elle devait s'y attendre. Alors que le Québec veut jouer un rôle important environnemental, ses décisions disent le contraire. Alors que l'eau devient
    un problème majeur dans le monde comme source d'approvisionnement, et que notre
    fleuve fait bien des envieux, on pose délibérément un geste de pollution dont on ne connaît pas encore les conséquences pour toutes les localités le côtoyant. Ne soyons pas surpris si le tourisme en paye le prix, comme dommage collatéral. Qui se paiera une croisière pour venir voir et sentir un fleuve pollué! Une autre décision libérale regrettable qui démontre leur mépris des citoyens et leur profonde indifférence envers l'environnement, quoiqu'ils en disent. Mensonge et incompétence sont leurs
    marques de commerce. Ils nous le prouvent une fois de plus. Mais qui sont les québécois qui ont réélu ces mêmes gens qui ont déjà berné tout un peuple par la collusion et la corruption?

    • Bernard Morin - Abonné 12 novembre 2015 08 h 54

      En fait dans ce dossier le maire Coderre se comporte comme le personnage principal d'une mini-série dans laquelle il risque de devenir une sorte de Don Quichote. Dans le prochain épisode il va descendre dans le trou! Gilbert Rozon pourrait se charger de la promotion et la vente à l'étranger de ce produit culturel attribuable évidemment à l'incroyable créativité des québécois et ainsi contribuer à contrer les effets négatifs du déversement sur le tourisme à Montréal.