Destination centre-ville ne veut pas piétonniser la Sainte-Cath

La consultation sur l'avenir de la rue Sainte-Catherine se poursuit jusqu'à mardi.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir La consultation sur l'avenir de la rue Sainte-Catherine se poursuit jusqu'à mardi.

La nouvelle rue Sainte-Catherine Ouest doit bel et bien donner toute la place possible aux piétons, mais pas question d’y bannir complètement l’automobile, plaide Destination centre-ville, un organisme qui, en plus de représenter les entreprises du secteur, conseille le maire Coderre dans le dossier de la réfection de l’artère commerciale.

 

En début de semaine, un collectif d’organismes revendiquant une meilleure place pour les piétons et les cyclistes dans la principale rue commerçante du centre-ville de Montréal a vu le jour, alors que prend fin, le 5 août, la première phase de consultations publiques sur la « nouvelle » rue Sainte-Catherine. L’Alliance pour un nouveau partage de la rue Sainte-Catherine propose notamment de piétonniser la Sainte-Catherine Ouest, soit à l’année, soit en période estivale, et ce, sur une distance de près de 600 mètres, entre les rues de Bleury et Mansfield.

 

« Honnêtement, nous sommes un peu mal à l’aise avec tout ça. C’est important que les piétons aient leur place, mais il faut faire en sorte qu’on puisse continuer à assurer la logistique de ce quartier d’affaires », indique le directeur général de Destination centre-ville, André Poulin, joint en Europe par Le Devoir.

 

Pas de comparaison européenne

 

Contrairement à diverses rues marchandes européennes citées en exemple par l’Alliance, la rue Sainte-Catherine Ouest compte, outre de nombreux commerces de détail, un bon nombre de bureaux et d’entrepôts, souligne-t-il.

 

Destination centre-ville partage le souhait de la coalition d’élargir les trottoirs de la Sainte-Cath, mais pas à n’importe quel prix. « Nous ne sommes évidemment pas contre les piétons, mais il faut s’assurer que les entreprises puissent fonctionner, affirme M. Poulin. Si on continue à mettre des contraintes, les commerces et les compagnies vont continuer à s’installer dans la couronne nord. Montréal, c’est trop compliqué. »

 

Afin de faire le tri parmi les diverses suggestions reçues dans le cadre des consultations populaires, le maire Denis Coderre a mis sur pied un comité chargé de le conseiller, formé entre autres d’André Poulin, du président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, et du président de l’Institut de développement urbain du Québec, Mario Lefebvre.

 

C’est donc dire qu’André Poulin agit à titre de juge et partie dans la présente affaire. Une analyse qui ne le dérange pas outre mesure. « On va lui faire part de nos opinions », dit-il.

 

Destination centre-ville, un organisme à but non lucratif, regroupe plus de 8000 entreprises situées entre l’avenue Atwater et les rues Saint-Antoine, Saint-Urbain et Sherbrooke. Fondée en 1999, elle constitue la plus grande société de développement commercial du genre au Canada.

 

La consultation sur l’avenir de la Sainte-Catherine se poursuit jusqu’à mardi prochain. À la suite de deux affaissements de la chaussée survenus au cours des dernières années, la Ville doit remplacer les conduites d’aqueduc et d’égout sous la rue. L’administration Coderre profite de l’occasion pour refaire une beauté à deux tronçons de la rue, dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal. Le premier s’étendra de la rue de Bleury à la rue Mansfield. Les travaux devraient débuter au printemps 2016, pour se terminer vers 2018, avec une pause en 2017, le temps que soit célébré le 375e. La seconde phase couvrira près d’un kilomètre et demi, de la rue Mansfield à l’avenue Atwater.

8 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 1 août 2014 09 h 52

    Les TEC : exclus du débat ?

    Pour que « les entreprises fonctionnent », il faut oublier le vieux modèle automobile, un modèle où l'individuel occupe beaucoup trop d'espace urbain. Ce modèle nous a donné les banlieues, dévoreuses d'espace et développée avec une anarchie qui rend leur urbanisation très difficile. C'est un modèle de mobilité qui aboutit à l'immobilité (congestion d'un côté et part démesurée accordée au stationnement de l'autre – une voiture stationnée n'aide pas à la mobilité, elle l'entrave).

    La piétonnisation totale est aussi un modèle dépassé, étant souvent une tentative de transformer une rue en une version extérieur du modèle mail des centres commerciaux. Le problème de la piétonnisation, c'est qu'elle ne contribue qu'à la mobilité sur de courtes distances. Si elle n'est pas complétée par des moyens de transport efficaces pour les distances moyennes, elle est inutile. Si elle reste appuyée sur l'automobile, elle peut être plus qu'inutile, nuisible, en refoulant la congestion en périphérie immédiate du centre, ce qui enclave le centre dont les abords immédiats sont devenus invivables.

    Pour que « les entreprises fonctionnent », il faut une mobilité urbaine fluide, souple et efficace. Et pour assurer la mobilité urbaine, il y a un incontournable : les transports en commun. Dans le débat de la rue Sainte-Catherine, on n'en parle guère et c'est étonnant. Pourtant, quand on descend la Sainte-Catherine, on oublie parfois qu'il y a deux lignes de métro à distance de marche. Où a-t-on caché les voies d'accès au métro ? Ce métro doit être visible, pas caché. Et outre le métro, on a besoin de transports de surface pour combler le vide entre le métropolitain et le local (la marche).

    À Montréal, on est conscient que la très coûteuse congestion passe par des solutions de transport en commun (TEC). Or, pourquoi l'offre en TEC est-elle si basse face à la demande ? Pourquoi les TEC sont-ils exclus des préoccupations majeures lors du réaménagement de la Sainte-Catherine ?

    • Bernard Terreault - Abonné 2 août 2014 08 h 07

      Tout à fait ce que je pense. La Cath devrait être réservée aux bus, taxis, piétons et vélos.

  • Claude Jourdain - Abonné 1 août 2014 10 h 11

    Double rôle

    M. Poulin représente un groupe et siège sur le comité conseil, ce qui lui permet une entrée à deux niveaux. Si cette analyse vaut pour lui, elle est aussi valable pour M. Leblanc à mon avis.

  • Sylvain Auclair - Abonné 1 août 2014 11 h 34

    Et les centres commerciaux?

    Les centres commerciaux ne sont-ils pas des espaces piétons avant tout?

  • Diane Pelletier - Abonnée 1 août 2014 12 h 53

    Londres comme exemple

    Pour se rendre au centre-ville de Londres il existe des mesures contraignantes pour
    contrôler le trafic ET les émissions de gaz carbonique. Au moment de l' application de ces mesures, comme le péage obligatoire pour les véhicules, il y a eu un tollé de la part du lobby financier. On a fait des menaces comme celles de M. Poulin, que ce
    serait trop compliqué pour se rendre au travail, déménager dans la couronne nord,
    etc, etc. Et pourtant la chose perdure même s' il y a toujours des mécontents.
    M. Ferrandez, maire du Plateau a été réélu malgré sa politique controversée des places réduites de stationnement.
    Déjà qu'à la Place des Festivals les voitures circulent de manière à ce que le mot
    Place devienne une caricature alors qu' existent deux stations de métro à proximité, les rois automobilstes pourraient consentir à faire de l' air et cesser de
    menacer le réaménagement de la rue Ste-Catherine en un milieu de vie urbain viable et agréable.

  • Simon Cloutier - Inscrit 1 août 2014 13 h 04

    L'espace public

    L'espace public, il appartient à qui? Aux utilisateurs ou à ceux qui veulent profiter d'eux?

    Aucun scrupules, encore une fois, cette association n'est même pas gênée d'avoir les deux mains dedans.