Place au scrutin

En appelant une dernière fois les Canadiens à voter pour lui, Justin Trudeau s’en est pris toute la journée au chef conservateur, Erin O’Toole, ainsi qu’au chef bloquiste, Yves-François Blanchet.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne En appelant une dernière fois les Canadiens à voter pour lui, Justin Trudeau s’en est pris toute la journée au chef conservateur, Erin O’Toole, ainsi qu’au chef bloquiste, Yves-François Blanchet.

La campagne électorale fédérale s’est terminée comme elle avait débuté : Justin Trudeau a été la cible de toutes les attaques de ses adversaires dimanche. Et ce, tant dans les discours que les chefs ont présentés à leurs partisans que dans le choix de circonscriptions qu’ils ont ciblées, puisque toutes, ou presque, sont représentées par des élus libéraux.

En appelant une dernière fois les Canadiens à voter pour lui, Justin Trudeau s’en est pris toute la journée au chef conservateur, Erin O’Toole, ainsi qu’au chef bloquiste, Yves-François Blanchet, de passage à Montréal en matinée. Ses rivaux, eux, ont répété leurs critiques des dernières semaines à l’endroit du chef libéral.

Les campagnes des chefs avaient accéléré la cadence pour sillonner autant de circonscriptions que possible avant le jour du vote.

Justin Trudeau a visité presque toutes les provinces — en personne ou de façon virtuelle — en s’arrêtant à Montréal, dans la région de Toronto, à Niagara Falls et à Winnipeg, pour finir à Vancouver tout en insérant en cours de journée des vidéoconférences dans les Maritimes et en Alberta.

Erin O’Toole a eu une journée un peu moins chargée, avec quatre arrêts dans la grande région de la Ville Reine.

À 24 heures du scrutin, tous deux ont évité de faire dévier leur ultime appel au vote en limitant, ou en évitant, les questions des journalistes. M. Trudeau n’a tenu qu’un impromptu de presse de six minutes dimanche matin. M. O’Toole a, quant à lui, évité les journalistes qui ont essayé en vain de l’interroger, sa campagne n’ayant prévu aucun point de presse.

Le chef libéral a passé la journée à scander qu’Erin O’Toole veut « revenir en arrière », que le Parti libéral est le seul parti progressiste à pouvoir empêcher l’élection d’un gouvernement conservateur, mais aussi celui qui présente « le plan progressiste le plus ambitieux ». Justin Trudeau a mis les Canadiens en garde contre l’élection d’un gouvernement conservateur, en citant la mauvaise gestion de la pandémie par les premiers ministres provinciaux conservateurs Jason Kenney et Scott Moe, en Alberta et en Saskatchewan.

Le Bloc québécois n’était pas en reste. « Le Bloc est là pour opposer et pour encourager. Ben voyons, ce n’est pas ça que les gens veulent », a dénoncé M. Trudeau, à Montréal. « Les Québécois méritent d’avoir une voix forte au gouvernement pour décider, pour livrer », a-t-il insisté, la voix rauque dès son premier arrêt de la journée.

Le chef libéral ne s’en est pris que vaguement au néodémocrate Jagmeet Singh, à qui il a reproché de ne pas avoir de plan climatique sérieux.

Justin Trudeau a une fois plus refusé de réclamer ouvertement aux électeurs le mandat majoritaire espéré. « Je veux que le plus grand nombre de libéraux soient élus à travers le pays », a-t-il répété.

Tous contre Trudeau

Le chef conservateur a quant à lui consacré toutes ses attaques à lui répliquer. « Demain, nous pouvons nous assurer de ne pas récompenser M. Trudeau pour une élection de 600 millions qu’il a déclenchée pour lui-même », a lancé Erin O’Toole devant des militants à Markham.

Il a de nouveau vanté son Plan de rétablissement du Canada : un million d’emplois, une loi anticorruption sur la transparence, une production nationale de vaccins, de l’argent pour la santé mentale, un retour à l’équilibre budgétaire. « En tant que conservateurs, nous ne pouvons pas laisser M. Trudeau dépenser sans compter », a-t-il scandé.

Son discours à Markham-Thornhill a duré à peine 4 minutes, et il s’était présenté avec 30 minutes de retard devant la trentaine de militants qui s’étaient réunis pour l’écouter. Un contraste avec Justin Trudeau qui a parlé de 15 à 20 minutes lors de ses événements partisans.

M. O’Toole a passé la journée en offensive dans des circonscriptions libérales de la grande région de Toronto — Oakville et Markham-Thornhill —, représentées par les ministres Anita Anand et Mary Ng, de même que York-Centre et Don Valley-Ouest.

Yves-François Blanchet, pour sa part, s’en est pris à Justin Trudeau de façon voilée, en abordant la question du français et de l’immigration lors d’un discours partisan à Sherbrooke. « J’invite n’importe qui qui veut se revendiquer de la grande fierté d’être Québécois, malgré de lourds silences lors d’une certaine soirée de débat, à poser les gestes », a-t-il déclaré, en évoquant la réplique que lui avait lancée M. Trudeau en ce sens lors du débat en français.

À M. Trudeau qui l’accuse de n’être condamné qu’à l’opposition, M. Blanchet a répliqué comprendre que le chef libéral « aime bien mieux envoyer des gens qui vont faire ce qu’il dit au gouvernement que des gens qui vont obliger le gouvernement à faire ce qu’on dit ».

Le chef bloquiste n’avait presque que des circonscriptions libérales dans sa mire lui aussi. Après celle de Saint-Maurice–Champlain (représentée par le ministre François-Philippe Champagne), M. Blanchet s’est rendu à Sherbrooke, Brome–Missisquoi et Compton–Stanstead (représentée par la ministre Marie-Claude Bibeau), pour ensuite terminer dans Shefford, où les libéraux pourraient donner du fil à retordre à la bloquiste Andréanne Larouche.

À Sherbrooke, il a dû défendre le niveau de français de sa candidate Ensaf Haidar, l’épouse de Raïf Badawi détenu en Arabie saoudite, qui a été critiqué par ses adversaires. « J’aime mieux quelqu’un qui se lève debout avec un français incertain que quelqu’un qui reste assis avec un bon français », a plaidé le chef.

Du côté du NPD, Jagmeet Singh a passé la journée dans la région de Vancouver, où il représente la circonscription de Burnaby-Nord. Le chef néodémocrate s’est arrêté dans cinq circonscriptions libérales, celle de l’ex-ministre libérale devenue indépendante Jody Wilson-Raybould ainsi qu’une circonscription conservatrice.

Plutôt que de choisir à quel chef s’en prendre, M. Singh a mis MM. Trudeau et O’Toole dans le même sac. « Vous n’avez pas à choisir entre M. Trudeau, avec ses belles paroles et qui ne fait pas d’actions concrètes, ou M. O’Toole, qui n’aide pas les gens, qui ne priorise pas les gens. Vous avez un choix avec le NPD, qui se bat pour vous », a-t-il martelé.

Le chef néodémocrate a cependant continué de refuser de préciser s’il pourrait appuyer un gouvernement minoritaire conservateur — bien que ce scénario soit devenu moins probable dans les sondages des derniers jours. « Si on peut continuer d’aider les gens dans le prochain gouvernement, peu importe [celui] que les gens [choisiront], je serai content », s’est-il contenté de répondre.

Place au vote

Après un saut de puce sur l’île de Vancouver samedi, où son parti compte ses deux seuls députés restants, la cheffe des verts, Annamie Paul, était de retour dans la circonscription de Toronto-Centre où elle tente de se faire élire. « Nous allons entamer ces deux derniers jours avec l’optimisme [de croire] que les Canadiens sont prêts à se joindre à nous pour faire ce qu’il faut pour le climat », a-t-elle dit espérer.

Maxime Bernier a, quant à lui, poursuivi sa campagne dans les Prairies avec deux rassemblements en Alberta. Son Parti populaire du Canada semble avoir fait doubler ses appuis au cours des cinq dernières semaines, remportant désormais près de 7 % des moyennes des intentions de vote — soit le double du Parti vert.

M. Bernier sera en Saskatchewan lundi (plutôt qu’en Beauce, où il tente de se faire élire à nouveau), car les règles sanitaires en vigueur y permettent de plus grands rassemblements qu’au Québec.

Les équipes politiques s’activeront maintenant à stimuler la participation de leurs partisans, lundi, dans cette élection qui s’annonce serrée. Plusieurs Canadiens ont déjà voté par anticipation (5,78 millions d’électeurs) ou par la poste (1,26 million). Reste donc à inciter les autres à se présenter dans les bureaux de vote malgré la pandémie.

Un peu plus de 18,3 millions de Canadiens avaient exercé leur droit de vote en 2019, soit un taux de participation de 67 %.

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