Les libéraux détaillent leurs promesses… et leurs coûts

Le parti de Justin Trudeau, au pouvoir depuis 2015, a publié sa plateforme électorale mercredi.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Le parti de Justin Trudeau, au pouvoir depuis 2015, a publié sa plateforme électorale mercredi.

Le programme électoral du Parti libéral du Canada (PLC), dévoilé mercredi, comprend 78 milliards en promesses sur cinq ans pour relancer l’économie après la pandémie, en plus de la centaine de milliards déjà prévus au budget de 2021. Contrairement à celui de ses adversaires, il est complété d’un cadre financier.

« Les autres partis ne sont pas en train de partager leurs chiffres », a fait remarquer Justin Trudeau, qualifiant son programme de « plan responsable, prudent et, aussi, transparent ».

Pour leur réélection après six ans au pouvoir, les libéraux misent sur la protection des travailleurs, sur l’immigration et sur quelques autres thèmes pour se distinguer des conservateurs d’Erin O’Toole, comme l’accès à l’avortement ou la preuve vaccinale.

Selon les estimations des libéraux, les déficits à venir n’augmenteraient que légèrement, étant donné une croissance supérieure à celle prévue lors du dernier budget. Cette estimation s’appuie sur les prévisions du Directeur parlementaire du budget (DPB).

Le chef libéral a d’ailleurs qualifié la plateforme conservatrice de « pensée magique » pour avoir estimé la croissance économique à 3 % par an, pendant dix ans. Selon le fiscaliste Luc Godbout, une telle croissance n’est pas prévisible pour les années à venir.

L’attaque de M. Trudeau a forcé le chef conservateur, Erin O’Toole, à se mettre sur la défensive, mercredi. « On a soumis notre plan immédiatement au Directeur parlementaire du budget dans une élection que M. Trudeau a déclenchée en pleine pandémie », a-t-il répondu. Son équipe a indiqué au Devoir qu’elle s’attend à ce que la validation que doit faire l’agent du Parlement soit révélée dans les prochains jours.

Protections pour les travailleurs

La plateforme libérale propose notamment une nouvelle prestation d’assurance-emploi pour les travailleurs autonomes. Elle offrirait jusqu’à 26 semaines d’assistance pour un maximum de 15 500 $. Contrairement au plan conservateur, les libéraux donneraient dès 2023 le choix aux travailleurs indépendants et aux artistes de contribuer d’avance à la caisse, ou de la rembourser s’ils y ont recours. Le fédéral couvrirait la contribution réservée aux employeurs, sauf pour les plateformes numériques qui, elles, devront contribuer à la caisse.

Une « assurance carrière » prévoit aussi une indemnisation pour les travailleurs qui ont perdu un emploi qu’ils ont occupé pendant au moins cinq ans, à la hauteur de 20 % de leur salaire la première année et de 10 % pour la seconde.

Les libéraux soulignent à grands traits leur promesse de faciliter l’accès à la propriété pour les moins de 40 ans, notamment en créant un nouveau compte d’épargne libre d’impôt.

Santé et sécurité

Un gouvernement libéral établirait non seulement de nouvelles normes nationales pour les soins de longue durée, mais aussi pour les soins en santé mentale. Il promet de créer un transfert en santé mentale de 4,5 milliards de dollars. Même si les systèmes de santé sont de compétence provinciale, les libéraux souhaitent y recruter 7500 nouveaux médecins et infirmières et 50 000 préposés aux bénéficiaires, au salaire de 25 dollars de l’heure. L’éducation n’est pas en reste : un gouvernement libéral investirait 100 millions pour améliorer la ventilation dans les écoles.

Un gouvernement libéral promet de « renforcer les pouvoirs fédéraux » pour sanctionner, en coupant leurs transferts, les provinces qui autorisent la privatisation des soins de santé. Cela a déjà été fait dans le passé, et le parti n’a pas précisé, mercredi, ce qui changerait en vertu de ce pouvoir renforcé. La place du privé en santé a été un angle d’attaque des libéraux envers les conservateurs plus tôt dans la campagne.

Les provinces qui ne respectent pas les normes fédérales en matière d’accès à l’avortement seraient aussi menacées de perdre leurs transferts. « Malheureusement, nous avons vu certains politiciens conservateurs rendre plus difficile l’accès aux femmes plus vulnérables qui ne peuvent voyager de longues distances pour avoir les services dont elles ont besoin », a attaqué Justin Trudeau. Un gouvernement libéral réélu couvrirait par ailleurs les frais de fécondation in vitro pour une mère porteuse.

En plus de promettre un milliard de dollars aux provinces qui mettent sur pied leur système de preuve vaccinale, les libéraux déposeraient un projet de loi pour mettre à l’abri de poursuites judiciaires les entreprises qui décideraient de l’exiger.

Le PLC souhaite resserrer encore davantage la possession d’armes d’assaut. L’entreposage serait désormais interdit et les propriétaires seraient obligés de revendre ces armes au fédéral ou de les rendre inutilisables. Les libéraux aideraient en outre les provinces qui le souhaitent à interdire les armes de poing sur tout leur territoire, plutôt que de laisser ce soin aux municipalités. Cela coûterait un milliard de dollars.

Immigration et main-d’œuvre

Pour combler la pénurie de main-d’œuvre au pays, Justin Trudeau privilégie l’immigration. Le processus de demande de résidence permanente deviendrait gratuit, les délais seraient réduits et la venue de travailleurs étrangers temporaires et d’anciens étudiants étrangers serait facilitée.

Le PLC souhaite aussi accueillir 2000 réfugiés qualifiés pour remédier aux pénuries dans des secteurs prioritaires, dont celui de la santé. En outre, il augmenterait à 40 000 le nombre d’Afghans accueillis au Canada.

Les aînés sont aussi appelés à contribuer à régler la pénurie de main-d’œuvre. Un gouvernement libéral réélu créerait un nouveau crédit pour prolongation de carrière, qui permettrait aux Canadiens de 65 ans et plus de réduire leurs impôts d’un montant pouvant atteindre 1650 $.

En environnement, le PLC s’engage à limiter les émissions du secteur des combustibles fossiles et à créer un réseau de bornes pour voiture électrique. Critiqué pour son aide aux pétrolières, le Parti libéral promet maintenant d’éliminer tout financement public au secteur des combustibles fossiles dès 2023. Il propose un fonds de deux milliards affecté à la diversification économique des provinces pétrolières.

Aux artistes, le programme libéral promet de doubler les recettes de la vente de billets. Radio-Canada n’est pas en reste : 400 millions s’ajouteraient au 1,2 milliard de financement public du diffuseur, dans le but d’éliminer la publicité pendant les nouvelles et les émissions d’affaires publiques. Les projets de loi disparus lors de la dissolution de la Chambre seraient déposés de nouveau dans les 100 premiers jours d’un gouvernement libéral, tout comme une loi sur le partage des revenus des géants du Web.

Avec Marie Vastel



À voir en vidéo