Une opposition entre propositions et accusations

En mars 2020, la mairesse de Montréal s’était indigné que le gouvernement Trudeau laisse les voyageurs débarquer dans la métropole québécoise sans leur rappeler les consignes sanitaires.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne En mars 2020, la mairesse de Montréal s’était indigné que le gouvernement Trudeau laisse les voyageurs débarquer dans la métropole québécoise sans leur rappeler les consignes sanitaires.

Le Bloc croit qu’Ottawa a toujours réagi en retard, les conservateurs estiment ne pas avoir été assez écoutés et le NPD s’attribue les bons coups du fédéral. Après un an et demi en face d’un gouvernement libéral minoritaire aux poches profondes de centaines de milliards pour la pandémie, les partis d’opposition à la Chambre des communes témoignent d’une bonne collaboration initiale, brisée à l’été 2020 pour des considérations partisanes.

Le 16 mars 2020, des journalistes s’activent à l’aéroport Montréal-Trudeau sans masque, comme c’est alors la coutume. La pandémie a été officialisée depuis trois jours, les étrangers sans liens avec le pays ont été interdits d’entrée deux jours plus tôt et 11 cas de COVID-19 ont été déclarés la veille à Montréal. La quarantaine n’était alors qu’une suggestion. La mairesse Valérie Plante s’indigne que le gouvernement Trudeau laisse les passagers débarquer dans la métropole québécoise sans leur rappeler les consignes sanitaires. Elle affecte certains de ses propres employés à la tâche.

L’intervention a été le déclic pour le Bloc québécois. « Quand j’ai vu Valérie Plante, la mairesse, décider d’intervenir à l’aéroport international de Dorval… C’est quand même fort de café », se rappelle Alain Therrien, leader parlementaire du second parti fédéral au Québec. « C’était un gouvernement qui était beaucoup plus en réaction, beaucoup plus qu’en action. Et en réaction tardive. Il a fallu que tout le monde le convainque d’agir », résume le député de La Prairie.

« C’était clair depuis le début : il fallait fermer la frontière de façon rigoureuse », dit le député conservateur Pierre Paul-Hus. Durant le printemps 2020, son parti a exigé la levée des vols en provenance de la Chine, comme cela a été fait aux États-Unis sous Trump, mais qui ne s’est jamais réalisé au Canada. Beaucoup plus tard, Ottawa a accepté de bannir les vols de l’Inde et du Pakistan à cause de la prévalence des variants du virus dans ces pays. « Il y avait un double discours du gouvernement. C’était tout le temps : “On prend les meilleures mesures, tout est efficace.” De l’autre côté, quand on vérifiait sur le terrain, c’était n’importe quoi. C’était la frustration de l’opposition », résume l’élu de la Ville de Québec.

Selon des députés des partis d’opposition à Ottawa consultés par Le Devoir, la collaboration avec le gouvernement a connu deux phases. Une première, au printemps 2020, où il y a eu un effort commun pour trouver des solutions à la pandémie de COVID-19 ; puis une seconde, après l’été 2020, ponctuée par de la partisanerie improductive.

Des gains grâce à l’opposition

Les élus ont l’habitude de répondre aux préoccupations des électeurs de leur circonscription. Or, durant les premiers mois de la pandémie, cette tâche a pris des proportions jamais vues de mémoire de parlementaires. « Ça prend beaucoup de temps. Tu deviens presque un bureau de Services Canada », témoigne le député néodémocrate de Rosemont, Alexandre Boulerice. Ottawa a ainsi mis en place des réunions quotidiennes avec les responsables de la santé publique et des hauts fonctionnaires, auxquelles pouvaient assister les députés et les sénateurs, afin de les informer des derniers développements et de répondre à leurs questions.

Il y a de bonnes choses qui ont été faites, mais c’est parce qu’ils [les libéraux] ont dû négocier avec des partis d’opposition

 

Le gouvernement libéral minoritaire était alors plus ouvert aux suggestions de l’opposition, surtout du Bloc et du NPD. Les leaders parlementaires de ces partis parlaient tous les jours avec leur homologue au gouvernement. Le Bloc affirme d’ailleurs que c’est lui qui a convaincu les libéraux d’élargir l’admissibilité de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) même à ceux qui continuaient de percevoir de petits revenus et de bonifier la subvention salariale aux entreprises de 10 % à 75 %. « On s’est assis, on a proposé des choses, on a collaboré avec ce gouvernement-là, toujours sans partisanerie […] Je vais être honnête, ce gouvernement a été très réceptif », raconte Alain Therrien, qui est économiste de métier.

Le Bloc n’est pas seul à s’attribuer les succès des prestations fédérales. Ces dernières auraient été moins généreuses sans le NPD, soutient Alexandre Boulerice, du fait que le gouvernement minoritaire devait marchander l’accord de son parti. « On a fait monter la PCU de 1000 à 2000 $ par mois, on l’a rendue accessible aux travailleurs autonomes et aux pigistes. [Initialement,] les étudiants, même chose, n’y avaient pas accès. Il y a de bonnes choses qui ont été faites, mais c’est parce qu’ils [les libéraux] ont dû négocier avec des partis d’opposition. » Le NPD soutient que c’est en fait lui qui a décroché la bonification de la subvention salariale, alors que les libéraux assurent que cela a été fait de leur propre initiative, après consultation avec l’industrie.

Au printemps et au début de l’été 2020, les ministres étaient plus accessibles aux élus de l’opposition qu’à l’habitude, disposés à recueillir leurs bonnes idées et rapides à répondre aux courriels. « Ça faisait un peu “Team Canada” », se souvient le député de Rosemont. La bonne entente fut toutefois de courte durée, disent les partis d’opposition.

Du sable dans l’engrenage

Les critiques envers le gouvernement Trudeau ont pris de l’ampleur dans l’entre-deux-vagues de COVID-19, à l’été 2020. Le gouvernement a échoué à instaurer une bourse de bénévolat étudiant en partenariat avec l’organisme proche des libéraux WE Charity (UNIS, en français), ce qui a fini par coûter la tête du ministre des Finances, Bill Morneau, plus tard blâmé par une enquête d’éthique qui a toutefois épargné le premier ministre Trudeau.

En parallèle, le Bloc considère à ce moment que les libéraux ont renié leur promesse de restreindre la PCU offerte aux étudiants, de sorte qu’ils soient encouragés à travailler l’été, lorsque les entreprises avaient besoin de cette main-d’œuvre. Le parti indépendantiste s’indigne aussi du fait que les quatre autres partis politiques à Ottawa aient pu encaisser des sommes de la subvention salariale d’urgence.

Pour le NPD, ce sont les grandes entreprises comme Air Canada qui ont abusé de cette aide, pour l’avoir en partie refilée à leurs dirigeants sous forme de primes.

Du côté des conservateurs, on se scandalise aussi de la tentative ratée de faire fabriquer au Canada un candidat vaccin de la compagnie chinoise CanSino. « C’est une tache sur le gouvernement Trudeau », affirme le député Pierre Paul-Hus, dont le parti promet une enquête indépendante sur toutes les dépenses d’urgence faites pendant la pandémie, pour déterminer s’il y a eu du copinage ou du gaspillage.

« Il y a sûrement des squelettes dans le placard. Il y a énormément de contrats qui demeurent secrets, encore aujourd’hui […] L’urgence a été un prétexte à beaucoup de contrats qui sont très discutables. Il y a des choses qui étaient bien, c’est correct, on ne dit pas que l’ensemble de l’œuvre était une fraude. Mais il y a des éléments qui sont très discutables. »



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