Annamie Paul blâme les médias d’avoir cru sa députée passée au PLC

L’aile québécoise du Parti vert du Canada tient la cheffe Annamie Paul pour personnellement responsable du départ de la députée Jenica Atwin, considéré comme un échec, et a demandé sa démission.
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne L’aile québécoise du Parti vert du Canada tient la cheffe Annamie Paul pour personnellement responsable du départ de la députée Jenica Atwin, considéré comme un échec, et a demandé sa démission.

La cheffe du Parti vert du Canada, Annamie Paul, a critiqué jeudi les médias pour avoir été trop tendres envers sa députée passée chez les libéraux, Jenica Atwin, tout en réitérant que la crise de leadership que traverse son parti est causée par le premier ministre Justin Trudeau.

« Je veux demander à la presse pourquoi on me demande constamment si je crois que nos députés sont antisémites. S’il y a eu un conflit [au sujet de la crise] israélo-palestinienne entre moi et Mme Atwin, quand il n’y a aucune preuve que moi et elle [avons déjà] eu une conversation sur ce sujet », a lancé Annamie Paul en conférence de presse jeudi.

La veille, la cheffe du Parti vert a coupé court aux questions des journalistes après un long discours blâmant le premier ministre Trudeau d’avoir recruté dans ses rangs la députée verte Jenica Atwin, le 10 juin, un geste qualifié de « cynique » et de « lâche ». Différents médias ont rapporté que la bisbille a pour origine des accusations d’antisémitisme d’un proche conseiller de la cheffe envers Mme Atwin, ce qu’une source bien au fait du dossier a confirmé au Devoir. En mai, la députée de Fredericton avait appelé l’État d’Israël à mettre fin à « l’apartheid » contre les Palestiniens.

Alors qu’elle quittait sa conférence de presse de mercredi, Annamie Paul s’en est prise à un journaliste qui lui demandait si elle croyait, elle aussi, que les propos de son ancienne députée étaient antisémites. « Votre ton, encore une fois, c’est exactement le même ton… » a-t-elle laissé tomber, sans terminer sa pensée. Tout juste avant, elle avait qualifié de « raciste et sexiste » la fronde « d’une minorité de conseillers » menée contre elle au sein de son parti. Ces conseillers ont tenté, sans succès, de forcer un vote de confiance envers la cheffe en poste depuis octobre 2020.

Aux médias, Mme Paul a suggéré jeudi de remettre en question l’ensemble de ce qui a été rapporté autour du départ de Jenica Atwin. « Je veux vous demander pourquoi elle mérite que sa parole soit la vérité, et que l’histoire qu’elle offre, son discours, soit correcte et pas la mienne », a-t-elle demandé. De son avis, un examen de la chronologie du départ de Jenica Atwin permettrait de mieux comprendre le plan de Justin Trudeau « d’écarter de la politique des femmes fortes et compétentes qui cherchent à servir le Canada », comme elle.

La crise en six temps

4 octobre 2020 :Annamie Paul, avocate spécialisée en droit international noire et juive, est élue à la tête de son parti pour remplacer Elizabeth May. Mme Paul a fait campagne au centre, l’emportant sur son adversaire beaucoup plus à gauche, le Montréalais Dimitri Lascaris, qualifié d’« écosocialiste ». Le parti compte alors trois députés, dont seulement une à l’extérieur de la Colombie-Britannique : Jenica Atwin.

11 mai 2021 : Des heurts violents entre Israéliens et Palestiniens dégénèrent en affrontements militaires et font la manchette à l’international. La députée verte Jenica Atwin tweete : « Les évictions forcées doivent cesser ! J’appuie la Palestine et je condamne les raids aériens impensables sur Gaza. Fin à l’apartheid ! » Ce message a depuis été supprimé.

14 mai 2021 : Dans une publication sur Facebook, un proche conseiller d’Annamie Paul, Noah Zatzman, critique différents politiciens pour avoir tenu des propos antisémites, comme Jagmeet Singh, du NPD, ainsi que « malheureusement des députés verts », sans les nommer. Cela provoque une onde de choc parmi les élus du parti, tous trois sensibles à la cause palestinienne. Dans les coulisses, le caucus demande à la cheffe de rabrouer son conseiller. Le contrat de M. Zatzman a finalement été résilié par le comité exécutif du parti.

Semaine du 24 mai 2021 : Le ministre libéral Dominic LeBlanc, originaire du Nouveau-Brunswick, parle pour la première fois à Jenica Atwin pour lui proposer de « travailler en collaboration », a-t-il précisé lors d’une conférence de presse sur la COVID-19 mardi. Mme Atwin a spécifié au site Web iPolitics que ce sont les libéraux qui l’ont approchée.

10 juin 2021 : La députée de Fredericton, Jenica Atwin, quitte le Parti vert du Canada et se joint au Parti libéral du Canada. L’aile québécoise du Parti vert du Canada tient la cheffe pour personnellement responsable de cet échec et demande sa démission. Quelques jours plus tard, Jenica Atwin tempère ses propos sur la Palestine, écrivant dans une déclaration que « les Israéliens souffrent également » et qu’elle « regrette [son] choix de mots ».

15 juin 2021 : Annamie Paul participe à une réunion d’urgence de la direction du parti pour faire face à une motion de censure, première étape d’un long processus qui aurait pu aboutir à un vote des militants sur son sort. Il en est finalement ressorti une motion qui demande à la cheffe de se dissocier des « attaques » de son ancien proche conseiller. Cela n’a pas été fait lors de deux points de presse, les 16 et 17 juin.

Avec La Presse canadienne

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