Pornhub visé par une enquête fédérale

Selon les alléguations, la compagnie mettrait régulièrement en ligne de la pornographie juvénile et des vidéos d’agressions sexuelles, ainsi que du contenu enregistré ou publié sans le consentement des sujets.
Photo: Archives La Presse canadienne Selon les alléguations, la compagnie mettrait régulièrement en ligne de la pornographie juvénile et des vidéos d’agressions sexuelles, ainsi que du contenu enregistré ou publié sans le consentement des sujets.

Un organisme fédéral de surveillance dit enquêter sur Pornhub au sujet de possibles violations de la vie privée liées à du contenu relevant de l’exploitation, tandis que l’utilisation non consensuelle d’images dans le monde numérique suscite des préoccupations grandissantes.

En comité parlementaire lundi, le commissaire à la protection de la vie privée, Daniel Therrien, a indiqué que son bureau enquête sur le site pornographique ainsi que sur sa société mère montréalaise, MindGeek, à la suite de témoignages de femmes accusant Pornhub d’avoir ignoré leurs demandes de suppression de vidéos.

Plus d’une centaine de victimes et de nombreux législateurs ont également appelé à une enquête criminelle sur MindGeek, alléguant que la compagnie met régulièrement en ligne de la pornographie juvénile et des vidéos d’agressions sexuelles, ainsi que du contenu enregistré ou publié sans le consentement des sujets.

MindGeek a nié toutes les accusations d’actes répréhensibles, affirmant être un leader mondial dans la prévention de la distribution de vidéos et d’images liées à l’exploitation sexuelle et n’avoir aucune tolérance pour le contenu non consensuel ou lié à des sévices sexuels contre des enfants. « MindGeek coopère entièrement avec le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada. Étant donné que l’enquête est en cours, nous ne sommes pas en mesure de faire d’autres commentaires », peut-on lire dans une déclaration de l’entreprise transmise par courriel.

En réponse à des questions du député néo-démocrate Charlie Angus, M. Therrien a expliqué que le consentement est requis pour divulguer des renseignements personnels en vertu de la loi fédérale et que, même s’il est accordé, les entreprises ne peuvent pas récolter, utiliser ou dévoiler ces informations si cela peut être jugé inapproprié par une « personne raisonnable ».

Projet de loi C-11

Lundi, M. Therrien a plaidé que le projet de loi C-11, qui se trouve actuellement en deuxième lecture, doit aller bien plus loin pour protéger la vie privée et réduire les risques associés à ce genre de technologie. Une réglementation inadéquate affecte aussi la capacité d’exercer d’autres droits tels que la liberté d’expression et d’association, l’égalité et la démocratie, a-t-il fait valoir auprès des députés.

« Je pense que des amendements très, très importants devraient être apportés au projet de loi C-11 pour protéger adéquatement la vie privée. » M. Therrien a prévenu que la mesure législative — qui stipule qu’un équilibre doit être établi entre la protection de la vie privée et des considérations commerciales — pourrait dans les faits favoriser ces dernières, contrairement à l’actuelle Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques, vieille de deux décennies.

« Je vous exhorte à indiquer clairement dans le projet de loi C-11 qu’en cas de conflit entre des objectifs commerciaux et la protection de la vie privée, le droit à la vie privée des Canadiens devrait prévaloir. »

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