Ottawa veut accélérer l’examen des demandes d’immigration

Selon l'équipe de Marco Mendicino, le ministre de l’Immigration, ce nouveau système fera partie d’un changement plus large vers de nouvelles plateformes numériques pour l’ensemble du ministère et du gouvernement.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Selon l'équipe de Marco Mendicino, le ministre de l’Immigration, ce nouveau système fera partie d’un changement plus large vers de nouvelles plateformes numériques pour l’ensemble du ministère et du gouvernement.

Le gouvernement fédéral veut créer une nouvelle plateforme numérique pour l’aider à traiter plus rapidement les demandes d’immigration. La pandémie actuelle a souligné la nécessité de passer à un nouveau système.

Dans le budget 2021 présenté récemment, il prévoit dépenser près de 429 millions $ au cours des cinq prochaines années pour mettre en place cette plateforme qui remplacera progressivement le système de gestion actuellement en place.

Un porte-parole de Marco Mendicino, le ministre de l’Immigration, dit que ce nouveau système fera partie d’un changement plus large vers de nouvelles plateformes numériques pour l’ensemble du ministère et du gouvernement.

« [Cette nouvelle] plateforme garantira que notre système d’immigration peut traiter efficacement le nombre croissant de demandes, avance Alexander Cohen. Cela réduira l’utilisation des demandes par papier. Ce sera plus simple et plus facile pour les candidats. »

Selon un chercheur de l’Université de Calgary, Robert Falconer, le taux de traitement des demandes de résidence permanente a diminué au cours des six dernières années. L’analyse des données gouvernementales indique que le nombre de demandes de résidence permanente reçues était 34 pour cent plus élevé que le nombre de demandes examinées, l’année dernière.

M. Falconer souligne que ce chiffre s’élevait à 21 % en 2019.

M. Cohen signale que le nombre de demandes avait considérablement augmenté au cours des dernières années.

« Il y a plus de demandes que jamais auparavant. Nous allons traiter autant de demandes qu’il y a de places pour le plan [d’immigration]. »
Le ministère a lancé un portail qui permet à certains candidats à la résidence permanente de postuler numériquement, ajoute M. Cohen. Ce portail s’étendra éventuellement à tous les programmes de résidence permanente, mais en attendant, il est maintenant disponible pour une sélection aléatoire de candidats dans sept programmes.

M. Falconer rappelle qu’il existe environ 120 programmes d’immigration au Canada et que près de la moitié d’entre eux exigent des candidats de remplir des demandes sur papier.

Améliorer l'intégration entre le fédéral et les provinces

Les restrictions dues à la COVID-19 ont sans doute compliqué la tâche des agents d’immigration pour traiter les demandes rédigées sur des formulaires en papier, avance-t-il.

M. Falconer indique que le gouvernement a récemment créé plusieurs nouveaux programmes dans la catégorie de l’immigration économique, dont un permettant aux résidants de Hong Kong de venir s’installer au Canada et un autre afin de permettre à tous les résidants temporaires, y compris les étudiants internationaux, de demander le statut de résidence permanente.

« Utiliser l’immigration économique comme fourre-tout, alors qu’il y a déjà beaucoup de candidats sur papier peut créer beaucoup plus de stress, de confusion et de complexité pour les agents d’immigration, juge-t-il. Chaque nouvelle politique publique aura des exigences spécifiques. Plus nous avons d’exigences, plus lents sera le traitement de chaque demande. »

M. Falconer recommande d’améliorer en priorité l’intégration entre le système fédéral d’immigration et les provinces.

« Les 10 provinces ont chacune leur propre processus de demande. Par exemple, le système en Alberta ne reposait que sur le papier. Mais depuis deux ans, elle a décidé de l’intégrer à celui du gouvernement fédéral. »

Selon lui, près de la moitié de tous les immigrants arrivant au pays dans le cadre des programmes de la catégorie économique passent par les programmes provinciaux.

« Le problème le plus important est l’alignement des gouvernements provincial et fédéral sur la question de l’immigration », soutient-il.

Andrew Griffith, un ancien directeur de la citoyenneté et du multiculturalisme au ministère de l’Immigration, dit qu’il avait tenté de simplifier le processus en permettant une plus grande transmission de documents en ligne.

« Ces changements ne sont pas si faciles à mettre en œuvre du jour au lendemain », souligne-t-il.

Cette technologie analyse les données et reconnaît les modèles dans les applications pour aider à identifier les cas courants et complexes.

Griffith croit que la promesse du gouvernement fédéral de dépenser près d’un demi-milliard de dollars pour mettre en place un nouveau système de traitement des demandes d’immigration sera intéressante à surveiller, car la mise en œuvre de grands projets informatiques présente des défis pour le gouvernement.

Le ministère devrait trouver des moyens de se débarrasser de tout double emploi et chevauchement qui pourraient exister dans le système d’immigration actuel, dit-il.

« Avons-nous besoin de toutes ces étapes ? Est-ce que certaines de ces étapes peuvent être automatisées ? Pouvons-nous utiliser [l’intelligence artificielle] pour prendre des décisions ? »

M. Cohen répond que le ministère de l’Immigration avait lancé en 2018 deux projets pilotes visant à utiliser l’analyse informatique pour aider les agents d’immigration à trier certaines demandes de visa en ligne.

« Cette technologie analyse les données et reconnaît les modèles dans les applications pour aider à identifier les cas courants et complexes, dit-il. L’objectif est d’aider les agents à identifier les demandes qui sont courantes et simples pour un traitement approfondi, mais plus rapide, et à trier les dossiers qui sont plus complexes pour un examen plus approfondi. »

Toutes les décisions sont prises par un agent des visas dans tous les cas et que les outils d’intelligence artificielle du ministère ne sont pas utilisés pour rendre des décisions, assure M. Cohen.

« Nous cherchons toujours à tirer parti de la technologie pour améliorer le processus pour les Canadiens et ceux qui souhaitent venir ici. »

Cette dépêche a été produite avec l’aide financière des Bourses de Facebook et de La Presse canadienne pour les Nouvelles.

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