Le «pari» à 100 milliards sous la loupe du directeur parlementaire du budget

101,4 milliards de dollars devraient être dépensés sur trois ans pour relancer l’économie, détaille le budget fédéral déposé lundi, le tout premier signé par la ministre des Finances Chrystia Freeland.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne 101,4 milliards de dollars devraient être dépensés sur trois ans pour relancer l’économie, détaille le budget fédéral déposé lundi, le tout premier signé par la ministre des Finances Chrystia Freeland.

La question à 100 milliards de dollars : le Canada a-t-il vraiment besoin d’un si gros plan de relance ? L’économie aurait pu s’en tirer sans, selon le directeur parlementaire du budget (DPB), qui étudiera si le « pari » que fait le gouvernement Trudeau en vaut la chandelle.

L’ampleur du montant a retenu l’attention et est soulignée par les critiques : 101,4 milliards de dollars devraient être dépensés sur trois ans pour relancer l’économie, détaille le budget fédéral déposé lundi, le tout premier signé par la ministre des Finances Chrystia Freeland.

« Ce n’est pas juste pour nos enfants, les dettes énormes à venir. On va voir l’inflation dans le futur, et c’est un risque pour notre économie », a critiqué le chef de l’opposition, Erin O’Toole, mardi. Il aurait préféré voir dans le budget un plan de retour à l’équilibre budgétaire « sans augmentation des taxes et des impôts ».

M. O’Toole s’est toutefois bien gardé de chiffrer le montant qu’aurait investi un gouvernement conservateur dans la relance. Il a d’ailleurs souligné que d’autres sommes manquaient au budget, comme des montants de transferts aux provinces pour les dépenses en santé. « En anglais, le chef de l’opposition dit qu’on a trop dépensé pour les Canadiens, et en français, il dit qu’on devrait dépenser plus », lui a rétorqué le premier ministre Justin Trudeau en Chambre.

Nécessaire ?

Le montant proposé de 101,4 milliards est-il vraiment disproportionné par rapport à ce que dicte le besoin de relance après la COVID-19 ? Si l’objectif n’est que de revenir à la situation d’avant la pandémie, un tel investissement n’était pas nécessaire, confirme le DPB, Yves Giroux. Il parle d’un « choix politique » destiné à devancer ce retour à la normale et d’effectuer des changements structurels à l’économie.

« Si les investissements et les dépenses du gouvernement génèrent une activité économique plus élevée, il y a peut-être des avantages plus élevés que les coûts d’emprunts. Et le gouvernement parie là-dessus. »

Selon des projections incluses dans le budget de quelque 840 pages, un retour au niveau d’emploi d’avant la pandémie serait survenu quoi qu’il arrive vers la fin de 2021. Avec le coûteux plan de relance, le gouvernement espère devancer ce retour à la normale dès cet été, puis améliorer durablement la croissance au pays. Est-ce crédible ? « De prime abord, ça semble être une évaluation optimiste des effets des dépenses gouvernementales sur l’emploi et l’économie », estime Yves Giroux, dont l’équipe s’attelle actuellement à la tâche de déterminer de manière non partisane si les données avancées dans le budget sont « solides ».

Pas excessif

« 100 milliards de stimulus sur trois ans, ce n’est pas un montant excessif dans le contexte que nous venons de vivre », estime pour sa part Kevin Page, ancien DPB. Si les investissements arrivent à corriger les lacunes du marché du travail prépandémie, comme le taux d’emploi des femmes, alors l’emprunt en vaudrait le coup. Le risque est de provoquer une surchauffe de l’économie, ce qui pourrait provoquer une hausse des prix. « C’est une sorte d’expérience », résume M. Page.

Puisque les mesures du budget doivent être traduites en textes de loi et adoptées par le Parlement, elles pourraient encore être modifiées par des amendements que les oppositions proposeront dès cette semaine.

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