Les délégués frustrés du peu de résolutions débattues au congrès du NPD

Le congrès du NPD se poursuit pour une deuxième journée, samedi.
Photo: Fred Chartrand Archives La Presse canadienne Le congrès du NPD se poursuit pour une deuxième journée, samedi.

Les débats au congrès du Nouveau Parti démocratique (NPD) ont été houleux, samedi, non pas sur le fond, mais sur la forme. Des délégués ont même voulu reporter le congrès, citant des problèmes d’inaccessibilité et l’alternance hommes-femmes qui n’était pas respectée.

Résultat : les délégués ont à peine eu le temps de débattre de deux résolutions par section, lors de la deuxième journée du congrès politique. Le parti espérait en débattre de trois à cinq par section.

Le plus clair des 40 minutes consacrées dans la section sur les enjeux internationaux a été passé à exprimer la solidarité du NPD avec les agriculteurs indiens en grève.

Les délégués en ont profité pour proférer des insultes au gouvernement de Narendra Modi et ont vanté le fait que même la chanteuse américaine Rihanna s’est positionnée du côté des agriculteurs.

À peine cinq minutes ont été consacrées à une résolution appelant la suspension du commerce des armes avec l’État d’Israël « jusqu’à ce que les droits des Palestiniens soient respectés ». Un délégué a tenté de rallonger la période de débats sur cet enjeu épineux — demande qui lui a été refusée.

« S’il vous plaît, ne réduisez pas les Palestiniens au silence ! » avait plaidé un peu plus tôt un autre délégué, lors d’un point d’ordre, voyant le temps filer pour discuter de l’enjeu.

Plus tôt en journée, même des résolutions consensuelles n’arrivaient pas à se frayer un chemin à travers les discussions de procédure.

Entre l’amélioration des soins de longue durée et les congés de maladie payés, deux priorités phares pour le NPD, le plus clair du temps a été passé à contester la présidence sur le déroulement de la séance entièrement virtuelle et la durée des temps de parole.

« Je suis extrêmement déçu, a fini par lâcher un des délégués, visiblement frustré par le déroulement du congrès au coprésident Jérémy Boulanger-Bonnelly. Tout ceci ne fonctionne pas. »

Une autre déléguée, Dorian Pearce, a soutenu que le congrès était un « échec total », citant les problèmes de traduction et les mauvaises résolutions soumises au plancher.

Elle était l’une des personnes à demander à ce que l’événement soit reporté « parce que le parti est clairement incapable et trop incompétent » pour mener un tel exercice.

Une personne se définissant comme bispirituelle et non binaire a même déposé une motion en ce sens, sous prétexte que la parité des genres n’était pas respectée dans les interventions et que le congrès n’était pas suffisamment accessible à tous.

La motion a été jugée non recevable et le congrès s’est poursuivi comme prévu.

À un moment, l’un des animateurs du congrès, Mathieu Vick, a même délaissé son sourire habituel pour tenter de calmer le jeu.

« Je sais que vous êtes nombreux, à la maison, à être frustrés. Je le suis aussi. […] Mais tout ceci est nouveau. Chaque aspect de cette convention est nouveau, il n’y a pas de marche à suivre et on apprend au fur et à mesure », a-t-il dit.

Le congrès du NPD a également révélé certaines divisions entre la base traditionnelle syndicaliste du parti et tous ceux qui veulent pousser le parti encore plus à gauche.

Lors d’un débat portant sur la relance économique verte, la déléguée Emma Norton a proposé un amendement qui aurait eu pour effet de s’opposer à tous les projets d’énergies fossiles et tous les projets qui violent les droits et la souveraineté des terres des peuples autochtones.

« Nous ne pouvons pas laisser les libéraux et les Verts nous voler le narratif de l’économie verte. Les libéraux en parlent, et puis vont construire le pipeline TransMountain. Nous ne pouvons pas être aussi hypocrites », a-t-elle plaidé.

« Je pense que nous devons faire attention parce que l’amendement, tel que proposé, causerait de graves problèmes pour nos amis tant en Colombie-Britannique qu’en Alberta », a répliqué Andrew Mackenzie, des TUAC Canada.

L’amendement a été rejeté par une majorité des membres.

La veille, Barry Weisleder, qui s’affiche comme faisant partie du caucus socialiste du NPD, a réussi son pari en faisant haussant le salaire minimum demandé par le NPD à 20 $ de l’heure. Au final, près de 80 % des délégués ont voté pour cette résolution qui devait initialement revendiquer 15 $ de l’heure.

Le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, seul néodémocrate à la tête d’un gouvernement au pays, a fouetté les troupes plus tôt en journée. Il a aussi semblé lancer un message aux militants qui s’entredéchiraient sur des enjeux et des questions de procédure.

« Il n’y a pas de place dans nos cœurs pour de la division entre les régions, il n’y a pas de place pour la haine et le racisme que nous avons vu comme résultat de la COVID-19. C’est maintenant le temps de s’unir comme néodémocrates pour dire, d’une seule voix, que nous devons élire Jagmeet Singh », a-t-il dit.

Le congrès du NPD se poursuivra dimanche avec le discours de clôture de M. Singh.

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