Que des candidats anglophones à la présidence du NPD

Plusieurs militants québécois du NPD y voient un recul du bilinguisme au sein du parti autrefois dirigé par Jack Layton et Thomas Mulcair.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Plusieurs militants québécois du NPD y voient un recul du bilinguisme au sein du parti autrefois dirigé par Jack Layton et Thomas Mulcair.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) de la vague orange, qui avait remporté les trois quarts des sièges au Québec il y a dix ans, élira en fin de semaine un nouveau président anglophone à sa tête. Les deux candidats dans cette course ne parlent pas le français. Ce qui dérange plusieurs militants québécois, qui y voient un recul du bilinguisme au sein du parti de Jack Layton et Thomas Mulcair.

Réunis en congrès virtuel, les néodémocrates éliront leur conseil administratif dimanche matin. Dans le lot des postes à pourvoir, celui de président du Nouveau Parti démocratique qui est brigué par Jessa McLean et Dhananjai Kohli — deux anglophones de Toronto.

Les jeunes néodémocrates du Québec (JNDQ) ont appuyé la candidature de Mme McLean jeudi. Ce qui n’a pas tardé à faire réagir. « Les JNDQ appuient une candidate qui ne parle pas français », a déploré sur Facebook Steve Moran, un ancien adjoint haut placé au NPD et un militant de longue date de la formation. Une réaction qui a été suivie d’une centaine de commentaires.

« C’est un grave problème à mon avis », a observé Karl Bélanger. « Ça démontre le recul de l’appui envers le bilinguisme au NPD », a regretté cet ancien bras droit de Jack Layton et de Thomas Mulcair, aujourd’hui commentateur politique.

L’ancienne députée Élaine Michaud — elle-même élue lors de la vague orange de 2011 — s’est montrée tout aussi déçue. « Si le parti va appuyer un groupe de candidats au congrès, il pourrait au moins faire l’effort de s’assurer que le candidat à la présidence est bilingue », a-t-elle déploré en anglais sur Facebook.

M. Kohli brigue la présidence du NPD avec l’ancienne députée Rosane Doré Lefebvre comme colistière à la vice-présidence. La Constitution du parti prévoit que l’élection d’un président anglophone doit être accompagnée de celle d’un vice-président francophone, ou inversement. Le chef Jagmeet Singh s’en est remis à cette règle pour plaider qu’elle démontre que le parti « appuie la francophonie ».

Mais outre de 2016 à 2018, la présidence du NPD avait auparavant été occupée par une personne bilingue depuis 2009. « C’est ce qu’on avait jusqu’à tout récemment. Je trouve ça dommage qu’on revienne en arrière maintenant », a déploré Mme Michaud en entrevue.

Un recul démotivant

Le duo formé de M. Kohli et de Rosane Doré-Lefebvre a reçu l’appui de nombreux députés (notamment celui d’Alexandre Boulerice) et de membres influents du NPD. M. Kohli est trilingue. Il parle anglais, hindi et panjabi. Il comprend le français — sa conjointe est francophone — mais ne le parle pas.

Mme Doré Lefebvre assure que M. Kohli est néanmoins très sensible au fait français et que ses valeurs peuvent avoir tout autant de portée. « C’est ça qui est important », défend-elle, en notant que toutes les publications de l’équipe qu’elle forme avec M. Kohli sont bilingues.

Les sites Web de M. Kohli et de Mme McLean sont en effet dans les deux langues officielles, mais les publications en français y sont d’une qualité moyenne.

Bien qu’Élaine Michaud regrette les deux candidatures anglophones, elle reconnaît que le chef néodémocrate défend la francophonie et la place du Québec au sein de son parti. « Mais j’aimerais voir ça reflété dans nos structures internes », résume-t-elle.

Pour la base militante, l’absence de candidature bilingue à la tête du parti « pourrait avoir un effet démotivant », s’inquiète-t-elle.

Des quelque 450 résolutions présentées par les militants néodémocrates en vue du congrès, 140 ont été priorisées par les membres. De ce lot, seule une trentaine risque d’avoir le temps d’être débattue et votée lors des débats virtuels.

Les propositions les plus controversées ont ainsi été écartées des débats. Les néodémocrates ne se prononceront pas sur la possibilité d’abolir graduellement l’armée, de déboulonner les statues de l’ancien premier ministre John A. Macdonald, ou de s’opposer officiellement à la loi 21 du Québec sur le port de signes religieux.

Les néodémocrates discuteront en revanche de la possibilité de réinsérer le mot « socialisme » dans les statuts de leur parti — un mot lourd de sens qui avait été retiré sous le règne de Thomas Mulcair. M. Singh s’est pour sa part dit « fier d’être un démocrate-socialiste » vendredi.

Les militants débattront en outre de la décriminalisation de la possession simple de toutes les drogues ou du travail du sexe, de la création d’un revenu minimum garanti, d’un salaire minimum à 15 $ ou de congés payés pour tous, ainsi que de l’augmentation substantielle de l’impôt payé par les millionnaires.

Le milieu de la santé ne sera pas en reste, puisque l’une des résolutions propose comme Jagmeet Singh d’imposer des normes nationales dans les résidences de soins de longue durée.

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