L’organisme UNIS est victime de la partisanerie, dénoncent les frères Kielburger

Marc et Craig Kielburger avaient témoigné de manière virtuelle devant le Comité permanent des finances, en juillet dernier.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Marc et Craig Kielburger avaient témoigné de manière virtuelle devant le Comité permanent des finances, en juillet dernier.

Tous les partis fédéraux ont contribué à ruiner l’organisme de charité UNIS par leur partisanerie et leur « procès d’opinion publique », ont accusé les cofondateurs Craig et Marc Kielburger lors de leur comparution virtuelle de près de 3 heures, par moment tendue et chaotique, devant un comité parlementaire, lundi.

Les frères philanthropes ontariens se sont aussi dits victimes de menaces après avoir été la cible de la partisanerie des élus fédéraux depuis leur première comparution devant un comité en juillet. Ils ont dénoncé le gouvernement Trudeau pour « avoir laissé une organisation de charité pour enfants encaisser le coût de leur décision politique », et l’opposition d’avoir notamment « demandé une enquête policière sur UNIS pour des raisons politiques ».

« Ça a été désastreux pour nos employés, avec les menaces de mort qui entraient au bureau. Sur une note personnelle, mon plus jeune n’a pas un an et a déjà reçu des menaces de mort dirigées contre lui. Des journalistes ont senti qu’ils pouvaient publier notre adresse dans leurs journaux. La police a dû venir plusieurs fois à la maison. Mon fils de trois ans et demi ne peut plus jouer dehors », a dit Craig Kielburger, selon qui l’acharnement d’élus canadiens envers son organisation a provoqué la fin de ses activités caritatives au Canada, en septembre.

La fratrie Kielburger a témoigné aux côtés de son avocat, à qui on a conféré le droit d’interrompre des questions pour des raisons légales, procédure inhabituelle pour un comité parlementaire. Les cofondateurs d’UNIS avaient d’abord refusé de témoigner, craignant que cela n’interfère avec des enquêtes en cours. L’avocat William McDowell n’est finalement pas intervenu tout au long de l’exercice, ponctué de problèmes de son et de traduction simultanée, de rappels à l’ordre de membres du comité et d’un général chaos.

Scandale politique

Craig et Marc Kielburger sont plongés dans un scandale politique depuis l’attribution d’un contrat de 43,5 millions de dollars sans appel d’offres pour l’administration d’un programme de bourses de bénévolat étudiant à leur organisme UNIS (We Charity, en anglais). S’il n’avait pas été annulé, le programme aurait coûté au plus 543 millions de dollars, selon le montant estimé par les fondateurs, lundi, et non 912 millions, comme cela a été évoqué par le gouvernement.

Le scandale a éclaté lorsque des médias ont révélé cet été que des membres de la famille Trudeau ont pris part à des événements organisés par UNIS dans le passé, dont le cachet et les frais pour des allocutions et conférences totalisent précisément 427 750,92 $, a-t-on appris lundi.

Le député du NPD Charlie Angus, qui a réclamé en février une enquête policière après le remplacement allégué d’une plaque au nom d’un ancien donateur d’UNIS sur une école du Kenya, est revenu à la charge durant le comité. Il a accusé les frères Kielburger d’avoir menti au sujet de ses communications avec le gouvernement et a dit qu’ils auraient dû s’inscrire au registre des lobbyistes. Les frères ont rétorqué ne pas avoir ni l’obligation ni la possibilité de s’inscrire comme lobbyistes puisqu’ils sont de simples bénévoles.

Le député conservateur Pierre Poilievre a également bombardé de questions les cofondateurs d’UNIS. Il a notamment retrouvé un message envoyé par Craig Kielburger sur le réseau social LinkedIn à un conseiller du premier ministre, Ben Chin, le remerciant « pour sa gentillesse et son aide à l’élaboration du dernier programme avec le gouvernement ». M. Kielburger n’a pas nié avoir envoyé le message, mais affirme que ce haut placé du gouvernement n’a joué aucun rôle dans l’attribution du contrat, et que le message personnalisé était destiné à augmenter son nombre d’abonnés sur le réseau social.

Le scandale UNIS a déjà coûté la tête de l’ancien ministre des Finances, Bill Morneau, qui a dû rembourser 41 000 $ de voyages internationaux non déclarés à l’organisme de charité.

À voir en vidéo