Déception en Alberta après l’arrêt du Réseau des villes francophones et francophiles

La ville de Québec a annoncé la fin de sa contribution financière au Réseau des villes francophones et francophiles, en décembre 2020.
Photo: Jean Gagnon Creative Commons La ville de Québec a annoncé la fin de sa contribution financière au Réseau des villes francophones et francophiles, en décembre 2020.

La ville de Québec a annoncé la fin de sa contribution financière au Réseau des villes francophones et francophiles, en décembre 2020. Une nouvelle qui en aura surpris plus d’un en Alberta, notamment auprès de certaines villes de la province, membres de ce Réseau depuis sa création.

Le concept du Réseau des villes francophones et francophiles était un projet prometteur, ambitieux et stimulant, surtout pour la francophonie en milieu minoritaire. En juin 2015, le maire de la ville de Québec, Régis Labeaume, avait annoncé officiellement sa création avec deux autres villes fondatrices : Moncton au Nouveau-Brunswick et Lafayette en Louisiane.

Ces six dernières années, le Réseau avait regroupé au fil du temps près de 150 villes du Canada, des États-Unis, en passant par le Mexique ou encore les Antilles. Le but : mettre en valeur le patrimoine et la vitalité francophone de nombreuses villes de toutes les Amériques, et ce, par l’entremise d’un gigantesque circuit touristique, permettant de faire connaître les infrastructures francophones.

« On a trouvé que c’était fantastique, car on a rencontré des personnes qui venaient d’un peu partout, mais aussi des États-Unis », relate Michelle Margarit, directrice de l’Association canadienne française de l’Alberta de Grande Prairie, ville hôte du Réseau des villes francophones et francophiles en 2018, en Alberta.

C’est justement lors de l’une de ces rencontres en Louisiane que l’un des conseillers municipaux propose à Mme Margarit d’inviter le Réseau à se rencontrer, en 2018, en terre albertaine, à Grande Prairie. Une occasion unique qui permet de faire connaître et de mettre en valeur la francophonie albertaine souvent méconnue. L’année 2018 marque donc l’année de la consécration pour cette ville de plus de 63 000 habitants située dans le nord-ouest de la province de l’Alberta. « Pour nous, ça vraiment été important, car ça a permis de mettre la ville de Grande Prairie sur la carte en tant que ville francophone et francophile », déclare Mme Margarit.

C’est avec étonnement qu’elle apprendra, par voie de presse, à la mi-janvier, la nouvelle. « J’ai vraiment été surprise », lance-t-elle. La ville de Québec a communiqué au Devoir qu’« en raison de la pandémie et considérant la difficulté de maintenir les villes membres engagées, la ville a mis fin au financement qu’elle accordait au Centre de la Francophonie des Amériques pour l’opération du Réseau des villes francophones et francophiles d’Amériques ». Chaque année, l’organisme recevait 100 000 $ sur une enveloppe totale d’environ 170 000 $.

Un projet ambitieux qui demande de « l’huile de coude »

Maintenir l’engagement des villes membres représente tout un défi. « Ça prend beaucoup d’huile de coude, il faut répertorier toutes les entreprises où l’on peut recevoir les services, notamment toutes les entreprises en tourisme. Il faut que chaque municipalité fasse ça, il faut que quelqu’un maintienne ça, c’est beaucoup, beaucoup de travail », explique Marie-Laure Polydore, ancienne gestionnaire du projet concerto (2009-2015), un modèle de développement économique régional, rebaptisé depuis Association bilingue des municipalités de l’Alberta, une initiative du Conseil de développement économique de la province (CDEA).

L’Association bilingue des municipalités de l’Alberta (ABMA) consiste à rassembler toutes les municipalités bilingues de la province et s’inscrivait parfaitement dans le mandat du Réseau des villes francophones et francophiles.

Le bilinguisme au service de l’économie, c’est la mission que s’est donnée encore aujourd’hui l’Association bilingue des municipalités de l’Alberta. Lors du Rendez-vous du Réseau des villes francophones et francophiles d’Amérique en 2018, à Grande Prairie, « une entente de collaboration avait été signée entre le Conseil de développement économique de l’Alberta (CDEA) et le Centre de la francophonie des Amériques pour collaborer au Réseau des villes francophones et servir de lien de contacts avec les villes de l’ouest du pays qui se lieront au Réseau », rappelle Étienne Alary, directeur général du Conseil de développement économique de la province. En dépit de l’arrêt du financement par la Ville de Québec, le directeur de l’organisme affirme que « les projets que nous avons entrepris se poursuivent ».

De son côté, Sylvain Lavoie, directeur général du Centre des Amériques, assure qu’ils poursuivront le travail avec les acteurs économiques et culturels de la province, notamment avec les municipalités des villes. « Pour les personnes qui souhaitent poursuivre ce travail de réseautage, on les invite à devenir membre du Centre et grâce à nos programmes favoriser ces échanges bien qu’on ne puisse pas prendre la place des villes fondatrices », résume-t-il.

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