O’Toole appelle au resserrement des politiques migratoires

Selon Erin O’Toole, Ottawa fait une erreur en voulant accroître le nombre d’immigrants reçus au cours des prochaines années.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Selon Erin O’Toole, Ottawa fait une erreur en voulant accroître le nombre d’immigrants reçus au cours des prochaines années.

Le nouveau chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, poursuit son opération charme au Québec en s’attaquant cette fois à l’idéologie de la mondialisation. Selon lui, il faut redonner leurs lettres de noblesse aux frontières afin de préserver les emplois et de protéger les travailleurs d’ici de la concurrence des immigrants.

M. O’Toole s’est adressé vendredi — virtuellement — au très sélect club privé Le Cercle de la garnison de Québec. Pourtant, son discours a été tout sauf complaisant envers ce qu’il appelle « l’élite financière ». Il a fait l’apologie d’un certain nationalisme économique et appelé à un resserrement des politiques migratoires.

« Plusieurs Canadiens sont dans la misère, a lancé M. O’Toole. Mais ce n’est pas la pandémie qui a causé ça, c’est un système. Un système qui profite aux élites politiques et financières. […] C’est le cas des chefs d’entreprise qui veulent ouvrir nos frontières juste pour avoir de la main-d’œuvre bon marché. Ces gens font la promotion de leurs idées, sans penser aux effets sur notre économie et notre société. Ces élites sont obsédées par le “politiquement correct” et la mondialisation, pendant que les Québécois de la classe moyenne sont axés sur leur famille, leur nation et leur culture. »

Selon M. O’Toole, Ottawa fait une erreur en voulant, comme il l’a annoncé en octobre, accroître le nombre d’immigrants reçus au cours des prochaines années pour compenser la diminution subie pendant la pandémie. Ottawa vise 401 000 admissions en 2021 (au lieu de 351 000) et 411 000 en 2022 (au lieu de 361 000). « On doit examiner notre système d’immigration parce que les libéraux sont en train d’augmenter le niveau d’immigration. Quand on a un taux de chômage très élevé, ça n’a pas de bon sens. C’est injuste pour les travailleurs et c’est injuste pour les immigrants qui ont besoin d’opportunités. »

M. O’Toole reproche à son rival libéral Justin Trudeau de croire que le Canada est un « pays postnational » sans identité propre. Selon lui, il est tout à fait normal que les Québécois exigent des « nouveaux venus de s’intégrer, de respecter notre histoire, d’apprendre la langue française et de partager des valeurs comme les droits de la personne, nos libertés et un respect des lois ».

« Trop de pouvoir »

Dans la même veine, Erin O’Toole a reproché à « l’élite financière » d’avoir « trop de pouvoir » et de s’adonner à une délocalisation des emplois qui précarise le marché du travail. « Voulons-nous vraiment d’une nation de chauffeurs Uber ? » a-t-il demandé. Aussi a-t-il réitéré son regret de voir le nombre de syndicats dans le secteur privé décliner. Ceux-ci, a-t-il plaidé, constituent un « élément essentiel de l’équilibre » entre les entreprises et les employés.

M. O’Toole est allé jusqu’à dire que « la croissance du PIB ne peut pas être notre seul objectif » : si, parfois, il est plus rentable de faire fabriquer certains biens — comme de l’équipement médical de protection — en Chine, cela n’est pas nécessairement dans « l’intérêt national ».

Invité par les participants à dire ce qu’il aurait fait de différent pendant la pandémie s’il avait été premier ministre, M. O’Toole est demeuré vague. Il a répété qu’il aurait davantage misé sur la Subvention salariale que sur la Prestation canadienne d’urgence (PCU). Mais il a dit très clairement qu’il n’aurait pas, lui, versé de PCU aux étudiants. Le gouvernement n’aurait pas dû, a-t-il dit, « donner de l’argent aux étudiants qui n’en ont pas besoin ».

La PCUE a été offerte aux étudiants de cinquième secondaire et à ceux aux études postsecondaires au motif que les emplois d’été seraient moins nombreux. Ils avaient droit à 1250 $ par mois pour un maximum de quatre mois. La mise à jour économique présentée il y a deux semaines a toutefois indiqué que le programme a été moins populaire que prévu. Il a coûté 3 milliards de dollars au lieu des 5,3 milliards budgétés à l’origine, et 708 000 étudiants s’en sont prévalus.

La ville de Québec exerce un attrait certain sur les nouveaux chefs conservateurs depuis 2005. Stephen Harper y avait à l’époque prononcé un discours de campagne dans lequel il avait promis de mettre fin au « fédéralisme dominateur et paternaliste » auquel le Parti libéral du Canada avait habitué les Québécois. Le mois suivant, son parti faisait élire 10 députés dans la province.

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