Toujours pas de cible en matière d’endettement à Ottawa

La ministre  canadienne  des Finances, Chrystia Freeland, s’est engagée à présenter des projections budgétaires cet automne.
Sean Kilpatrick La Presse canadienne La ministre canadienne des Finances, Chrystia Freeland, s’est engagée à présenter des projections budgétaires cet automne.

Ottawa n’est pas encore prêt à préciser les règles et les cibles de son retour à l’équilibre budgétaire, mais promet de le faire « bientôt » et répète, à ceux qui le trouvent trop dépensier, qu’il serait « plus dangereux et pourrait être plus coûteux d’en faire trop peu que d’en faire trop » durant cette crise semblable à nulle autre.

Reprenant essentiellement les mêmes propos qu’elle avait tenus deux jours auparavant devant d’autres gens d’affaires, mais torontois cette fois, la ministre canadienne des Finances, Chrystia Freeland, a averti d’entrée de jeu, vendredi, qu’elle n’allait pas dévoiler de nouveaux détails sur ses plans économiques, dépenses budgétaires ou cibles de retour à l’équilibre des prochains mois.

« Notre gouvernement s’est engagé à présenter des projections budgétaires cet automne, et nous le ferons bientôt », a-t-elle déclaré au début d’une téléconférence devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain à laquelle 475 personnes se sont branchées, selon les organisateurs.

À ceux qui voient avec inquiétude se multiplier les nouvelles dépenses et se creuser les déficits à Ottawa en réponse à la crise sanitaire et économique provoquée par la pandémie de COVID-19, la ministre a assuré qu’il « n’y a ni chèque en blanc ni rien de gratuit. La vaste approche que nous adoptons sur le plan budgétaire pour lutter contre le coronavirus ne s’étendra pas à l’infini ». « J’en aurai plus à dire bientôt sur les règles et les limites budgétaires qui encadreront notre travail », a-t-elle martelé.

Le gouvernement n’a pas encore précisé le moment où une mise à jour budgétaire ou un minibudget seraient livrés. La dernière fois qu’il a fait le point sur la situation, en juillet, il prévoyait déjà un déficit record de 343 milliards pour l’exercice en cours. Le mois dernier, le Directeur parlementaire du budget prédisait un bond, cette année, de la dette fédérale en pourcentage de l’économie de 31 % à 48 %.

Autre mesure de l’endettement

Ce ratio d’endettement en proportion du produit intérieur brut (PIB) avait servi jusqu’à la crise de mesure de référence pour le gouvernement Trudeau. Le Canada restera, à ce chapitre, le pays le moins endetté du G7 même après la crise, estime-t-il.

Mais dans ses discours cette semaine, Chrystia Freeland a préféré mettre un autre indicateur en avant, soit le coût du service de la dette en proportion du PIB. Ainsi, grâce aux politiques monétaires ultra-accommodantes des banques centrales et à leurs taux d’intérêt au plancher, ces « frais d’intérêt qui incombent au Canada en ce moment n’ont jamais été aussi bas en 100 ans » s’est-elle félicitée. En guise de comparaison, ils s’élevaient à 6 % du PIB au milieu des années 1990 et ne devraient se tenir qu’à 0,9 % aujourd’hui ,« même si nous avons fait des dépenses sans précédent pour combattre la pandémie ces derniers mois ».

Il n’y aurait pas à craindre non plus d’un retour de taux d’intérêt supérieurs à la croissance économique, comme dans les années 1980 et 1990. Ce phénomène était une anomalie, a-t-elle déclaré sur la foi de récents travaux d’un ancien économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), Olivier Blanchard.

Pas le temps des demi-mesures

D’ailleurs, aussi bien les experts canadiens et internationaux que les ministres du G20 conviennent aujourd’hui que pour les pays, comme le Canada, « qui peuvent se permettre d’emprunter et de dépenser, l’heure n’est pas aux demi-mesures », a dit Chrystia Freeland. Si les longues années de reprise sans croissance que de nombreux pays ont connues au sortir de la crise financière de 2008 nous ont appris quelque chose, c’est bien le danger de ne pas amoindrir autant que possible les dommages subis durant la récession et de vouloir rétablir trop vite l’équilibre des finances publiques, a-t-elle fait valoir.

« La rapidité et l’ampleur de notre relance éventuelle seront directement liées à notre capacité à limiter les blessures économiques causées par la récession liée au coronavirus. »

Mais limiter les dégâts pour les travailleurs et les entreprises ne sera pas suffisant. Il faudra investir aussi pour assurer une relance « durable, robuste et équitable », a répété celle qui a pris la succession de Bill Morneau au mois d’août. « Nous vivons aujourd’hui dans un monde où les risques de l’inaction financière pèsent plus lourd que les risques associés à l’action. Il est plus dangereux et il pourrait être plus coûteux d’en faire trop peu que d’en faire trop. »

« Et, par la suite, nous reprendrons la méthode canadienne d’avant la pandémie, celle qui a subi l’épreuve du temps, et qui comprend des garde-fous et des cibles budgétaires », a promis Chrystia Freeland.

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