Clivage entre Québec et Ottawa à propos du «mot en N»

La nouvelle chef du Parti vert, Annamie Paul, soutient que le mot honni devrait être banni du vocabulaire.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La nouvelle chef du Parti vert, Annamie Paul, soutient que le mot honni devrait être banni du vocabulaire.

Le clivage entre la classe politique québécoise et celle du reste du Canada se confirme dans l’affaire du « mot en N ». Alors qu’à Québec, tous les partis politiques pensent qu’il devrait encore être possible de prononcer le mot « nègre » dans le cadre d’une discussion académique, à Ottawa, les voix affirmant le contraire se multiplient.

Après le chef du NPD Jagmeet Singh, c’est au tour de la nouvelle chef du Parti vert de soutenir que le mot honni devrait être banni du vocabulaire. Annamie Paul, qui est elle-même Noire, estime que le mot « nègre » ne devrait jamais être utilisé par des personnes blanches. Elle laisse aux personnes noires le choix de l’utiliser ou non entre elles. « J’encourage tout le monde, surtout les personnes qui ne font pas partie de notre communauté, à éviter de l’utiliser, dit-elle en entrevue avec Le Devoir. Ça cause beaucoup de peine. Ce n’est pas nécessaire de l’utiliser, pas même dans un milieu académique. »

Mme Paul reconnaît que la communauté noire n’est pas « monolithique ». Mais elle rappelle que ce mot « n’est pas un mot que la communauté noire a choisi pour elle-même. C’est un mot qui a été imposé sur nous par la société blanche ». « Alors s’il y a des personnes de notre communauté qui ont choisi de se l’approprier, le réclamer comme un mot qu’on utilise entre nous, c’est une chose. Mais c’est tout à fait possible de discuter de ce mot, de son histoire, dans un contexte académique sans l’utiliser. »

Selon Mme Paul, « il y a beaucoup de façons » de parler du mot sans utiliser le mot. Mme Paul a toutefois dit ne pas connaître suffisamment le débat pour se prononcer sur la pertinence de suspendre la professeure de l’Université d’Ottawa qui avait prononcé le mot pendant un cours et qui est à l’origine de toute cette controverse. La professeure Verushka Lieutenant-Duval voulait parler de la réappropriation par des communautés minoritaires de certains mots à l’origine insultants pour elles. Il était question du mot « queer » et elle a dressé un parallèle avec le mot « nigger ».

Le premier ministre Justin Trudeau a lui aussi ajouté son grain de sel au débat. Il a déclaré mercredi que « nous devons tous être conscients de la portée de nos paroles. Nous favorisons le respect des autres et l’écoute des communautés. Notre priorité est toujours de mettre de l’avant des actions concrètes pour combattre le racisme sous toutes ses formes. » La veille, sa vice-première ministre Chrystia Freeland avait déclaré que « le racisme anti-Noir est à la fois odieux et illégal ». Elle n’avait pas dit ouvertement qu’elle jugeait raciste l’usage du mot, mais l’avait laissé entendre en déclarant que « lorsque de telles choses se produisent, nous devons nous rassembler et reconnaître les expériences vécues par nos concitoyens ».

À Québec, tous les leaders des partis représentés à l’Assemblée nationale ont soutenu qu’il devrait encore être possible de prononcer le mot, incluant la cheffe libérale Dominique Anglade qui est Noire elle-même.