Le PLQ demande la démission de la ministre des Affaires autochtones

Dominique Anglade a déploré l’absence de la ministre D’Amours en Chambre mercredi.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Dominique Anglade a déploré l’absence de la ministre D’Amours en Chambre mercredi.

La ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, « insulte » les peuples autochtones dans la foulée de la mort de Joyce Echaquan et n’est plus apte à occuper ses fonctions, estime l’opposition officielle.

Joyce Echaquan, âgée de 37 ans, est morte à l’hôpital de Joliette, lundi, dans des circonstances troublantes. Elle a été victime de propos dégradants peu avant son décès, comme le témoigne une vidéo qui a été largement diffusée.

Le premier ministre François Legault a qualifié les propos tenus de « totalement inacceptables » et de « racistes » et annoncé qu’une infirmière avait été congédiée. Mme D’Amours a qualifié la situation d’« alarmante ».

Or, mercredi, elle a choisi de souligner le premier anniversaire du rapport de la commission Viens en diffusant un communiqué laconique vantant le travail accompli avec les Autochtones depuis un an.

Elle s’est dite fière que sur 142 appels à l’action, 51 sont terminés ou en voie de l’être, soulignant par exemple que le gouvernement avait déjà présenté des excuses publiques.

Le rapport Viens a conclu en 2019 que les Autochtones étaient victimes de « racisme systémique » au Québec.

« Bien sûr, nous aurions aimé agir plus rapidement pour les autres appels à l’action, […] mais la pandémie est venue bouleverser nos plans », écrit Mme D’Amours, sans jamais mentionner Mme Echaquan.

« Ce qui importe, c’est que nous continuons d’avancer dans le respect constant de notre engagement à cheminer main dans la main avec les Premières Nations et les Inuits. »

Cette communication est une « véritable insulte », juge la cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, qui estime que la ministre D’Amours n’a « rien fait depuis un an » et n’est plus apte à être ministre.

« C’est sérieusement rire des gens, a déclaré Mme Anglade en point de presse à l’Assemblée nationale. Je pense qu’avec le communiqué, elle a déjà écrit sa lettre de démission, très franchement. »

D’Amours absente

Dominique Anglade a déploré l’absence de la ministre D’Amours en Chambre mercredi, tout comme l’absence du premier ministre François Legault, ainsi que les ministres de la Santé, de l’Éducation et de la Culture.

« Est-ce que c’est respectueux […] que Joyce soit morte dans des circonstances inacceptables, inhumaines et à coup d’insultes ? » a demandé le député libéral Gregory Kelley de son siège au Salon bleu

« Ce n’est pas vrai qu’en un an, on peut réparer tous les dommages », a répondu pour l’essentiel la ministre responsable de la condition féminine, Isabelle Charest.

Revenant à la charge, le leader parlementaire du Parti libéral, André Fortin, a martelé que la confiance ne se construisait pas « avec des communiqués disgracieux pour se donner des tapes dans le dos ».

« La confiance, elle ne peut pas se bâtir quand la ministre des Affaires autochtones traite l’Assemblée des Premières Nations de quatrième parti d’opposition. La confiance, elle n’est pas en place », a-t-il insisté.

Mercredi, la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a été tout aussi sévère envers la ministre D’Amours, sans toutefois réclamer sa démission.

« Ça prend du front tout le tour de la tête à la ministre des Affaires autochtones pour se féliciter quant à la qualité de ses échanges avec les Autochtones, a-t-elle déclaré. Le Québec doit faire mieux. »

Plusieurs critiques

Ce n’est pas la première fois que Sylvie D’Amours essuie de telles critiques. En mars dernier, plusieurs ont dénoncé son inaction lors du blocage des voies ferroviaires à Kahnawake et Listuguj.

« Elle ne nous a pas contactés du tout. Elle n’a joué aucun rôle », a notamment déploré la porte-parole de la communauté mohawk, Lynne Norton.

Le chef péquiste par intérim, Pascal Bérubé, avait à l’époque suggéré un remaniement ministériel afin de remédier à la situation.

Le 17 août, lors de l’étude des crédits de son secrétariat, Mme D’Amours s’était plainte que des groupes autochtones freinaient le gouvernement dans ses efforts.

« J’essaie de travailler dans la collaboration. J’ai besoin de partenaires. Je n’ai pas besoin d’un quatrième parti d’opposition », avait-elle déclaré.

« C’est vraiment nous réduire au minimum », avait réagi le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard.