Le discours du Trône pourrait se traduire par une hausse de taxes, prédit le DPB

Selon le Directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, le Canada pourrait sombrer dans une spirale de l’endettement si les promesses contenues dans le discours du Trône lu la semaine dernière se matérialisent.
Photo: Adrian Wyld Archives La Presse canadienne Selon le Directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, le Canada pourrait sombrer dans une spirale de l’endettement si les promesses contenues dans le discours du Trône lu la semaine dernière se matérialisent.

C’est au tour du Directeur parlementaire du budget (DPB) de sonner l’alarme à propos du niveau d’endettement d’Ottawa. Pour l’instant, la situation demeure à peu près soutenable, mais le Canada pourrait sombrer dans une spirale de l’endettement si les promesses contenues dans le discours du Trône, lu la semaine dernière, se matérialisent. Des coupes et des hausses de taxes seraient alors inévitables, prédit Yves Giroux.

Dans son rapport sur les perspectives économiques et financières du gouvernement fédéral, le DPB prédit que le déficit pour l’année en cours s’élèvera à 328,5 milliards de dollars, soit un peu moins que les 343 milliards souvent évoqués jusqu’à présent. Une large part de ce déficit (226 milliards de dollars) serait attribuable aux diverses mesures mises en place pour répondre à la pandémie de coronavirus.

La balance s’expliquerait par le ralentissement de l’économie et les baisses de revenus de l’État qui en découleraient. Un tel déficit ferait gonfler la dette accumulée, dont la taille représenterait alors 47,9 % du PIB du Canada.

Le statu quo

Puis, toujours selon les projections du DPB, le déficit diminuerait à 73,8 milliards en 2021-2022 et encore à chacune des années subséquentes jusqu’à atteindre 34,8 milliards de dollars en 2025-2026. La taille de la dette accumulée atteindrait son sommet en 2021-2022, à 48,1 % du PIB.

Selon ce scénario, le niveau d’endettement du Canada serait à peu près soutenable. « La situation actuelle paraît soutenable, mais à peine », a résumé Yves Giroux au cours d’une séance d’information. « Ça n’en prendrait pas beaucoup en termes de nouvelles dépenses, de réduction d’impôts ou de hausse des taux d’intérêt pour que la dette fédérale devienne insoutenable. »

328,5 milliards
C’est le déficit pour l’année en cours prévu par le DPB dans son rapport sur les perspectives économiques et financières du gouvernement fédéral.

C’est justement là où le bât blesse. Pour arriver à ces chiffres, le DPB se base sur le statu quo. Il présume que les mesures gouvernementales mises en place pendant la pandémie arriveront à échéance comme prévu et ne seront pas reconduites. Il présume aussi que d’autres programmes ne seront pas instaurés. Or, le discours du Trône lu la semaine dernière a fait miroiter une pléiade de nouveaux programmes : assurance médicaments, places en garderies, aide au milieu culturel, congé maladie de 10 jours payé par Ottawa. Cette dernière promesse fait déjà l’objet d’un projet de loi qui devait être adopté à la Chambre des communes tard mardi soir.

Situation non viable

Ces promesses viendront potentiellement miner la situation financière d’Ottawa. « Le discours du Trône contenait beaucoup d’engagements qui impliquent des dépenses importantes et notre mise à jour économique et financière ne les inclut pas, a expliqué Yves Giroux. […] Si le gouvernement introduit des mesures de dépenses significatives permanentes, c’est fort probable que le ratio dette-PIB va continuer d’augmenter au cours des prochaines années. Et ça, c’est souvent accepté comme la définition d’une situation financière qui est non viable. » Une situation financière non viable aurait des conséquences bien réelles sur les citoyens : moins de services ou plus d’impôts.

« La dette ne peut continuer d’augmenter pour toujours, rappelle M. Giroux. Éventuellement, on atteint des niveaux qui sont très difficiles à soutenir. Les intérêts accaparent une part de plus en plus importante des revenus gouvernementaux et les revenus générés par le gouvernement doivent de plus en plus aller au service de la dette. […] Si le gouvernement voulait s’en tenir à un ratio dette-PIB qui décroît au moins à moyen terme, il devrait réduire ses dépenses ailleurs ou augmenter les taxes et les impôts afin de s’assurer que sa situation financière redevienne ou reste viable. »

47,9%
C’est le pourcentage du PIB du Canada que représenterait la dette accumulée gonflée par le déficit prévu.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, s’est insurgé à cette perspective. « Ils vont couper l’aide aux gens ou mettre toute la pression sur les épaules de monsieur et madame Tout-le-Monde pour payer la pandémie. C’est exactement l’opposé de ce qu’il faut faire. » C’est notamment pour se gagner l’appui du NPD, et assurer sa survie à la Chambre des communes, que le gouvernement a mis de l’avant un congé de maladie payé. M. Singh invite plutôt le gouvernement à faire payer « les ultra-riches qui ont fait des milliards de dollars de profits avec la pandémie ».

M. Singh s’appuie sur un récent rapport du Centre canadien des politiques alternatives qui révélait que, pendant la pandémie, les 20 milliardaires canadiens les plus riches avaient vu leurs avoirs augmenter en moyenne de deux milliards de dollars chacun. Le rapport n’établissait toutefois aucun lien de causalité entre la pandémie et cet enrichissement de la famille Thompson (magnats de la presse), de Tobi Lutke (Shopify), de la famille Weston (alimentation) ou encore de Chip Wilson (Lululemon).

De son côté, le Parti conservateur est d’accord pour engager de nouvelles dépenses s’il s’agit d’aider les gens en lien avec la pandémie. Mais, a expliqué le député Pierre Poilievre, « il n’est pas nécessaire de créer de nouvelles obligations permanentes pour les contribuables.

Quand le gouvernement a déjà un déficit incontrôlable, il n’est pas nécessaire de créer des programmes qui seront en place pour des décennies sans aucun plan pour payer la facture. » M. Poilievre a refusé de dire s’il s’opposait donc à la création d’un programme d’assurance-médicaments ou encore de places en garderie.

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