Erin O’Toole promet de gouverner en pro-choix

En conférence de presse, mardi, le nouveau chef conservateur Erin O’Toole a assuré ne pas se sentir redevable envers les militants pro-vie qui ont contribué à sa victoire.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne En conférence de presse, mardi, le nouveau chef conservateur Erin O’Toole a assuré ne pas se sentir redevable envers les militants pro-vie qui ont contribué à sa victoire.

Le nouveau chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, promet qu’il dirigera ses troupes — et le pays, s’il est élu premier ministre — en tant que personne pro-choix. Il assure ne pas se sentir redevable aux militants pro-vie qui ont contribué à sa victoire même s’il estime de son devoir d’être à l’écoute de tout le monde.

À l’occasion de sa première conférence de presse accordée en tant que chef conservateur mardi, M. O’Toole s’est fait demander s’il sera différent de son prédécesseur sur les questions sociales. Andrew Scheer avait été mis dans l’embarras pendant la dernière campagne électorale parce qu’il était incapable d’admettre d’emblée qu’il s’opposait à l’avortement. Il n’y aura pas de ça sous un leadership O’Toole, a promis celui-ci.

« J’ai gagné la course à la chefferie en tant que député pro-choix, en tant que député ayant un bilan totalement clair sur les enjeux sociaux. Ce sera mon approche comme chef de l’opposition et comme premier ministre. Je vais être totalement clair. »

Pourtant, en 2016, M. O’Toole avait voté pour le projet de loi C-225 visant à considérer comme une infraction distincte le fait de tuer un enfant encore dans le ventre de sa mère lors d’une attaque contre une femme enceinte. Les défenseurs du droit à l’avortement y avaient vu un moyen détourné de donner aux fœtus une personnalité juridique pouvant à terme déboucher sur l’octroi de droits aux fœtus entrant en concurrence avec ceux des mères, notamment celui de mettre un terme à une grossesse.

M. O’Toole a répondu qu’il était inexact de soutenir que ce projet de loi portait sur l’avortement. « C’était un projet de loi sur la sécurité publique », a-t-il soutenu. Son vote avait pour but de permettre au projet de loi d’être envoyé en comité parlementaire pour y être analysé. « C’est possible d’écouter les gens et en même temps d’être un député pro-choix. »

Pendant la course à la chefferie, Erin O’Toole s’en est pris à son rival Peter Mackay parce que ce dernier a dit que ses députés d’arrière-ban seraient libres de voter selon leur conscience sur les projets de loi portant sur l’avortement, mais pas ses ministres. M. O’Toole a envoyé un message à ses partisans pour leur assurer que lui « n’imposerait jamais la ligne de parti à [s]es députés, qu’ils soient ministres ou députés d’arrière-ban ».

M. O’Toole a aussi courtisé pendant la course les électeurs de sa rivale Leslyn Lewis, une farouche militante pro-vie, en faisant l’éloge de cette dernière. Cela a porté ses fruits. Au troisième tour, les trois quarts des votes de Mme Lewis sont allés à Erin O’Toole. Le groupe pro-vie We Need a Law a rappelé ce fait à M. O’Toole lundi, l’exhortant à remercier ces militants en s’attaquant notamment aux avortements sexo-sélectifs et au financement de l’avortement à l’étranger.

Mme Lewis et Derek Sloan — lui aussi un pro-vie décomplexé — ont obtenu 40 % des voix lors du premier tour de scrutin de la course. Le caucus conservateur compte 50 députés pro-vie sur 121.

Se rapprocher du Québec

Erin O’Toole s’est par ailleurs engagé à rencontrer le premier ministre du Québec, François Legault, dans un avenir rapproché. « J’ai beaucoup de respect pour le premier ministre Legault. Il a fait un bon travail pendant la pandémie et j’ai beaucoup de respect pour cela. » M. O’Toole a raconté qu’il avait déjà parlé, depuis son élection comme chef, aux premiers ministres Jason Kenney (Alberta), Scott Moe (Saskatchewan) et Doug Ford (Ontario), mais qu’il voulait rencontrer M. Legault parce qu’il ne le connaît pas. « C’est important pour moi de prendre contact avec le premier ministre Legault comme chef de l’opposition, parce que j’aimerais travailler en étroite collaboration sur les enjeux du bien-être des Québécois. »

À Québec, on confirme qu’un contact a été établi et qu’une telle rencontre pourrait avoir lieu « prochainement ». Dans l’entourage de M. Legault, on souligne qu’il ne faut pas interpréter cela comme un désir de se rapprocher du Parti conservateur : le premier ministre a aussi rencontré le chef du Bloc québécois et celui du NPD. On rappelle toutefois qu’Andrew Scheer avait adopté des positions prisées par Québec, notamment en appuyant la déclaration de revenus unique, et on veut vérifier si cela tient toujours.

Mardi, M. O’Toole a choisi pour conseiller principal son directeur de campagne pour le Québec, l’ex-député de Beauport-Limoilou Alupa Clarke. Pour l’instant, le nouveau chef ne fait pas de promesse concrète au Québec. Dans sa plateforme, il avait écrit vouloir « s’assurer que le Québec ne soit jamais sous-représenté à la Chambre des communes peu importe son poids démographique ». En conférence de presse, il a reconnu qu’il ne fallait pas interpréter cela comme une promesse de respecter l’accord constitutionnel de Charlottetown de 1992, qui aurait garanti au Québec 25 % de tous les sièges à Ottawa.

« [Ce ne sera] pas comme Charlottetown, pas un niveau exact, a-t-il répondu lorsqu’on lui a demandé d’expliciter sa position. Mais [ce sera fait] d’une manière équitable, comme M. Harper l’a fait après le dernier recensement. C’est important pour les Québécois et les Canadiens dans l’Ouest d’avoir un niveau de représentation approprié à la Chambre des communes. »

En 2011, le gouvernement Harper avait augmenté de 30 le nombre de sièges à la Chambre des communes. Le Québec avait obtenu trois de ces sièges, ce qui lui octroyait une représentation fidèle à son poids démographique au Canada. Mais avec 78 sièges sur 338 contre 75 sur 308 auparavant, le poids du Québec à la Chambre était passé de 24,4 % à 23 %.

Pas d’«effet O’Toole» au Canada, selon un sondage

L’arrivée d’Erin O’Toole à la tête du Parti conservateur ne change rien — pour l’instant — aux intentions de vote des Canadiens et des Québécois. Les conservateurs demeurent à 11 % des intentions de vote des Québécois et à 27 % chez les autres Canadiens, selon un sondage. Plus inquiétant pour le nouveau chef, ce sondage mené par la firme Léger et l’Association d’études canadiennes révèle que son élection à la tête du parti diminue l’envie de 42 % des Québécois interrogés de voter pour les conservateurs. Pourtant, les militants conservateurs québécois ont misé sur M. O’Toole. Au fil d’arrivée, celui-ci avait récolté 60,5 % des voix au Québec, à comparer aux 39,5 % pour M. MacKay. Le sondage indique que seulement 8 % des Québécois interrogés seraient davantage inspirés à voter pour le parti de M. O’Toole maintenant qu’il en est le chef. Les questions du sondage ont été posées en ligne à un échantillon non probabiliste de 1516 Canadiens. Il est impossible de calculer une marge d’erreur lorsqu’on utilise pareille méthode.

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